‹ Œuvres complètes. Précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 86 sur 630 · ACTE SECOND · texte numérisé non relu

ACTE SECOND

MÉLAC FILS, en habit de ville; PAULINE.

PAULINE , avec une gaieté affectée.

Pour quelqu'un qui a fait une aussi belle toilette , vous avez une terrible humeur.

' Lp.s gens du peuple de toutes les pronnccs méridionale? de 1.1 France nommaient ainsi les fermiers du roi.

LES DEUX AMIS, ACTE II, SCÈNE lU.

MELAC FILS.

C'est votre gaieté qui me la donne , mademoiselle ; c'est ce retour précipité. Saint- Alban doit rester trois mois en tournée ; il en passe un ici ; et à peine est-il parti , qu'on le voit revenir.

PAULINE

S'il a des affaires à Paris ?

MÉLAG FILS.

La Fleur dit qu'il n'y va pas. Un tel empressement ne regarde que vous , mademoiselle.

PAULINE , eti riant.

Depuis quand suis-je mademoiselle? les doux noms de frère et de sœur. . .

MÉLAC FILS, avec feu.

Saint- Alban vous aime : il est riche , en place , estimé; je vois tout mon malheur. 11 vous aime, il vous obtiendra, et j'en mourrai de chagrin. PAULINE , gaiement.

Dites-moi , je vous prie , où vous prenez toutes les folies qui vous échappent ?

Écoutez, Pauline. Vous faites profession de sincérité ; assurez-moi qu'il ne vous a rien dit , et je selai calmé.

PAULINE

Que voulez-vous qu'il m'ait dit ?

Que vous êtes belle ; qu'il vous aime.

PAULINE

C'est une phrase si commune ! et vous aussi , vous nie l'avez dit : tous les jeunes gens reçus dans cette maison ne se donnent-ils pas les airs de tenir le même langage ?

Aucun d'eux , sans doute , n'a pu vous voir avec indifférence ; mais s'ils vous connaissaient comme moi...

PAULINE

Ils me verraient bien haïssable.

Ils n'auraient plus besoin de vous trouver si belle , pour vous aimer éperdument. Revenons...

PAULINE

Dans un homme comme Saint-Alban , ces propos que vous redoutez ne sont que des galanteries d'usage et sans conséquence; de la part des autres, c'est pure étourderie... de la vôtre...

De la mienne?

PAULINE , gaiement.

Delà vôtre... Mais je voudrais bien savoir pourquoi vous vous donnez les airs de m'interroger? Il faut avoir de grands titres pour user de pareils privilèges.

Ah ! Pouline ! il arrive , et vous plaisantez !

PAULINE, sérieusement.

Brisons-là , je vous prie. Peut-être luriez-vous à vous plaindre de moi , si quelque autre avait lieu de s'en louer.

MÉLAC FILS , avec feu.

Ce Saint-Alban me fait trembler ; ôtez-moi ceMe inquiétude.

PAULINE

Que vous êtes importun !

Défendez-moi seulement d'en avoir.

PAULINE

Oh! quand il veut une chose!... { Étourdiment.) Si je vous le défends , m'obéirez-vous .' MÉLAC FILS , lui baisant les mains avec transport. Ma chère Pauline !

PAULINE , s' échappant.

Toujours le même ! on ne peut dire un mot sans être forcé de quereller ou de vous fuir.

(Ellesorl. )

Page 1