‹ [Œuvres complètes] (volume 2)Chapitre 55 sur 79 · Braves, fanfarons · texte numérisé non relu

Braves, fanfarons

ne sais pas si dans sa vie cette fille-là a jamais dit un mot de vérité; mais, quand elle parlait, je la croyais : c'était plus fort que moi. Elle estropiait le basque, et je la crus Navarraise; ses yeux seuls et sa bouche et son teint la disaient bohémienne. J'étais fou, je ne faisais plus attention à rien. Je pensais que, si des Espagnols s'étaient avisés de mal parler du pays, je leur aurais coupé la figure, tout comme elle venait de faire à sa camarade. Bref, j'étais comme un homme ivre ; je commençais à dire des bêtises, j'étais tout près d'en faire.

V — Si je vous poussais, et si vous tombiez, mon

pays, reprit-elle en basque, ce ne seraient pas ces

deux conscrits de Castillans qui me retiendraient...

Ma foi, j'oubliai la consigne et tout, et je lui dis :

— Eh bien! m'amie, ma payse, essayez, et que

Notre-Dame de la Montagne vous soit en aide !

En ce moment, nous passions devant une de ces ruelles étroites comme il y en a tant à Séville. Tout à coup Carmen se retourne et me lance un coup de poing dans la poitrine. Je me laissai tomber exprès à la renverse. D'un bond, elle saute par-dessus moi et se met à courir en nous montrant une paire de jambes ! . . . On dit jambes de Basque : les siennes en valaient bien d'autres... aussi vîtes que bien tournées. Moi, je me relève aussitôt, mais je mets ma lance ^ en travers, de façon à barrer la rue, si bien

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