Braves, fanfarons
ne sais pas si dans sa vie cette fille-là a jamais dit un mot de vérité; mais, quand elle parlait, je la croyais : c'était plus fort que moi. Elle estropiait le basque, et je la crus Navarraise; ses yeux seuls et sa bouche et son teint la disaient bohémienne. J'étais fou, je ne faisais plus attention à rien. Je pensais que, si des Espagnols s'étaient avisés de mal parler du pays, je leur aurais coupé la figure, tout comme elle venait de faire à sa camarade. Bref, j'étais comme un homme ivre ; je commençais à dire des bêtises, j'étais tout près d'en faire.
V — Si je vous poussais, et si vous tombiez, mon
pays, reprit-elle en basque, ce ne seraient pas ces
deux conscrits de Castillans qui me retiendraient...
Ma foi, j'oubliai la consigne et tout, et je lui dis :
— Eh bien! m'amie, ma payse, essayez, et que
Notre-Dame de la Montagne vous soit en aide !
En ce moment, nous passions devant une de ces ruelles étroites comme il y en a tant à Séville. Tout à coup Carmen se retourne et me lance un coup de poing dans la poitrine. Je me laissai tomber exprès à la renverse. D'un bond, elle saute par-dessus moi et se met à courir en nous montrant une paire de jambes ! . . . On dit jambes de Basque : les siennes en valaient bien d'autres... aussi vîtes que bien tournées. Moi, je me relève aussitôt, mais je mets ma lance ^ en travers, de façon à barrer la rue, si bien