INTRODUCTION XXI
« avez emprunté d'abord à la France, Madame, lui disait « Tocqueville, c'est la grâce des manières, — ou plutôt, « vous ne l'avez empruntée à personne : ce ne serait plus « la grâce; elle vous a été donnée en naissant... Ce que « vous avez emprunté c'est notre esprit, non pas l'esprit « en général, mais le notre; cet esprit prompt, flexible, « agile, naturel et un peu mauvais sujet peut-être, qui « cherche à plaire plus qu'à instruire et à convaincre, « qui prise encore plus le fin et l'ingénu que le vrai, et « qui, en dépit du gros sel démocratique qu'on a cherché « à y mêler, reste une des productions les plus délicates, « les plus rares et les plus charmantes de l'intelligence. « Non seulement vous avez, autant et plus qu'aucune « Française, l'esprit français; mais, ce qui est plus sin- « gulier, vous avez contracté notre passion, je dirais « notre besoin absolu des choses de l'esprit. Vous ne sau- « riez plus vivre hors du mouvement des idées et je crois « en vérité que vous vous passeriez plutôt de nourriture « et de sommeil que de conversations spirituelles... » Et Tocqueville ajoute : « Vous jouez avec les paradoxes, « mais vous faites les choses sérieuses avec le bon sens. « Vous cachez sous des grâces enjouées et toutes fémi- « nines une âme ferme, un cœur vaillant et cette énergie « contenue, mais continue et invincible, qui soutient les « femmes de votre race au-dessus des grandes et même « des petites épreuves de la vie... » Enfin il la loue de mêler « ce qui est particulier à chacune des races dans M des qualités rares... «, qu'il énumère avec complaisance'. Quant à Salvandy, qui écrit sa notice nécrologique dans le Journal des Débats le 18 juillet 185G, il trace d'elle le même portrait flatteur, loue son esprit, son instruction, sa bonté, son indulgence et son charme^.
« Telle est cette femme, jeune, belle, spirituelle, instruite, dont Mérimée fréquente le salon dès 1845; cu-