INTRODUCTION XIX
En tout cas, c'est un spectacle curieux et instructif de voir, pendant plus de vingt ans, l'auteur de Carmen s'intéresser aux travaux de l'auteur du Pays basque, l'aider discrètement et collaborer avec lui de la façon la plus désintéressée. Non seulement cet artiste ne méprise pas cet érudit, mais il tire profit de ses ouvrages et il ne dédaigne point de l'aider au besoin. Louable fraternité littéraire qui engendre une amitié solide! Les lettres publiées montreront avec quel dévouement inlassable Mérimée fait des recherches pour son ami et s'entremet au besoin pour lui. Le plus surprenant n'est-il pas que le nouvelliste soit capable de discuter avec le savant et, au besoin, de le redresser? Qu'il s'agisse des races maudites, des métiers du Moyen Age, des tissus de soie, de l'argot, du pays basque... Mérimée est prêt à répondre et à disserter. On ne le prend pas sans vert, et si l'érudition de F. Michel est prodigieuse et variée, la sienne ne l'est guère moins. Les lettres substantielles qu'il adresse à son ami n'auraient-elles qu'un mérite, celui de mettre en relief son universelle curiosité, elles ne seraient pas inutiles; car Mérimée fut vraiment, au bon sens du mot, un des esprits les plus curieux du xix*^ siècle.
J'ai publié dans la Revue de Paris du l*^'' décembre 1928 le Journal de P. Mérimée, rédigé par son ami Lee Childe. Je n'ai pas cru devoir changer le titre, un peu ambitieux, de Journal, qui m'a été communiqué. En réalité il s'agit de propos décousus, recueillis au jour le jour, et qu'il faut considérer comme tels. Je les ai fait précé-
INT1U>I)UCTU>N
(It T d'iiiif IntroiltKiiou, i\\\v je reproduis ici, cii l;i roiiiplt'laiit cl CM la inodiliaiil sur ccrlaiiis points :
(( Dans le volume l'ro Mviiiorui, publié par le .lourmil lit s />!■ '<iis en VM)~ , à l'oceasioti du centenaire de Mérimée, l''élix (]l»aml)on, à (pii Ton avait confié Y Introductittn, écrit : " (^est particulièrement avec son ami M. I.eo « (Ihiide <pi il aime à causeï- de oiiini ri\ de littérature et « d'histoire, de pliiloloj^ie et de tliéolo<^ie, et à raconter » des laits auxfiuels il assista. De ces conversations il « existe un texte lort exact <pie rédi^^eail j)our lui-même (( M. Lee Cliilde et (pii sera sans doute publié un jour ' . » (l'est ce texte «pie nous publions f;ràce à l'extrême complaisance de M""^ S. Lee Cliilde (pii a bien voulu nous faire tenir la copie intégrale de ce précieux jDiirrutl, rédij;é en LStiO par son mari, et conservé dans les archives de la lamille; elle nous a fommuni(pié des renseignements sur son histoire-, et voici ce (pion en peut dire.
Lue jeune Américaine. la pelite-lille du général Menry Lee, compagnon d(> Washington dans la guerre d<' l'In- (lépendani'c, avait épousé un savant publiciste, Mr. (]hilde. Vers IH^j'i le jeune ménage se fixe à i*aris, et Mrs. Childe devient une Parisienne accomplie. Initiée à notre langue et à la littérature Irançaise par M. de Cir<ourt, (pii rédige pour elle une sorte de manuel littéraire fort curieux (pie possède encore M"" S. Lee (Ihilde, elle tré(iuente la haute société et elle ouvre, en ifS^."), un salon (pii connaît aussitôt une vogue méritée. A. de Toc([ueville et de Salvandy nous ont laissé un vivant portrait de cette délicieuse Américaine ac(juise à notre culture. « (^e (jue vous