INTRODUCTION XVII
académiques ne le laissent pas indifFérent. F. Michel est ambitieux, mais il justifie son ambition par un travail acharné. En effet, de 1834 à 1842, il édite, à Paris et à Londres, une trentaine d'ouvrages qui sont tirés de la littérature anglaise ou de la littérature française des xi**, xii*^, xui"^ et xiV^ siècles, et dont plusieurs sont inédits : le Roman d'/ùistac/ie Lenioine, Tristan, la Chronique anglo-normande, les Lais inédits des XIl'^ et XIII^ siècles, la Chanson de Roland, la Chronique des ducs de Normandie , le Roman du roi Flore et de la reine Jeanne, le Théâtre [ramais au Moyen Age, la Chanson des Savons, l'Histoire des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre sont ainsi remis, ou mis au jour, par l'infatigable chercheur. Plus tard il édite les poèmes de Mélusine et de Gérard de Roussillon, le Roman de la Rose, la Chanson de Roland, le Roman de Roncevaux, les Voyages meneilleu.v de saint Brandan à la recherche du Paradis terrestre... On le voit, F. Micliel se « spécialise » dans l'étude de notre littérature du Moyen Age, et ses utiles travaux ont frayé la voie à nos « médiévistes », à G. Paris, à M. Bédier... Qui, aujourd'hui, s'en souvient, à part quelques érudits'.'
Mais F. Michel a le mérite, — ou le tort, selon ces « médiévistes «, — de n'être pas l'esclave d'une « spécialité «, aussi riche soit-elle. Il compose en effet des ouvrages d'un intérêt plus général, s'adonne à l'histoire et à la philologie. La thèse qu'il présente, en 1847, pour le doctorat es lettres, V Histoire des races maudites de la France et de l'Espagne, est curieuse et supporte encore la lecture. C'est, dans l'énorme production de son ami, un des livres que l'auteur de Carmen préfère, on devine
Francisque Michel. b
XVIII INTHOIH'CTUtN
|)Ouri|uoi. Môrinirc j^oûtc ('p^alcnR'nt ces éludes originales qui s'appellent : le l.i^rr d'or des /nrlirrs (1851- 1854), où V. Michel s'occupe des cabarets, des hôtelleries, des restaurants et des cafés; Histoire des tissus de soir (Ut Moyen .!:,'<• ^1852-1854) ; Études de philolo'^ic comparée sur l'argot fl850i; le Pai/s hast/ue, sa population, sa latiiiue... (1857i ; les Écossais en France et les Français en Ecosse il862), ouvrage d'une érudition et d'une conscience remarquables; Histoire du commerce et de la nai'if^alion à liordeau r, principalement sous l administration anglaise |18()7-1871 i. Knfin F". Michel se délasse en traduisant les lEuvres de Shakespeare, celles de Goldsmith et de Sterne, et certains poèmes de Teiinysoii. Quelques récompenses académicpjcs encouragent ce travailleur acharné qui, en 18G8, obtient un prix Gobert.
Aujourd'hui les résultats d'un pareil labeur sont inconnus, ou méconnus. C'est la faute de l'ingratitude humaine; c'est aussi un peu la faute de F. Michel. Cet universitaire probe et consciencieux, cet infatigable chercheur manipie de talent et d'éclat; ses livres sentent l'huile, et rien n'anime d'aussi savantes dissertations. F. Michel entasse volume sur volume et ne laisse pas un livre. On en est réduit, pour le connaître, à la Grande l'.ncyclopédie ou au Dictionnaire unii'ersel des contemporains; un jour proche viendra où ces gros livres le rayeront de leurs colonnes. Alors l'oubli sera total. Faut-il s'en plaindre? Tant de milliers de pages, consciencieusement noircies, auront moins pesé dans la balance du destin <jue les cent pages de Carmen. La constatation peut être mélancolique, mais la postérité a raison ; car rien n«' supplée l'art, <pii, seul, crée.