NICOLO DI PIETRO GERINI
Le Couronnement de la Vierge
(Musée du Louvre)
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une douzaine. Il n'en est arrivé qu'un seul, grâce à la curiosité des douaniers sans doute, qui ont cassé l'autre.
Tout à vous.
Paris, rue de Lille, 52. 16 Décembre [1852].
Mon cher ami, vos brocards m'encornifistibulent. Voici pourtant mes observations dans une longue visite au Musée :
1" A ma grande surprise, je les trouve assez rares chez les très anciens peintres des premières écoles italiennes. A vrai dire, on ne sait quelles étoffes ils ont voulu faire; mais peu ou point de broderies. Cependant, je vous citerai le n° 507 : ancienne école d'Italie, Couronnement de la Vievae. La Viero-e a un manteau couvert d'une espèce de vermicel d'or. N'a-t-on pas voulu rendre ces broderies ordinaires en Grèce, qui se font avec du lacet d'or cousu sur une étoffe? N** 436 : la Vierge et V Enfant Jésus, flanqués d'anges, par Turino Vanni. Les anges ont des robes vertes semées d'un ornement d'or à peu près de cette forme. »>6^^^ La Vierge aune robe rouge à pois ou à '^q^; étoiles d'or, un peu plus petits que les ^l4v ornements des anges. *
N" 214 : Jean de Fiesolc, Couronnement de la
PHOSPEH MKniMEK
Vierge. \a' hùiic lU' sa majesUid i-st rmivfrl de brocard d'or sous le([uel l'étoire disparaît pres([iie entièrement. Un évè(jiie (jn On volt de dos a un manteau blanc sur lequel est une laroe bande représentant quebjnes sujets de la l^assion en broderie.
123 : f.aipaecio, Prédication de je ne me rappelle plus ([uel saint chez les Sarrasins. Plusieurs de ces messieuis ont des dolmans à ramages or et soie
noire. Maintenant, dans l'Eccde flamande, n° 51)."), j'ai remarqué une Annonciation dans le stylo de Van Eyck, dont l'ange a un jnantean très incommode pour voler [vous diriez bon à voler] rouge avec des feuilles de vigne d'or dont la figure t'est icy pourtraictée : au centre de chaque feuille d'or est une autre feuille noire. I/effet est très joli, .le me rappelle avoir vu un dessin tout semblable dans d'anciennes étoiles de Venise.
N" 592. Ecole allemande on flamande : Portrait de femme avec un bonnet assez étrange, dont voici un cro([uis dllîormc. Cela ressemble à un voile tl'or avec broderies fantascjues ilo soie noire, posé sur un cAiie
orné de perles et de lacets d'or qui cachent les cheveux et qui est retenu par un ruban d'or passant sous l'oreille. Ce portrait est du x\*^ siècle.
Je ne trouve pas de brocard dans l'ancienne école française , si ce n'est dans le tableau encore sans numéro) représentant Juvénal des Ursins et sa famille, l^es prie-Dieu sont en brocard rouge et or; l'or fait le fond, le rouse les dessins.
Pas la moindre dorure dans les deux curieux tableaux représentant des /^ bals à la cour de Henri III. Xi ce Sodomite, ni ses mignons n'ont de broderies. Ils paraissent tous vêtus de satin ou de drap ^.
Te réponds à un passage de votre lettre au sujet de l'éditeur de Palsgrave. Si c'est à mon conseil que vous avez déféré en supprimant votre factum, j'en serai très fier. [Mes principes sont qu'un homme de lettres ne doit jamais se fâcher, de quelque façon qu'on le traite, pourvu (|u'on ne l'appelle ni lâche, ni vo-
1 . Il y a encore une Descente de Croix d'un peintre français inconnu, dans laquelle Joseph d'Arimathic a une robe de brocard. Pas de numéro à ce tableau. Et voilà.
l'I'.OSl'KU MKllIMKl;
leur. Vous n'avez nul hcsoiu de proiivci- ([ue vous êtes homme d'cspiil et que vous savez aifruiser un épiera m me. l'on rquolvcjus exposer à |>asser pour t]i au vais coticlieur. raj^eur et lapaj^eur, à propos de ce (|u'un pédant a chassé sur vos terres sans port d armes.' La (M)ncluslon (jue tous les gens du monde auraient tirée de votre pam[)hlet aurait été celle-ci : ^V Michel est un «rarçon d'esprit fort méchant, tuais, pour (|u'il se pi([ue de la sorte, il faut <jue son cas soit mauvais, et probablement il a tort. Jai d'autant plus le ilroit de vous donner ce conseil (ju'outre les cpiinze jours de prison rpie m'a c<uUé le plaisir de berner des .leans-foutres, j'ai gaf^né ([u On m'ait dit : « Si votre cause était bonne, vous n'auriez pas eu besoin tle faire de l'esprit. »] Sur ([uoi je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte (j^arde, me recommandant à vous pour faire ma commission aiqircs de M"^ Larose en ce f|ui concerne le paiement de ses vingt-cinf[ bouteilles.
Paris, 27 Décembre 18."i2. Mon cher ami, .lulien. ([ui est un homme sans pareil pour expliquer un texte difficile, n'entend rien à la j^éographie. On m'a conseillé de chercher dans T/ir finvrls of Marco Polo..., translalcd from the italian with notes by \\ illiam Marsdcn, .1. W. S. London, ISIS, in-V', (jn'on dit classi([uc sur la iii iliére.
Voici ce que je trouve livre II, chap. lxv : changhian-fu avec cette note : « Ceux qui liront les écrits de Marco Polo de Venise, says P. Martini, verront clairement, par la situation de cette ville et le nom qu'elle a [Chin-Kiang-fuj , que c'est elle qu'il nomme Cingiam [Chin-gian) . Page 501 — à l'index géographique, page 760, — on trouve Chaii-ghian-fu, or Chin-Kiang-fu. Bien (jue la version italienne ne corresponde pas exactement à la version française, il n'est pas douteux (jue les deux chapitres italien et français ne se rapportent au même lieu.
— Quinsni — dans Marsden : Kin-sai, page 508, avec cette note : At the time -when this city, the capital of Southern China under the dynasty of the Sang, was surrendered to the arms of Kublaï, the Chinese annals call it hy the name of Lm-^/m/î. This was changed by the Ming, for that of Hang-Cheu which it had borne at an earlier period et which it still retains. Qidn-sai, King-sai, or, according to Debiiignes King-tsay, must therefore be considered only as a descriptive appellation, grounded perhaps upon the proverbial saying already noticed, which terms it a celestial abode, although the meanino- of the component words may not be precisely the rubbish our author has assigned to them. » Il cite encore Martini, qui dit que le Quinsai de M. Polo est Hnng-tcheu. « Cette Quinsai, où était de son temps la cour de la Chine, que les savants et les polis entre les Chinois nomment Ki/i'i^-Sn et le vuliiaire A//?"-
72 l'ItOSl'EIt MÉItIMKK
Sniy c'csl (le là (picsl vpiiii le (Jiiinstii du vénitien. Mais Kin^r^Sft, en cet endroit, est un nom de dignité, coniniun à toutes les villes rovales; aussi signifie-t-il véritablement une ville royale. P. I.')7. » — AV«i,'-As7', says the éditer of V Histoire i^èncralc de 1(1 Chine, exprime Tendroit où l'empereur tient sa cour, I. IX, p. 'ilO. — <■ l'.n IKil, sous l'empereur Kao-tson<^, la Hotte des hiii, sni/s the yonni^cr de Giii^/u's, partit de T,sen-Tsi/i-( hiey. à trente lieues à l'est de Peking, pour se diriger vers la ville de fJnni'ti/i, actuellement Ilaniî-tcheou-fou. C'est la même [ffc fidds in a note (jue Marco Polo nomme hini:[-tsai/, t. III, p. 32; Mardsen, p. 50i)-.'il().
On fait un train horrible dans l'établissement et je n'ai pas peu de peine avons grilTonner ces lignes, admirant que vous vous imaginiez (juc (juclqu'un s'intéresse à la ville de Quinsai.
Vous noterez que le monosvllabe /o?f, fa, ([ui termine ces noms, se met à la (in ties noms de toutes les villes, ce (jui me paraît un peu obscène.
La litière de Marguerite se trouve décrite à la page yo des Mémoires et lettres de Marguerite de Valois, nouvelle édition, revue sur les manuscrits des bibliothèfjues tlu Hoi et de lArsenal, et publiée par M. F. (iuessard, ancien élève de l'Ecole des (Chartes, .1. Renouard, 1842 pour la Société de V Histoire de France). Voici le deuxième passage du même livre, page 96 :
« Elle (la comtesse de Lalaiii nouirissoil son pe-
tit-fils de son lait: de sorte qu'estant le lendemain au festin, assise tout auprès de nioy à la table, qui est le lieu où ceux de ce païs-là se communiquent avec plus de franchise, n'ayant l'esprit bandé qu'à mon but, qui n'estoit que d'advancer le dessein de mon frère, elle parée et toute couverte de pierreries et de broderies, avec une robille à l'espagnole de toille d'or noire, avec des bandes de broderie de canetillc d'or et d'argent, et un pourpoint de toile d'argent blanche en broderie d'or, avec des gros boutons de diamant (habit approprié à l'olfice de nourrice), l'on luy apporta à la table son petit-fils, emmailloté aussi richement qu'estoit vestue la nourrice, pour lui donner à taicter. Elle le met entre nous deux sur la table, et librement se desboutonne, baillant son tetin à son petit, ce qui eut été tenu incivilité à quelque autre; mais elle le faisoit avec tant de grâce et de naïfveté, comme toutes ses actions en estoient accompaignées, qu'elle en receust autant de louange que la compagnie de plaisir. » — P. 96-97. Si je ne vous ai pas donné les numéros des deux tableaux qui représentent un bal à lacour de Henri III, c'est qu'il n'y en a pas encore.
Tout à vous.
Rue de Lille, 52.
3 Janvier 1853.
Mon cher ami, je ne reçois pas de nouvelles de
l'ItOSl'KIl MLltl.MKE
M' Lalaiulc. Veiiilioz lui dire île faiir ii'claiin'i' ses 12.") fraïu-s, on, si iioi), je les lui eiivenai à Boiclcaiix. Sur votic réponse je remelliai i'ar'^eiil à un baïKjuicr de Paris.
.le vous souhaite une honiie année.
Xous avons eu un temps de piinlenips cjui nous promet une «grande abondance de hannetons.
Saulev vient d ('pouser une jeunesse de dix-huit ans, sans réiléehir à la prédietion de Xostradamus. Comment ne m'ave/-vous pas encore trouvé une veuve (pii ail un château, j'entends château Larose ou autre en Médoc, non en I^spaoïie.' .l'ai passé mon jour de l'an dans une all'reuse solitude, ce ([ui m'a donné des idées de mariaj^e, outre (pic j'avais man^é très salé.
Adieu, mon cher ami. ne ni'()nl)licz pas.
Paris, 7 .lanvier au soir rlH.").'}].
Mon cher ami. ,1e sonf^c à me marier, particulièrement (je veux dire surtout), pour éviter les mauvaises pensées (jui jjcuvent vous venir en tête, surtout le matin; mais je n'ai pas une vt)cali()n solide comme i;elle de Satdcv. .le m'ennuie bien souvent dans ma solitude, mais (piand je réfléchis à linconstancc du monde el ses vicissitudes, je crois (|u il vaut mieux mourir ^arcon.
.l'ai communi(|uc li- (piatiain relatif à .Iiilien à trcnte-neul académiciens, ([ull a lort divertis, mais
[vous jugez mal ce mandarin. Croyez qu'il sait tout ce qu'on peut savoir, mais il n'est pas forcé de comprendre. Il a traduit des livres de philosophie très abstruse sans y entendre un mot, mais les Allemands ont compris aussitôt]. Il n'y a rien d'extraordinaire d'ailleurs à ce qu'il ne sache pas ce que Marco Polo a voulu dire avec sa ville de Quecianfii . Vous savez l'espagnol, mais vous n'êtes pas obligé de comprendre un bas Normand qui vous estropie un passage de Don Quichotte.
J'ai donné votre lettre à Maury, mais il ne m'a rien donné en retour.
Je vais aller demain chez quelc[u'un qui se chargera, je pense, de payer M'' Lalande, puisqu'il ne veut pas envoyer chercher ses 125 francs.
Je crains que notre ami ne soit pas cocu (ce qui est un sort assez doux, à ce qu'il paraît), mais que sa femme, qui est fort dévote, ne le convertisse au capucinage en honneur aujourd'hui. La chaîne d'un sort pareil n'entre pas pour peu dans mes répugnances au conjugal lien. [Il y a un proverbe espagnol dont j'ai oublié les termes exprès, mais dont le sens est que, lorsque dans un ménage il y a une bête et un homme d'esprit, le second commande six jours par semaine, et la bête un jour, pendant lequel se défait tout le bien qui a pu se commencer pendant les six jours.] Mettez-moi cela envers, vous qui travaillez dans cette partie.
Je vous ai demandé bien des fois où vous preniez
l'noSI'Kli MKIU.MKE
votre ciicrc hiciie. S'il va mie adresse sur votre hoiiteille, éerivez-Ia moi, pour l'atnour de Dieu.
il y a un Icinps infini ([lie je n'ai vu Dantas. Je ne sais ec <ju'il devient, le le soupçonne tl'être très amoureux et mallieureux, ainsi (ju'il arrive d'ordinaire aux beaux «"areons.
Je pense (pie vous viendrez pr(d)al)lement à Paiis pour ee cart'me ou pour le saint temps de rà(pies. I^arle/.-moi d'ici là des vins de Bordeaux excellents que vous connaîtriez, avec beaucoup de parfum et dans les prix du vin de l,arose de M*^ Lalande : mais le parfum est une condition .si/ie (jiki non.
Adieu, mille amitiés et compliments.
I\ S . — On dit (pie le guerrier dont vous me parlez comme avant ferre la mule a ce rapport avec un chapon qu'il est un co([ imparfait.
Paris, rue de Lille, 52.
in Janvier 18.5'^ Mon cher ami, vous sachant pressé d'épreuves, je ne veux pas y mettre votre patience, et je vous envoie les premiers mots du conte (|ui vous diront toute l'histoire :
« Très hombres burladeros vinieron à un Uey y dijéron le ([ue eran muv buenos maestros para haces panos, y scnaladamenlc (jue hacian un paùo, cjue lodo hoinbre i^nv fuese fijo (h; a(|uel padie (pie lodos
decian, que veian el pafio, mas el, que non fuese fijo de aquel padre q" el ténia y que las gentes decian, c[ue non podria ver el pafio. »
L'histoire est racontée partout, comme trop mieux savez. Il est évident que ])ano veut dire tapisserie, car un peu plus loin l'algiiazil du roi va à l'atelier des farceurs. « Y desque entrô y nô los maestros que tejian, y decian las figuras y las cosas que avi'a en el pafio, y ([ue el no le veia, tuvo que no era fijo de aquel padre que el cuideva que por eso non lo viera, y tuvo que si gelo supiesen, que perderia toda su lionra. »
Les /?2ae.s'^/'06' finissent par l'aire un habit au roi, (pii se promène tout nu, et tout le monde s'extasie sur la richesse de l'étolïe, jusqu'à ce qu'un pauvre nègre, qui tenait le cheval du roi, lui dit : « Sefior, a mi no me empece [sic) q° me tengades por fijo de aquel que yo digo, nin de otro, y porende digovos que soy cierto que vos desnudo ides. »
Votre citation : y desque ovieron, etc.. est au cap. 7, p. 54 du Conde Lucanor, dans la Bihliotheca Castellana publicada por A. Keller y C. Possart tomo L Stuttgart, 1839, in-12. Le titre du chap. vu est : De lo que conteciâ à un rey con très Jiombres hurladeros .
Je vous remercie de votre visite à M'' Lalande, mais je crois (|ue je m'en tiendrai au Larose, car je ne fais pas grand cas du corps, et je n'aime que le parfum. Si le Mouton que vous dites ne l'emporte
PKOSPEU MKIMMKK
pas siir lo l.arose ([ne j'ai, je m'en lieiulrai, je crois, à ce dernier, (.e (jiie j'aurais voulu savoii- c'est si ce diable de M"" I.alande avait enfin envové toucher son arj^ent chez le correspondant de M"^ Odier, M' J. (). Lontrucl, cours d'Aciuitaine, ^i'A. Vous êtes inipitovable pour ce pauvre Génin, Je vous pardonne de tirer de ses ouvrages des toi'che-cul pour votre (ils, mais si vous aviez vu comme moi avant-hier le nez de l'auteur, vous n'auriez pas plus voulu le mettre dans votre bovau culier (jue l'épée de Koland conservée à liocamatlour. ("ela ressemblait au cône d'un ci-alère en éruption. Il n'v a de plus effravant (jue le visage de notre ami Mis île Buttenval nui fait bouillir l'eau de sa cuvette (juand il se ilébarbouille.
Ailieu, tenez-vous en joie et continuez à mauii^er lies teriines de KiiHec. J'en mangeai unedAlbi hier avec un faisan truiVé, le tout arrosé avec le Larose ijue vous savez poui- célébrer le retour de mon cousin et de sa femme (jui sont arrivés hier de Constantinople.
Mille amitiés et conipliments.
P'' Mérimi:!-..
S. il. 28 Janvier l833\ Mon cher ami, les œuvres des deux maroufles que vous dites, lloeberlin et llackhuvt, sont inconnues à
la Bibliothèque de l'Institut comme à la Bibliothèque Impériale; j'en conclus que l'un et l'autre ne sont que des pas grand'chose, je parle des deux auteurs, non des établissements respectables que vous honorez souvent de votre présence.
Plus je bois du vin de Larose, et plus il me plaît, mais aussi il diminue. Pour remédier à cet inconvénient, auriez-vous la chose d'en demander cent bouteilles à M"" Lalande pour 500 fr. transportées à Paris? Veuillez le prier également de faire toucher les 500 fr. en envoyant le vin. Cela m'arrangera mieux que de prendre le procédé longuet.
On a nommé aujourd'hui M"" Rossignol en remplacement de Buruouf. Je crains que ce ne soit pas un remplaçant dans toute la force du terme. On dit que cette nomination coule à tout jamais votre ami Egger. Votre autre ami M. Fortoul a pris malencontreusement pour ambassadeur le bon Guérard qui a fait le speech le plus ridicule pour déclarer que S. Ex. ne se présentait pas. Là-dessus Heugnot et Villemain lui ont prodigué les coups de gritîe, comme il savent faire, si bien que c'est une candidature à peu près démolie. [Il est bien agréable de recevoir six francs pour assister à ces séances-là; on les payerait volontiers pour entendre toutes les méchancetés qui s'y disent. Depuis qu'il n'y a plus de clubs, c'est à l'Académie des Inscriptions qu'il faut aller pour entendre l'engueulade dans toute son énergie].
PnOSI'EH MEUI.MKK
Je v((iilais raiicvasser M"" de l,a<^iaiigi' [xair (ju'il
vous obtiiil un c'()ii<ré, mais il s'en était donné un au-
jourd'luii, l'oninic il me semble, car il n'est pas venu à rétablissement. Si je le leneontre avant vendredi prochain, je lui conterai votre alTaire, mais je ne sais s'il est lu»mme à la pousser d'une vigoureuse et gaillarde manière. Vous feriez peut-être bien de lui écrii'c tout rondement. Ce ([ui ne m'empêchera pas de commenter votre lettre a la première occasion. Si vous vous ennuvez en province, je m'ennuie diablement à Paris, .le ne rêve ([ue champs et soleil. Je voudrais avoir un château sur le boid de la Méditerranée avec des livres et une femme pour labattre les coli([ues bàlonneuses ([ui me surviendraient. On dit ([ue rKmpereur est le résultat de l'éleclion, et l'Impérati ice de l'érection. Est-ce vous cjui avez fait celui-là.' Mille amitiés. \e m'oubliez pas auprès de M"" Lalande.
Mille amitiés et compliments.
P' Mkhimi'.i .
Paris, 12 Février iSrVA.
Mon chei- ami, écrivez comme De Thon K/irzii, non c/iczii comme vous faites à tort. Kll.l.io est un mot dillicile à prononcer : c'est ([uehjue chose comme h/iiâ.s' ou hnies'. Traduisez princes et non boyaids. On naît prince et Ton est fait bovaril. C est Ivan III
qui, pour faire endéver les princes d'origine, descendants de souverains, imagina de créer des boyards, c'est-à-dire des sénateurs, conseillers d'Etat, etc.. Jean IV, dont il est question, pouvait avoir dans ses douze Kniës' des princes et des boyards, et des princes = boyards. Le tzar s'appelait velikii Knies' le grand prince; on a traduit en latin magnus dux, puis en français grand-duc. Anciennement le titre de prince ne se donnait qu'à des descendants de princes souverains, les uns d'origine varègue, les autres d'origine tartare. Je crois que Pierre le Grand a fait de son autorité un prince Menchikof et d'autres probablement encore. Voici le passage Bacon :
Another statute was made (19"' year of Henry VII) prohibiting the bringing in of manufactures of silk wrought by itself or mixed \\ ith any other thread. But it was not of slufFs of whole pièce [for that the realm had of them no manufacture in use at that time] but of knit silk or texture of silk; as ribbands, laces, cauls, points and girdles, etc., which the people of England could then N\ ell skill to make.
History of Kin^ Henry VII. — Works of Francis lord Bacon, vol. III, p. 494; London, 1730, fol. — N. B. La première édition de ï Histoire de Henry VU est de 1622.
Je ne connais pas de livre où se trouvent les portraits des anciens tzars. Mais il yen a quelques-uns, pas très anciens, dans un livre intitulé : Il.'IM.iITHUKU Mockobckoû Dpebhoctu. Pamiatniki Moskovskoï drevnosti. Monuments d' antiquité de Moscou, Mos-
Fraacisgve Micliel. ti
COU 1842-1845 — in-4". J'y vois un portrait du tzar Fecior Alexlevltch en grande robe de brocard d'or serrée au cou, larges manches sous lesquelles on en voit d'autres plus étroites; voici le cro([uis dudit portrait :
('e n'est pas un melon qu'il porte, mais un globe.
La palatine, la bande de la robe et les parements sont couverls de pien-eries; l'étoile de la robe paraît être du brocard d'or avec des dessins ou ramages rouges.
Ce costume est absolument semblable à celui qu'a donné le baron de Ilerbertstein dans son portrait d'Ivan IV en tête de :
Reruni mo.scoi'iticarum cumitientarii Sigismundi liheri baronis in Hevhevstain — Basileae, per loannem Oporinum, s. d. Mais le portrait est daté de 1551.
Vous ne me donnez aucune envie d'être père en me racontant les faits et gestes de votre moutard, mais je serais charmé d'avoir une femme stérile, riche et jolie. Trouvez m'en une. J'approuve fort votre dictionnaire, mais c'est une œuvre de dix ans au moins. N'importe, macte anima. J'espère que M"" l.alande n'cuiblic pas mon vin. Adieu, je vous
quitte pour me coucher, je suis tout matagrobolisé d'une Huxion sur la gueule. Bonsoir.
S. d. [26 Février 1853].
Mon cher ami, j'ai mis hier votre lettre dans ma poche pour aller consulter YHistoire de Russie de Lévesque à l'Institut, mais auparavant j'ai passé chez Mad. deM°, à qui j'avais quelques pétitions à donner. Je n'ai plus trouvé votre lettre quand je suis arrivé en présence de Lévesque et je crains qu'elle n'ait été envoyée à l'Impératrice. Je ne me souvenais que d'une chose, c'est que vous me demandiez ce que c'était que les Polovitzi. C'est, je crois, ce que personne ne peut dire. Lévesque traduit leur nom par chasseurs. Il le dérive apparemment du mot no.ie, pôle, campagne, nortebou , polevoï, campagnard; courant les champs, etc. On ferait un substantif plus régulièrement avec polevets, pluriel polevtsi.
Je n'ai jamais vu ce mot écrit en russe, et je ne puis par conséquent vous en donner l'orthographe ; seulement n'écrivez pas tzi, mais tsi : la combinaison tz n'existe pas en russe. Ce qu'il y a de plus probable sur le compte de ces gens-là, c'est qu'ils étaient turcs ou tartares, et je le conclus des noms de plusieurs de leurs chefs, qui se terminent en kaii. Si vous avez quelque détail particulier à me demander, veuillez m'envoyer une seconde édition de votre lettre, car je désespère de revoir la première.
Je me réjouis fort d'apprendre (jue vous viendrez à Pâques. J'espère d'ici là nie débarrasser de la grippe qui me lient depuis IT) jours et m'abrutit au dernier point.
J'ai reçu une lettre de M*^ Lalande, qui m'annonce le départ du vin par /ner, ce (jui m'a un peu eiîrayé. Les 100 bouteilles sont à bord de la Jcunc-Eulolie, en destination pour Rouen. Mais entre Bordeaux et Kouen il y a tant d'écueils (jue je ne serai tranquille que lorsque le vin sera dans ma cave.
Adieu, mille amitiés et compliments.
P. S. — Je n'ai pas re(,'U d'épreuves. Vous n'ifrnorez pas ([ue Lévesquo est un auteur très peu estimé et qui ne vaut rien à citer. C'est Karamsine tout au plus qui mérite de l'être.
S. d. [12 Mars 1853^.
[Mon cher ami, il paraît que, depuis que j'ai perdu si maladroitement votre lettre, vous avez perdu votre plume. Je n'ai pas de nouvelles de vous. Je n'en ai pas davantage du vin de M*" Lalande. II avait eu l'idée originale de l'expédier par mer. Je crains que ces tempêtes n'aient lait de l'eau rougie sur les côtes de Bretagne. Avez-vous entendu parler de la Jt'uiic-EuUilie qui avait ma cave à son bord?
J'ai la gi'ippf? depuis un mois el de plus je suis <^/. s-
sotte et ahuri par ces changements ministériels qui ont placé les Monuments Historiques au Ministère d'Etat. Il faut faire l'éducation archéologique de gens qui n'ont pas de grandes dispositions. Ils vous disent qu'avant tout il faut que le budget soit en équilibre, et ils seront cause que la cathédrale de Laon perdra le sien.
Tout à vous.
P. S. — Je suis vraiment inquiet de cette Jeune-Eulalie. Si vous en savez quelque chose mandez-le moi.]
Mardi soir [20 Mai 1853].
Mon cher ami, j'ai demandé à des Moscovites ce soir s'ils connaissaient un lieu nommé Starilse; il leur est tout à fait inconnu. A votre place, je citerais Possevin sans m'embarrasser du reste.
Tout à vous.
S. d. [1" juillet 1853].
Mon cher ami,
Vous savez que je ne suis pas un Jean-foutre, eh donc! comme on dit au bord du fleuve qui vous désaltère.
Croyez que vous n'avez pas été plus surpris que
86 l'IlOSl'KH MÉIUMÉK
voire scr\ ileur. Vous saviez les précédents et lo (jne valc un corazon castelhinn. Kl voilà.
Assurénieiit, si j'avais à me faire un lit, j'en prendrais un autre. Vous comprenez (jue je suis en ce moment aussi content (ju'un chat sur la glace, les pattes dans des coquilles de noix. J'avais à choisir entre un refus ridicule dans mon obscurité et les charmes de l'avenir. Sa mère est la meilleure amie <|ue j'aie depuis tantôt vingt-trois ans. Son dernier mot fut : « Soyez notre ennemi, ou laissez-vous faire. »
Le bon côté de la médaille est (jue j'ai plus de liberté et d'autorité pour parler aux gens des arts et des églises qui dégringolent; et si je prends aujouid'hui la défense d'un pauvre diable ([u'on assomme, on ne me mettra plus en prison sans ([ue mes 14î) collègues soient consultés. A propos, n'est-ce pas drôle? Clela m'est venu l'anniversaire de ma condamnation de l'année passée. .le vous avoue ([n£ je ne sais si je n'ai pas été plus sensible aux marques d'intérêt ([ne mes amis m'ont données dans cette occasion.
Aujourd'hui j'ai le bonheur d'avoir retrouvé au bout de la France des cousines dont je n'avais jamais entendu parler, et des condisciples qui ont fait de mauvaises affaires dans l'épicerie, mais (jui m'ont toujours voué une si sincère alîection ([u'ils n'hésitent pas, etc..
Je compte aller en Espagne au commencement do
septembre. Je ne sais pas trop encore par où je passerai, mais, si je puis respirer à Bordeaux, croyez que je serai bien heureux de vous serrer la main en passant.
Je suis tout à vos ordres pour le 2" volume des Etoffes, et la Revue des Deux Mondes, et je vous trouve hardi et téméraire d'en douter. Quant aux avis que vous me demanderez vous savez mes principes : ne pas se faire d'ennemis quand on n'a pas une bonne action pour motif. Je crois que les Mémoires de l'Académie des Inscriptions peuvent vous offrir de nombreux exemples à éviter. Quand un académicien engueule un académicien, on se moque de tous les deux; quand on attaque un académicien et qu'on est en dehors de l'Académie, le monde admet bien que l'académicien est un cornichon, mais il croit que son adversaire est un socialiste et un ennemi public, qui, de plus, n'a plus de chances à l'Académie. That's the ground I stand upon .
Adieu mon cher ami, mille amitiés et compliments.
Croyez que vos lettres m'arrivent fort bien sans énumération de mes rares titres et qualités.
7 Juillet [1853].
Je reçois ceri de F. aborde ; j'espère que c est ce qu'il vous faut.
Tout «i vous.
Paris, 2(i Juillet [ISo.'il.
Mou cher ami, je n'approuve nullement votre préface ou postface. Vous dites au public : « Un membre de l'Institut ne m'a pas même lu; un des rédacteurs du ('nn.sttltifionne/ a fait mon éloge. » Le public répond : M Que m'importe! » — lîègle générale : ne discuter que les faits: laisser chacun avec ses opinions. En outre votre passage sur Lenormanl n'est ni assez méchant ni assez saillant pour que vous le regrettiez. A votre place, je commencerais par l'extrait du Conslitutionncl dont je retrancherais les phrases, et je mettrais la réponse aux objections. Rien ne met le lecteur déplus mauvaise humeur que les citations louangeuses : cela ressemble trop aux annonces du sirop dépuratif.
Un architecte de mes amis a trouvé dans un contrefort de la cathédrale de Bayonne une boîte renfermant les os et les vêtements d'un évéque du XIII* siècle. Il nous a rapporté les habits qui sont à Cluny. Rien de plus curieux que ces étoffes encore assez bien conservées. La broderie du bas de la robe est admirable. Ola ressemble aux plus élégantes
étoffes chinoises, avec une légende arabe en grosses lettres où il y a, me dit-on : il n'y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète; broderie est un mauvais mot. C'est un tissu très mince d'or et de soies de différentes couleurs.
Les débris de la culotte sont en crêpe de Chine
(c'est leur apparence) représentant des oiseaux affrontés devant une coupe, etc..
La chasuble (ou une longue robe) autrefois blanche, également en soie, présente des lignes d'arbres, sic :
Tous ces tissus sont très minces. Ils sont bordés de galons très ouvragés et d'un travail (or et soie; broderie) tout occidental. Je crois que les étoffes
90 pnoSI'KU MKIU.MÉE
vlennenl de pays tniisiilinaiis et que les bordures ou pjalons fjui cl.Ticnt appliqués sur les coulures sont fabriqués eu France. Au reste, il faudrait que vous vinssiez voir tout cela. Je n'ai jamais vu rien de plus curieux. Tout à vous.
Dimanche matin, 6 août 1853.
Mon cher ami,
Franchement j'avais onblic cette offre d'assister au baptême de votre moutard. Je vous en remercie fort, mais j'ai toutes les répugnances du monde à cette cérémonie: je crois vous avoir dit jusqn'à ([uel point.
Soyez assez bon pour me rendre un petit service. Il s'agit de me retenir une place dans la malle-poste de Bordeaux à Bavonne, de façon à ce (jue je puisse être à Hayonne le 4 septembre dans la journée. Veuillez ne pas tarder à retenii- ladite place; on m'assure qu'il v a tant de voyageuis qu'on n'est jamais sur, à moins de s'v prciulre longtemps d'avance. Si, par fort une. la malle était j)rise pour ce jour, j'aime à croire ({u'elle serait lifjre de façon à me permettre d'être à Bavonne le .5 septembre. Il faut absolument que j'v sois au plus lard le \ dans la journée. Je vous renibourseiai et vous serrerai la main en passant. Veuillez, si vous êtes à Bordeaux,
me répondre un mot le plus tôt possible. Si je n'ai pas de réponse de vous mardi 8, tenez ma lettre pour non avenue quand elle vous parviendra; je chargerai quelque banquier de mon affaire. Plus je considère l'affaire de la préface, et plus je suis de mon avis. Il vaut mieux que ce soit votre /ep/en^e/- qui dise que vous êtes moins bien traité par votre ministre que M"" un Tel qui ne sait pas l'orthographe (cette phrase laisse à désirer pour la clarté) -.je veux dire qu'il ne faut jamais qu'un auteur parle de lui-même. A l'instant le lecteur se cabre et est prêt à discuter.
Quelle diable d'histoire me contez-vous de ce >F Sasporte, et de la femme de mon collègue et confrère qui aurait reçu des coups de canne et de poignard! Donnez-moi donc des détails. Il faut vous dire que tout ce qui touche à la justice m'enchante pourvu qu'il s'agisse de coups de pieds, nazardes, croquignoles, etc., et cocuages. Saviez-vous celui de M"" Hatton qui, trouvant sa porte fermée, s'avisa d'écouter et entendit son domestique disant : « Si Madame avait la bonté de hausser le cul, je ne ferais pas tant de mal à Madame. » Ces histoires de cocuage me rappellent la jolie veuve que je n'ai jamais vue chez Madame de M", mais ailleurs. Je ne sais pas son nom, mais je n'ai pas oublié sa figure, qui est charmante, ni sa voix, qui a une câlinerie ravissante. Mais je suis trop vieux, et il est rare à présent que je le fasse plus de 120 fois par mois. Adieu, mon cher ami, n'oubliez ni la poste ni les détails
92 PBOSPER MÉRIMÉE
concernant M"^ Trolong; ne craignez pas de l'être en m'en parlant.
Que diable voidez-vous (|u'on vous dise de l'Institut! Toutes les séances se passent à lire la correspondance des moutards de l'Kcole d'Athènes qui font des mémoires à dormir debout.
La bibliothè(jue de Saint-Pétersbourg nous a envoyé (à l'Institut) un mètre cube d'ouvrages historiques, statistiques, etc.. Il m'a paru en ouvrant la caisse qu'il y avait des tables; si oui, je regarderai à l'article soie (s'il y en a un).
Mille amitiés et compliments.
Paris, 13 août [1853:.
Mon cher ami, je vous remercie beaucoup de m'avoir assuré une place dans la malle, .le voudrais bien vous rendre la pareille en vous procurant un passeport des Affaires étrangères, mais je ne connais malheureusement personne à cette boutique. Au reste, croyez que pour voyager en pays étranger le meilleur est un passeport de la préfecture. C'est celui que les gendarmes allemands et autres lisent le plus facilement. Votre veuve me paraît ressembler un peu à celle du jeune Tobie qui était un garçon très hardi. Deux maris déjà! Ne trouvez-vous pas que c'est un peu effrayant?
Je vous remercie des adresses (juc vous m'en-
voyez, mais je n'en use plus. J'ai perdu celle des cabinets d'aisances et de société que je regrette beaucoup.
Je vais mercredi prochain à Trouville, mais je reviendrai, je pense, le dimanche ou le lundi suivant, et je ne partirai pas pour Bordeaux avant le V^ septembre. Ainsi au revoir.
Mille amitiés et remerciements.
Madrid, 19 septembre [1853].
Mon cher ami,
Peu m'importe ce que M"" Castille dit de mes livres et de moi, à moins qu'il ne m'appelle lâche ou voleur, auquel cas j'essayerais de lui casser la tête; le reste ne me touche en aucune façon.
J'ai répondu au général Daumas pour le remercier avant de partir. J'irai le voir et lui renouveler mes remerciements dès que je serai revenu, et lui demander pardon de la carotte que vous lui avez tirée en ma faveur.
Je ne sais où se trouve l'honorable professeur de Germania Chico, dont vous me parlez. Ici on ne connaît qu'un Chico \ tout le monde voudrait le pendre ou l'empaler, parce qu'il le met pour de l'argent, proh pudor! à une grande dame, différant en cela beaucoup d'un de mes amis qui l'a précédé comme Pharamond précéda Louis-Philippe. Cet atni,
94 PnOSPER MÉRIMÉE
(jul est lin pauvre cliablc, ///"// Inicii inozi), einpruiitail une chemise de ballsle pour aller coucher avec sa belle, (jui a les i-uisses très sensibles. Les inéchanls disent (qu'elle a des raisons pour cela. A propos de Geiinanla, avez-vous trouvé l'origine de cette expression je ma la c<isse ? A ma grande surprise j'ai trouv»' ici le verbe cdscutr employé dans le même sens par Xix. i^ente ndea.
Je suis au milieu de neuf femmes, dont quatre très jolies, ce pour([uoi mes envieux m'appellent .Vpollon. Je passe mon temps à ne rien faire ([u'à dire des bêtises à ces quatre Muses, el quand je me sens par trop ému, je vais à Madrid, où la chemise de chair vive coule cher, jnais on en a pour son argent. Il y a une Maruja (ju'on pourrait ollrir à N. S. P. le pape. Je me surprends avec des envies de l'emmener en France el de la montrer pour de l'argent. Ceci sans nulle e.\agéralIon : un enfant de cin([ ans monterait à califourchon sur sa croupe tandis ([u'elle est debout et le corps en arrière : jugez un peu voir!
On me promet un pronuncianiienlo au premiei' jour. La grande Idée du moment c'est de faire un état compact en donnant au (ils de la bourgeoise de Dantas le calo(juet de ce pays-ci. Quant à la Mac. de l'endroit, on l'enverrait à tous les diables. Qu'en dites-vous? Prévenez Dantas (ju'Il prenne ses mesures pour être conservé à Paris quand on supprimera un des établissements rivaux du sien.
On recueille à V Acddémic de l'Histoire en ce mo-
ment un nombre infini de manuscrits relatifs aux Cortes, outre des charges entières de manuscrits provenant des couvents supprimés. J'ai entrevu des choses très curieuses, mais dans un état pitoyable. On s'occupe de les classer, c'est-à-dire, bien entendu, qu'on les met dans une salle où, de temps en temps, un garçon d'esprit va fumer son cigare. Ejcpresiones de parte de todos los de la Academia ; La Saussaye est ici. La première chose qu'il a faite a été de perdre son passeport. La seconde de prendre une marquise de nom et d'armes pour une femme de chambre. Je vous quitte pour le mener aux taureaux où j'espère <|u'il va faire quelque incongruité. Tout à vous. Je vais bientôt partir pour courir, mais vous pouvez cependant m'écrire ici.
Paris, 6 Janvier 1854.
Mon cher ami, je vous remercie beaucoup des vers que vous m'envoyez sur les cotîres. Je vous serai bien obligé de noter, quand il vous en passera sous les yeux, ceux où il serait question de divers usages qu'on a donnés à cette espèce de meuble au moyen âge (j'ai trouvé qu'on s'en servait pour violer une femme), sans oublier ce qui se rapporterait à la forme et à la matière. Voilà ce que je veux vous dire depuis 15 jours, mais j'ai rapporté de Madrid une paresse si horrible qu'il m'est impossible de prendre une plume. Je passe mon temps à regretter les oi-
gnons d'Andalousie, les yeux noirs de Grenade, et à trouver que je fus un grand sot de pas rapporter à Paris M"* Maruja comme échantillon. Il fait ici un temps de chien. I^e monde me semble un peu plus ennuyeux qu'avant mon séjour en Espagne; j'ai perdu l'habitude d'y être et je ne trouve rien à dire aux gens. Savez-vous ce que je fais? Des projets pour aller passer l'hiver prochain en Andalousie. Nous nous préparons ici à la guerre. Les Russes et les Russiennes surtout qui sont à Paris font leur paquet, la larme à l'œil. Je crains entre nous que la séparation ne soit un peu longue et que le commerce des vins de Bordeaux n'en souffre. A ce propos, je vous remercie, et veuillez remercier M"^ de Lalande qui m'a envoyé son correspondant, le^juel j'ai payé. Le vin me parait toujours très bon. Vous avez vu que votre ami, M"^ F..., est devenu mon collègue. Il le demandait depuis longtemps, pas trop noblement, dit-on. On a cru d'abord t[ue c'était une porte dorée qu'on lui ouvrait pour entrer dehors — mais il a l'air de se cramponner toujours à son fauteuil. Je ne sais ce qu'il veut faire des chaises qu il laisse sans titulaires. Vous avez une idée à ce sujet (jue j'ai trouvée un peu drôle d'abord, mais qui peut être bien inspirée par votre profonde sagacité devant laquelle je m'incline.
Votre libraire de la rue des Bons-Enfants ne m'a pas envoyé le moindre livre. Ne lui écrivez pas, rien de plus simple que de passer chez lui : simple, c'est-à-
dire qu'il faut faire une excrétion pour se rappeler d'abord les titres, puis pour aller rue des Bons-Enfants. Il se peut que j'attende votre arrivée pour faire cet efTort qui sera moins pénible, vous demeurant en ladite rue.
Dantas est remis de son malheur. Il engraisse et est redevenu la fleur des pois de nos belles. Adieu, mon cher ami, je vous souhaite une bonne année. Donnez-moi de vos nouvelles et parlez-moi de vos travaux. Où en êtes-vous de votre dictionnaire d'argot? Je m'y intéresse fort; j'achèverai de me perdre dans l'esprit des gens bien nés en faisant un article sur ce sujet dans un journal grave et religieux.
Paris, 13 février 1854.
Mon cher ami, je ne suis ni mort ni malade, mais je vais au bal et je passe mes matinées dans des commissions, divertissements qui m'abrutissent, en sorte que je n'ai rien à dire. Voilà pourquoi je ne vous écris pas. La vie que je mène m'excède au dernier point, mais vous savez qu'à Paris on ne fait que ce que veulent les autres. Je médite pour cet été de grands voyages qui se prolongeront, si Dieu plaît, jusqu'au printemps. Je n'ai pas écrit une panse d'à sur les coffres ni sur aucune autre chose. Si vous me demandiez à quoi je passe mon temps, je serais bien embarrassé pour vous le dire, car je ne le sais pas moi-même. Il me semble d'ailleurs que
Fraiicisi/ue Michel. 7
VOUS ne failos pas ^laiul'chose non plus. Vous m'avez annoncé forée livres de votre composition, et je n'en ai pas reçu un seul, ni les étoiles, ni les gueux, ni etc.. J'ai leçu cependant les volumes publiés par Jannel, (jni ont une certaine tournuic assez ac{réable à la vue. I-,a 17e de don Juan de Vari^as est un pastiche pas trop fort qui voudrait être obscène et impie, et (jui ne montre que des intentit)ns, dont je lui sais gré. Il y a encore une jolie édition des Maximes de La Kochefoucauld avec une préface île Sainte-Beuve horriblement méchante contre M' le professeur C.ousiii. Pourquoi tanlac (iniinis cœlestihus irae ? La Source des vérités a (pielques bons contes gaulois, mais tout cela montre la bêtise des bibliophiles et combien il faut peu de chose pour les faire courii-.
Je voudrais avoir f[uel<[uc chose à vous mander, mais je ne vois rien du tnut^ ni du Danube ni d'autre part. Il y a huit jours, pendant (|ue j'étais dans mon lit, un homme ([ue je ne connais point, mais cjui se recommandait d'un de mes bons amis mort il v a deux ou trois ans, laissa sur ma table un manuscrit avec un mot poui' me prier de le lire et de lui en donner mon avis, (".'était une comédie. A la première page, je trouve ces lignes : « J'accouchai à la .Martinique, et l'idée me vint île mettre mon enfant en nourrice en Bretagne. » Je m'arrêtai là-dessus. Aujourd'hui le propriétaire du manuscrit est venu. Je n'ai pas voulu le voir et lui ai fait iliie seulement que je ne
m'y connaissais pas. Que Homenas avait raison de dire qu'il y a toujours beaucoup plus de couillons que d'hommes! A propos, j'ai dîné aujourd'hui avec Dantas et lui ai fait compliment de son nouveau Chevalier du Christ, de votre part. Adieu, mon cher ami, je suis fort triste et j'ai le spleen. Je voudrais m'être marié il y a dix ans afin d'être tout habitué à être cocu, f^e fait est que je m'ennuie horriblement et que je ne sais à quoi m'intéresser. Man deli^hts me nol nor woinan neither, excepté une Maruja que j'ai été assez bête pour laisser h Madrid.
4 Mars 1854.
Mon cher ami, je suis la victime des commissions qui me prennent tout mon temps et qui m'embêtent avec une intensité très considérable. Voilà pourquoi je ne vous écris guère. Je n'ai rien d'ailleurs qui soit digne de vous être mandé. Hier, j'ai été admis à prouver que j'étais majeur à la commission du Sénat qui était chargée de me vérifier. Puis on m'a fait tenir dans l'hémicycle de la salle des séances dans la position du soldat sans armes, et on m'a lu ma sentence. M"" Trolong m'a dit, que, puisque j'avais prêté serment à la séance royale, etc.. Là-dessus hilarité sur tous les bancs, et je suis allé m'asseoir. J'ai trouvé là une grande quantité de cardinaux qui rendent prodigieusement en raison de leur couleur et qui m'ont fait fête, entre autres le cardinal
Donnet. Ils se sont enquis si c'était encore à moi <(ii'on lirait des carottes monumentales et ont paru contents d'apprendre que je continuais mon commerce. En même temps les vieux pères conscrits ont été fort surpris que j'eusse des connaissances si honorables, ce qui les a confirmés dans l'opinion que je dois être un fameux intrigant. Apprenez qu'une personne f[ue j'aimais foit à Madrid a fait un trou à la lune, ce qui m'afTlige d'autant plus qu'elle s'est enfuie avec un galopin qui nous la gâtera. Kn revanche, tout ce (ju'il y avait de gens d'esprit à Madrid est envoyé hors du royaume. Si vous rencontrez à Bordeaux le généi-al (>oncha présentez-lui mes compliments et dites-lui tout le plaisir que j'aurais à le voir à Paris. Je ne pense pas qu'il y vienne cependant, car, lié comme il l'est avec la famille de l'Impératrice, il s'y trouverait dans une position diplomatiquement embarrassante. Mon cher ami, je n'ai le co'ur à rien, et j'admire que vous puissiez travailler. Je me bats les flancs pour faire quelque prose de commande, mais je n'en puis accoucher. Je me suis remis au russe et je voudrais faire une histoire du dernier grand coquin (jui fut l'Ataman indépendant des cosaques. J'envoie aujourd'hui chercher votre second volume et je ne sais comment faire pour avoir du cuir de Russie pour le relier comme le premier tome. Je pense ({ue le tlirecteur de la Revue (V Architecture s'arrangera fort de votre pl;in des bahutiers, cpioique, pour le dire en passant, celle maison ne valût pas l'esbroulle qu'on en faisait.
Quel théâtre avez-vous découvert? est-ce une collection des premières pièces de feu Poquelin? Je m'intéresse par-dessus tout à votre argot et il me semble que vous lanternez beaucoup le public choisi qui attendait ce volume pour le carnaval et qui ne l'aura pas même en carême.
Mille amitiés et compliments.
Paris, 14 mars [1854].
Mon cher ami, je n'ai pas lu voire livre pour la raison que votre éditeur n'en avait pas d'exemplaires brochés. Il a pris le bon que vous m'aviez envoyé, promettant, il y a de cela huit jours, de m'envoyer le premier exemplaire qui serait prêt. Mais va voir s'ils viennent, Jean.
Je vous remercie des vers que vous m'envoyez et qui me semblent très beaux, si beaux que je vous en crois l'auteur, car il n'y a pas d'apparence qu'on fasse des vers à Bordeaux.
Vous feriez acte de bon courtisan en publiant quelque chose sur les machines de guerre. C'est un sujet que l'Empereur affectionne et qu'il connaît bien. Je vous engage à lire son livre sur l'artillerie, qui me paraît excellent, quoiqu'il se soit permis de se moquer d'un passage où votre serviteur avait dit des bêtises sur l'art de la guerre au Moyen Age. Ooyez que, si vous avez quelque chose de nouveau à dire, vous attirerez son attention; mais notez qu'il ne s'agit pas pour lui d'érudition, ('e qu'il demande
102 l'ItOSI'KH MÉIUMÉL
c'est fju On lui apprenne (|uel(jiie fait qu il ne sache pas. Ainsi il m'a fort remercié de lui avoir cité un passa«re des Alhi^cois où il est question du bélier. Il croyait (jue le bélier avait été oublié au Moven Age.
()uant à votre histoire de chevaux, elle prouve que vous travaillez comme cet utile animal, mais si vous pouviez en cnvover sept ou huit mille aux Dardannelles, on vous en saurait plus de <]rré fpie des plus savantes élucubratioiis.
On ('lait hier soii- très mécontent de la Prusse et moins rassuré sur l'-Vutriche. l/amiral Xapier a, dit-on, parié 6, ()()() livres sterling, somme ([ue je regrette de n'avoir pas à ma disposition, (juc d ici un mois il dînerait à C-ronstadt. .le n'aime pas ces blagues. Le pire c'est ([ue nos régiments sont en si mauvais état qu'on a toutes les peines du monde à former les bataillons de guerre. On dit que dans six mois nous aurons la plus belle armée du monde, mais il est f.àchcux (ju'elle no soit pas prête des à présent. Par compensation, les Russes ont en Valachie des dvsenteries abominables. Si je faisais des calembours comme vous, je trouverais quehjue chose de joli à dire à cette occasion. J'ai parlé de vcuis à votre cardinal <jui est le président de mon bureau. 11 me semble bonhomme, mais pas aussi fort ([ue Mazarin.
Adieu, mille amitiés et compliments. Votre lettre
a été mise à la poste ce matin.
Paris, 10 mai [1854].
Mon cher ami.
Je viens de Laon où je suis monté sur une tour par un vent odieux. J'en suis descendu avec une névralgie qui me rend encore plus misanthrope que de coutume. Je suis par-dessus le marché embarqué dans un travail qui ne va pas et qui m'ennuie. Pour en finir, je me suis imposé la loi de ne rien lire avant de l'avoir terminé. Voilà pourquoi je ne vous parlerai pas encore de vos Cabarets. Seulement, en feuilletant le volume, ou plutôt en le maniant, j'ai vu qu'il n'y avait pas de dictionnaire d'argot, ce qui m'a affligé. Quand donc ferez-vous paraître ce travail de linguistique que j'attends avec impatience?
J'ai vu hier M*" Pelletier qui m'a parlé de la lettre que vous lui aviez adressée et qui l'a transmise à M"" T... Il me semble que vous êtes un peu sévère pour ce dernier; cependant il y a du vrai dans son portrait. Au fond il gagne à être connu. Je pense que, INP Pelletier aidant, il s'humanisera. Pour moi, je ne le vois jamais que dans les occasions trop rares où il m'apporte l'argent de ma prose. Peut-être est-ce pour cela que je le vois en beau. [Vous me demandez pourquoi je suis triste et vous me parlez de l'or et de la grandeur. Je croyais que ces mots n'étaient employés qu'en style d'opéra-comique, et je vous répondrai dans le même style que l'un et l'autre sont une chimère. Si je suis triste ce n'est pas pour des
104 l'R(JSI'Kll MÉIUMÉE
prunes. J'ai de très b.nuies raisons, mais elles no vous amiiscraienl pas à cnlendre et inc crisperaient à écrire].
J'ai parlé à tous les académiciens (jue je connais (le vos étolFes de soie. Il me semble ([ue vos alTaires vont bien, mais je v()us ai dit plus d'une fois rpi il n'y a pas de mer plus channeanle (pie l'Académie des Inscriptions et qu'elle se plaisait à nommer des commissions pour voler contrairement à leurs rapports.
Je vous félicite d'aller à C. P., mais, à part le plaisir d'y avoir des bulletins de première main, ne vous attendez pas à y trouver rien de bien beau. Si vous êtes admirateur de la nature, allez vous promener en Asie Mineure, dans un rayon de 20 ou 30 lieues autour de Smyrne, et vous verrez ce cpii ne se voit pas ailleurs, je crois. Je suis si découragé et si ennuvé de tout, et de moi-même surtout, (pie je ne fais pas de projet pour cet été. Adieu, mon cher ami; (juc le Seij^neur vous conserve en joie et santé.
Paris, M Mai 1854.
Mon cher ami,
li'Académie des Inscriptions a été beaucoup trop émue la semaine dernière pour s'occuper des prix, et vous savez pourtpioi. Je refçrette (pie vous n'avez pu assister à la dernière séance pour jouii' des expressions variées des augustes membres à mesure que l'on appelait les noms sortant de lurne fatale. Je
prévoyais la défaite du ministre et j'avais fait quelques démarches pour la lui éviter, mais ses faiseurs lui avaient persuadé que son élection était certaine. Jusqu'à présent on n'a pu deviner le billet blanc. Quant à la voix de M"" Duméril, vous avez reconnu l'excellent esprit de \F E. Quatremère qui, de sa vie, n'a voté pour un candidat ayant des chances. Ce qu'il y a de drôle c'est qu'il s'est répandu en éloges de M' Fortoul avant la séance, en sorte que tout le inonde croyait qu'il lui donnerait son vote. Peut-être espérait-il ainsi cacher sa malice, mais il n'a pu attraper personne.
J'ai lu le premier volume de vos Cabarets. Puisque je vous ai habitué déjà à mes critiques brutales, je vous dirai que je trouve que c'est un peu trop savant pour le sujet, ou, si vous voulez, que c'est de la science un peu leste. J'aurais mieux aimé moins de science et plus de farces.
J'ai demandé à M"" Turgon quand il comptait faire passer vos articles. « Tout de suite », a-t-il répondu. Son « tout de suite » est comme Vadesso des Florentins. Vous demandez un beefsteak adesso, et ils vont l'acheter chez le boucher ou bien chercher le bœuf qui paît en paix.
J'ai oublié le nom d'un bibliophile à qui vous m'avez recommandé pour les éditions rares de Fœncste. Je crois qu'il est bibliothécaire à Tours, et je voudrais lui écrire pour savoir s'il possède ou s'il a vu l'édition antérieure à 1617, citée par Brunet.
Je fais des notes à foison, dont j'enrage. Je crains
ICH) l'nOSPEH MKIUMKE
(jii'aii lien d'un clc^iint petit volume, je n a(!couche de deux billots.
Puisque vous vivez parmi des Gascons, demandezleur ce qu'ils entendent par i;l<il<ni<ifc. Le Duchal sur ce mot jette sa lanj^ue au chien.
Je m'ennuie liorriblement et je ne peux rien faire. J'ai le cauchemar de trois tartines de prose à écrire avant de prendre ma course, et je n'ai pas le courajTc de m'v mettre.
Il y a dans certains états de Tàme la combinaison la plus désespérante de tous les embêtements. On soufTre de la prostration morale et on ne trouve pas l'énerrrie c[u'il faut pour en sortir. Dieu vous préserve de cela, mon cher ami. et vous doint ce que votre noble cueur désire'.
Paiis, 2 Juin 1854.
Mon cher ami,
Je vous trouve bon avec vos reproches aigres-doux. Que voulez-vous que je fasse.' Je n ai pas de moyen de coercition contre NP Turgand !', , et j ai épuisé tous ceux de persuasion dont je puis disposer. Que voulez-vous dire à un homme qui se retranche derrière les nécessités de sa haute direction qui exigent qu'il donne à ses abonnés l'analvse du vaudeville de M*** avant de faire passer le théâtre basque de M"" M*'*.' Je vous ai écrit dernièrement ce qu'il m'avait dit; si vous trouvez quelque argument nouveau, veuillez me !e transmettre.
LETTRES A FRAISCISQUE MICHEL 107
Je VOUS remercie des vers que vous m'envoyez, mais je ne les trouve pas si concluarits que vous dites. Ils prouvent seulement que i>ous est une forme plus respectueuse que tu, ce qui n'a pas besoin d'être démontré. Je suppose qu'il a existé au commencement (lu wn" siècle une histoire de quelque glorieux à laquelle le passage de Fœneste fait allusion. Au reste, plus j'ai médité votre interprétation, plus elle m'a semblé juste. J'en ai fait part à M. Jannet, qui est tout à fait de mon avis. Il tombe un déluge. Je suis au Luxembourg, dérangé par le mélange de la voix du rapporteur et du bruit des conversations particulières. Il en résulte une modulation très peu harmonieuse qui m'ote l'énergie nécessaire pour remplir cette lettre. Les commissaires du prix Gobert font toujours grand mystère de leurs rapports. Il y a longtemps que je vous ai recommandé à tous ceux que je connais. Je vous ai dit en même temps que je n'attendais nul effet de ces recommandations, attendu que je ne puis faire ni bien ni mal aux susdits commissaires. Je n'ai pas le livre de M'^Weiss; on m'en a dit du bien, mais il se peut qu'il choque mes sentiments catholiques, qui sont très susceptibles à présent. Adieu, mon cher ami, croyez que si je pouvais quelque chose à vos affaires, vous n'auriez pas besoin de me le recommander.
Tout à vous.
108 PROSl'EH MÉRIMÉE
Vendredi 7 Juillet [I854i.
Mon cher ami.
Je ne puis admettre \olrc i^nillof're changé en i^'latntjdjc. Je n'aime pas davantage i,v/:;<7/^/^o/?, mais nul Gascon ne peut me traduire ce diable de mot.
Je vais en Angleterre la semaine prochaine, pour peu de temps et seulement pour savoir positivement à quoi m'en tenir sur le palais de Sydenham. De là je reviendrai à Paris dans les premiers jours d'Août pour en repartir aussitôt pour Venise. Puis j'irai en Allemagne et je passerai l'hiver quelque part où il ne fera pas froid. Je ne veux revenir dans cette vallée de misères que pour faire mon métier de Père conscrit. Dans l'intervalle, je trouverai vos articles à Paris et je les lirai avec grand plaisir et vous en enverrai mon avis de quehjue part où je m'arrêterai. Ce que j'ai lu de traduit du basque m'a paru manquer complètement d'originalité, tandis qu'il y en a beaucoup dans \e^ pjesnie serbes. Mais vous aurez peutêtre trouvé quelque chose de bon dans vos courses pyrénéennes.
Si M"" votre cousin a du Larose aussi bon que M"" Lalande, je lui donnerai ma pratique, mais elle ne vaudra jamais rien, et singulièrement celte année où je vivrai loin de Paris.
Je pense que la discussion du prix Gobert aura lieu à la fin du mois et j'espère être à Paris pour y prendre part. En tout cas, je crois vos aiïaires en bonnes malus, du uioins à la commission.
Voilà le pauvre Rochette mort. Tout le inonde le regrette à présent.
Il nie semble que Ducange traduit mal gaillofre ^diY gallofèro, mendiant. On dirait par l'antithèse de destriers et sommiers qu'il s'agit de bidets ou de quelques mauvais chevaux. Mendiant a cependant un sens.
Adieu, mille compliments et amitiés.
Mon cher ami,
J'ai reçu une réponse du général Concha.
Xe vous mettez point en peine de la comtesse G.
Je suis malheureusement pris tous les soirs de cette semaine, mais je vous écrirai dans l'occasion si je trouve quelque passage digne de vous.
Le mot ambon se trouve, je crois, dans le Poëme des Albigeois, mais je ne puis le vérifier, ayant prêté mon ouvrage à Viollet-le-Duc, qui en est à l'architecture militaire. Mais partez-vous vraiment si vite?
Mille amitiés et compliments.
P. S. — J'ai commencé votre second volume. Je trouve que vous êtes trop érudit et pas assez technique. J'aurais voulu que vous me parlassiez davantage des loques qui existent encore, car les poètes sont de la canaille qui mettent indifféremment les mots les uns pour les autres lorsqu'ils se lancent dans les descriptions.
110 PROSPER MÉRIMi^lE
J'ai aussi des scrupules sur \c mot aïK/ncton , mais jo II ai t'iKMHC lu (juc ([U('l(|ues pages, el penl-êlie li'(»uv('iais-je plus loin ce que je demande.
Je n'ai pas entendu parler de l'argot que vous m'annonciez.
Paris, 'i Août [(So'i.
Mon cher ami, .M"" Charma, se(!iétaire des .1////i/uai/rs de ht NurDKiiidie, m'a remis à Caen I antre jour une lettre tle vous cjui m'a ap[)ris le jugement de rAcadémie. Je legrelle de n'avoir pas été à Paris pour vous donner une voix, inutile à la vérité, mais très dévouée, (^uant aux plaintes ([ue vous laites el au calcul de vos profils, vous vous rappellerez peutêtre ce ([ue je vous ai tlit, il y a quel([ues mois, sur les concours acadénu(}ues et l'usage ([ue font la plupart des Académiciens des livres qu'on leur donne. Je suis lâché (jue ma prédiction se soit vérifiée.
Je suis allé voir le Palais de Cnjstdl et ([uehjnes amis à Londres. J'y ai passé une ([uinzaine de jours très agréablement, mais j'en ai rapporté un rhumatisme entre les épaules et an coté ([ui me failsoulTrir mort et passion. Il m'a fallu ce néanmoins allei' à Caen el faire un speech aux antiquaires, manger des homards el faire pendant tleux jours très consciencieusement el avec beaucoup de fatigue mon métier de Directeur de rilluslre compagnie. Dieu vous préserve de tomber sous sa patte!
Je vais aller en Allenuigne pour cjnelques semaines,
car le choléra et les quarantaines surtout rendent l'Italie à peu près inabordable cette année. D'un autre côté l'Espagne est maintenant assez peu tentante. Je suppose que, vers la fin de septembre ou au commencement d'octobre, je serai de retour à Paris à moins que quelque accident comme choléia, mort ou mariage ne s'y oppose. Adieu, mille amitiés et compliments.
3 Février 1855.
[Mon cher ami, si je suis triste ce n'est pas pour des prunes; mais comme vous n'y pouvez rien, il est iïi utile de vous expliquer le pourquoi].
Je n'entends rien aux mortiers. Consultez l'ouvrage de J/*" Vicat qui est la loi et les prophètes.
Il faudrait savoir de quel ciment il s'agit dans le Hunian de la Rose pour comprendre ce que le vinaigre peut y faire... Mais, en thèse générale, il faut se méfier des ingrédients coûteux qu'on prétendait mettre dans les ciments d'autrefois. Ex. : celui de la Tour de Thann, délayé avec du crin, etc..
Le t^inoembre et la cannelle avec de la chaux et du lin (probablement de Miuilede lin), peuvent faire un ciment odorant, bon dans quelques cas.
Je me réjouis d'apprendre que vous allez publier tant de choses, et que vous viendrez à Paris.
Paris, 21 iiovcinhrc au soir [1855";.
Mon cher ami, vous m'embarrassez fort, mais cepenciant je crois que je préfère le château Palmcr [Margaux'. Veuillez m'en faire envoyer cent bouteilles et dire qu'on en vienne chercher le prix le matin avant midi, mais aussi pas de trop bonne heuie.
[L'autre jour M. F. m'a fait prier de le venir voir et m'a demandé si je voulais être professeur à la Sorbonne ou au Collège de France, je ne me rappelle plus lequel, de littérature comparée. J'ai gardé mon sérieux et lui ai fait mes très humbles remerciements motivés : 1" sur mon insuflTisance ; 2° sur l'excès de besogne; 3" sur mes occupations: 4" sur ce que j'aimerais mieux être pendu. Cela m'a amené naturellement à lui parler de vous, et sur l'objection que vous n'êtes pas assez éloquent, j'ai dit qu'on ne l'était ([ue trop dans ce temps-ci et (ju'il fallait faire des cours sérieux;] que le moven de les avoir tels étiiit de nommer des professeurs non éloquents, mais sachant leur alTaire. Il a répliqué qu'il voulait vous donner une bibliothè(pie, c'est-à-dire le moyen de résider à Paris honorablement et d'y travailler. Je l'ai fort encouragé à persévérer dans ce dessein. Veuillez garder tout cela, je vous prie, entre vous et moi.
Je ne puis vous donner de conseil quant à l'Académie, si ce n'est de consulter mon ancien, M"" V. Le-
clerc. Il vous dira mieux que personne ce que fera en cette occasion le noyau de professeurs qui tyrannise cet établissement.
Qui est M' Geollroy Château? Je ne me souviens d'aucun camarade de collège de ce nom.
Adieu, mille amitiés et compliments.
12 mai [1856].
Mon cher aipi, je reçois une épreuve où j'ai corrigé quelques fautes. Je vous proposerai encore quelques additions dont vous vous arrangerez si vous voulez.
Je crois que Xa/avaç, cacli, vient de la forme du turban d'autrefois, qui ressemblait à un chou : A-i/avov, ou de la couleur de leur robe vert foncé,
//.^[j.tT'.a, froment, vient du slave KIdeb.
zK'riy.i, neige, de Sniegh.
c77:apa)TYj, pluie (j'écrirais ar.doôxC) peut venir de ciTreîpco, part. cr-::âcTOc, semé.
■/£T;j.oç, hiver, n'est pas un mot d'argot. C'est le même mot que /s'.v.wv avec une terminaison différente. Observez que les gens du peuple en Grèce ne connaissent guère que les deux premières déclinaisons. On dit /ipoç ou /âpovTaç au lieu de /.âpwv.
11 faudrait dire ce que signifie pacchione où vous voyez l'origine de Tcâ-'Cioç. N'est-ce pas goinfre? Cela pourrait peut-être venir des Bohémiens qui appellent pachas ceux qui ne sont pas de leur race? Un Grec
Francisque Michel. i
ferait de /jacc/iio/ic -a/tiôvy;; et non r.i'Z'.zq, à ce qu'il me semble.
Tout à vous.
Je crois avoii- lemaïqué encore plusieurs mots d'oritrine slave, mais cela nous mènerait trop loin.
Mardi 20 Mai 185G.
Mon cher ami,
Vos épreuves sont renvoyées chez Didot.
\'ous savez (jue je nai pas grand crédit auprès de M. Buloz. Maintenant moins que jamais, à cause d'une alîaire (ju'il a avec M. Madi-azo, de Madrid, où je suis intervenu inutilement. Cependant je lui parlerai si vous voulez, mais il faut avant tout lui envover votre article.
Madame de M° ne s'arrêtera pas à Bordeaux: autrement elle se fût chargée volontiers du livre de Calderon.
On ne peut rien dédiei- à l'Empereur sans s'adresser pour en avoir la permission au Grand Chambellan, M"" de Cambacérès. Je puis lui parler si vous voulez. Longpérier est malade. Je vais à l'Institut voir si l'on a le livre que vous dites...
P. -S. On ne l'a pas.
Mille amitiés et compliments.
Paris, 2 septembre 1856.
25, Muséum St. Bloomsbury
London.
Mon cher ami, je n'ai aucun moyen de vous procurer une audience. Il y a quatre mois que je n'ai vu S. M. et il s'en passera peut-être autant avant que j'aille aux Tuileries. L'Empereur est en ce moment à Biarritz; il ne reviendra qu'en octobre. S'il y a des Anglais dans l'affaire, ils ne peuvent être présentés que par leur ambassadeur. Pour vous, il faut que vous vous adressiez au Grand Ciiambellan. Je ne le connais que pour le voir au Luxembourg; quoique je ne sois pas en relations d'aucune espèce avec lui, je crois que je pourrais vous donner une lettre pour lui, et ce serait votre affaire de lui persuader de vous faire avoir une audience. Je sais la chose diflicile : l'Empereur déteste en donner. Voilà cependant, je crois, le seul moyen d'arriver.
Je suis revenu à Paris hier, pas trop bien portant,
après m'être très diverti dans les montagnes. Je n'ai
pas de nouvelles de l'argot.
Mille amitiés et compliments.
Paris, 23 Septembre 1856.
Mon cher ami,
J'arrive aujourd'hui à Paris et je repars demain pour trois ou quatre jours. Je trouve votre lettre qui
IIG FROSPER MÉRIMÉE
me ftiil ifiaiid plaisir. Bien (jue sans in(|uiéliHli' poulie fond de voire allaire, je craignais (jue vous n'eussiez ([uehjues semaines à en attendre le dénouement. Il faut (jue M' Jardine soit une grosse bête pour n'avoir pas ilairé le chantage, qui était manifeste, môme dans le compte-rendu peu bienveillant du Times, .le sei-ais resté à Paris et j'aurais tâché de voir le Ministre si je pensais que cette démarche pût vous être utile. Mais d'une part, je ne l'ai jamais vu, même en peinture. De l'autre, ma moralité nest pas assez connue pour (|ue mon témoignage ait grand elîet sur lui. Dans ma jeunesse je me suis fait casser un bras par un mari ([ui trouvait à redire (jue je le lisse cocu. Depuis je n ai jamais vécu en hvpocrilc, et la conséquence a été (ju'encore aujourd'hui je passe auprès de bien des gens pour un homme immoral. A mon âge, j'en suis assez (latléi, mais vous comprendrez que moi, habitant de Paris, inconnu ou mal connu du Ministre (n'est-ce pas lui ({ui me fil mettre en prison il y acjuehjues années comme procureur général?), je suis malpropre avons recommander dans votre cas. \ ous devriez charge r^P Victor Leclerc de la chose. Voulez-vous (|ue je lui en parle? Au reste il me parait peu piobabie (ju il résulte de cela pour vous le moindie désagrément en France, .le trouve cependant que vous avez eu deux torts. Le premier, c'est, aussitôt après le verdict, de n'être pas revenu à Paris parler au Ministre au lieu de lui écrire. Le second de vous loger dans un hôtel oîi vont tous les
mauvais garnements français et italiens. Quittez-le bien vite, ou faites mieux, venez à Paris. Quelques mots avec le Ministre dissiperont toutes vos inquiétudes, si vous en avez réellement. M*" Fould doit un de ces jours me faire dîner avec ce ministre. Je lui avais demandé cela pour l'entretenir d'une autre affaire. Il me sera possible alors de faire d'une pierre deux coups et de parler de vous beaucoup mieux que si j'allais tombant des nues lui dire que vous n'êtes pas un violeur de filles. Méditez mes deux conseils, un peu tardifs malheureusement; je les crois bons. Adieu, mille amitiés et compliments.
Paris, vendredi soir, [27 septembre 1858].
Monsieur Francisque Michel, Sabloniere Hôtel, Leicester square, London.
Mon cher ami, j'ai vu aujourd'hui M"" Victor Leclerc; il parlera au Ministre. Il croit, comme moi, que vous feriez bien de venir ici. De plus il m'a dit qu'on avait mis dans la Gazette des Tribunaux le compte-rendu Bon st. (?), et point le jugement final. Il croit (jue vous feriez bien d'envoyer ce jugement à la Gazette des Tribunaux et au Journal de V Instruction publique. Pour ce dernier je ne partage pas son
118 PHOSPEH MÉIÎI.MÉE
avis. J'ai pensé qu'il était bon que vous fussiez instruit de tout cela.
Mille amitiés et compliments.
15 mars [1857].
Mon cher ami, comment voulez-vous (juc je vous corrii^e les mots que je n'ai jamais entenilu pronottcer.' Je crains ([uc vous ne les ayez copiés à droite et à «raucho, sans les transcrire selon un svstème uniforme pour tous. \'ous écrivez chuhcl et c/iaiiii. Si vous voulez ligurer la prononciation pour des Français écrivez Tclioiikel et Ichouri. ou si vous j)renez l'orthographe espagnole, ([ui est la plus commode : chiKiiœl, churi.
Kitertchinia me semble étrange. Quer chi/ii voudrait dire petite maison dans le dialecte que j'ai étudié jadis.
Errounuinccl — probablement lionuiiié cluivc, les ifarcons bohémiens.
Pains, peut-être Païns, ou mieux Panc/ii, r.vr.i. Olepanchi veut dire, je crois. 5 1/^.
11 est impossible (pie (indrc catande signifie couteau de table: ces deux mots signiHent : dans le reste.
Pani barra, lisez haro, l'eau grande, c est-à-dire la mer, et non la mer est belle, ce qui est démenti même par votre glossaire.
Bocali acha.' Bo(jui abela, faim il a?
Litnyia, fille mauvaise. Lumia s'emploie couramment pour putain parmi tous les gamins de Séville.
Ogachô doit être écrit en deux mots ; o est l'article.
Jolie : foucarra, probablement yz/r'^ra, ou mieux jiicari, la jotd aspirée au lieu d'une F.
Manoiicaro pour méchant? probablement manu homme, cliorro méchant.
Mère : raja. Impossible. Probablement e/r/y«f, une religieuse.
Si siiio veut dire petit (fort douteux) pourquoi écrivez-vous tiij;no pouska ?
Quatte estarJ, panchi. Panclii veut dire 5, vous l'avez vu plus haut.
Si on dit effectivement ZJe/'/^^i pour soleil, ce serait un fait curieux, car le mot Debla s'emploie ordinairement pour Dieu ou la vierge; je crois qu'il y a erreur.
Camani ne peut signifier le sien. C'est une boutique.
Leha tiis(iiiet D^. Ce sont, à ce que je crois, des mots qui n'ont aucun sens. Certainement ce ne sont pas des mots bohémiens.
J'écrirais ainsi la chanson :
UstiV , iistiV, chahorri Prends, fille,
Minrc jiicai- monro ma jolie amie,
Sar inende caraiolengiœ avec moi des escargots.
La terminaison lengue est singulière: elle indique le datif pluriel dans les dialectes les mieux conservés. Il se peut que cela veuille dire escargots.
120 rriosi'Kn mérimkk
Je n'entends pas un mot fin B. de M. Cénao. .le vous croyais en Anfrlclcrre.
Mille amitiés.
P. -S. La plupart des mots de votre glossaire me sont connus. ( hiel([ucs-uns ont une terminaison nouvelle pour moi, qui peut être caraotéristi(|ue du dialecte bas(pie. .le crois qu'un certain nombre a été défijfuré dans la transcription. Ainsi j'écrirais :
cliino pour tinn,
rac/ii pour /azi,
dracaï pour dracaria ,
liiicl ou jel pour kcni.
Paris, 20 mars MS.^T?!.
[Mon cher ami, décidément nous ne nous entendrons jamais en matière de poésie. Vos ballades ne sont pas aussi plates que les premières, mais elles sont trop modernes. Elles n'ont pas trop d'originalité d invention, et pas du tout de couleur locale.] Elles conviennent à toutes les lanfrues et à tous les pays. J'aime assez celle f[ui est intitulée, comme un mélodrame, Adam le Contrebandier ; malheureusement il ne faut pas dire hraK>e comme une èpée : il n'en avait pas parce que c'est du xviii^ siècle, et encore moins faire parler la pondre parce que c'est du pur arabe traduit en stvlc de journaux.
Je suis horriblement enrhumé. J'écris à votre ami d'Oxford après avoir lu son livre.
Mille amitiés et compliments.
T. s. V. p. P*^ Mérimée.
P. -S. Il me semble que vous me demandez des observations sur le chapitre du pays basque où vous cherchez à donner une idée du génie de la langue. 11 faudrait que je susse le basque et je n'ai nulle envie de l'apprendre. Je vous conseillerais de supprimer votre chapitre, ou de le refaire en consultant un docte, car il est incompréhensible. Ex. : vous dites page 23 que le verbe est propositionis copula. A la bonne heure. Puis, page 25, vous dites : « Quelle anomalie à Vescu(ii-a de n'admettre copule du verbe », etc.. — id est \erhe du verbe! Que diable cela veut-il dire?
Je crois que la grammaire où vous avez trouvé cela a voulu dire que le verbe auxiliaire n'avait que deux temps, le passé et le présent, et une terminaison particulière au participe, de même qu'on disait en latin su m venturus.
La grande singularité de la langue basque, autant que je l'ai pu deviner dans l'ouvrage de l'abbé Inchauspe, c'est l'amalgame qui a lieu dans le verbe auxiliaire, qui combine dans un même mot le verbe, le pronom et le régime ou même les régimes. Il serait intéressant de découvrir la loi qui régit cette agglutination, pour parler comme les Allemands.
122 l'HOSPER MÉRIMÉE
Jeudi soir [1857?].
Mon cher ami.
Je vous serais obligé de remettre ou d'envoyer à Madame Libri le petit mot ci-inclus.
Je regrette de ne pas vous avoir vu pour vous parler de votre livre dont j'ai lu la moitié. Je vous «Tarde un certain nombre d'observations, et dellc levasse. Vous nous parlez malheureusement trop peu de ce que vous avez <,'ii et beaucoup de livres dont un grand nombre ne valent pas grand'chose. Il y a des chansons (jue je vous aurais expli([uées, moi ([ui ne suis pas basque, et qui auraient besoin de commentaire. Ce (jue vous dites de la langue ne peut être de vous. Vous y dites des énormités. Puis vous prenez du grec à M. de Marcellus oubliant qu'il est poète et vous traduisez "jpvo; 0£|j.£Xi(î)[X£voç, par ô ma petite rose rouge! Cela est tiré d'une litanie de la Vierge, et on l'appelle turris aedificata. Prenez garde que vos amis d'Oxford ne vous fassent un mauvais parti sur cette traduction.
Je persiste à dire que, si vous vous donnez jamais la peine d'écrire vos pensées et vos observations personnelles, vous nous donnerez un bon livre, tandis que vous me parlez de l'abbé Darrigol et d'autres bonshommes dont je n'ai cure.
Mille amitiés et compliments.
4 Vendredi.
Mon cher ami,
Il me semble plus conforme à la politesse française et plus conforme à la disposition trop pittoresque de mon cabinet que j'aille prendre les ordres de M'"" Yeméniz. Nous irons chez elle quand vous voudrez. J'ai une aquarelle pour vous, très mauvaise, que j'allais vous envoyer quand j'ai appris que vous alliez venir. Si vous voulez venir la prendre dimanche matin, mais sans M'"^ Yeméniz, vous me trouverez dans ma robe de chambre, que bien connaissez.
Mille amitiés et compliments.
P"" xMÉRIMÉE.
6 avril [1857].
Mon cher ami, je n'ai pas lu une ligne de M"" Rondard. Longpérier, qui a lu les Éludes ibériennes, dit que c'est un bon travail.
Je ne sais rien de M"" de Chabrier, sinon que son départ a comblé de joie tous les compulseurs de chartes et que Laborde est enchanté de lui succéder.
Je ne sais ce que devient Dantas. Je crains qu'il ne soit malade. J'irai aujourd'hui en savoir des nouvelles.
Je vous remercie de votre article que j'ai lu avec plaisir, mais vous vous ferez du tort par votre litté-
l'IUlSI'KIt MKIUMKK
rature léf^èrc. riiiérissez-vous de vos rhiim.'ilismcs. J'ai, moi, une horrible migraine.
.Mille amitiés et compliments.
Paris, 20 avril [1857?!
Mon ('lier ami, je n'ai j:tmais été présenté au prince Lucien, .le ne l'ai jamais vu. Ne m'aviez-vous pas olFcrl (le me présenter à lui? (lomment voulez-vous que je fasse votre alTaire.' En principe je ne suis pas pour les dédicaces aux princes. Ils sont si aillifrés de carottes qu'ils en voient partout. Le mieux serait de lui envoyer un exemplaire avec une lettre, .le ne comprends pas comment votre livre basque est de la compétence de l'Académie Française. Envoyez-le l'année prochaine au concours Volney.
M" Libri demeure Hôtel des Princes, rue Richelieu, .le lui transmets votre lettre.
Votre Guerre de NuKuirre a du paraître, car on m'écrit du Ministère de l'Instruction publique qu'on m'en donne un exemplaire. .le vais le faire retirer.
Le mal d'écrire dans les petits journaux et d'y blaffuer les ducs, c'est de faire croire aux itïnorants qu'on est feuilletoniste. Une fois cette réputation acfjuise, ils ne veident pas vous croire érudit, et ce sont eux qui font les réputations. Peccato!
.l'ai vu avant-hier votre Ministre, de la part de l'Académie (|ui m'y envovait en députation.
II nous a expliqué assez bien qu'il n'avait pas un sou, triste nouvelle qui ne m'a pas trop surpris. Mille amitiés et compliments.
Paris, 2G novembre [1857?].
Mon cher ami, le diable m'emporte si je comprends ce que vous voulez dire avec le cardinal Hip. d'Esté et le Moniteur. Je n'y vois que du feu.
Je pars demain pour Nice et la Provence où je vais chercher le soleil et guérir si je puis trois ou quatre maladies mortelles.
Il me semble que nous n'avons pas de prix de traduction cette année. Je ne l'affirmerais pas, mais je n'ai plus le temps de consulter M"" Pingard. Je crois encore que les concours sont fermés beaucoup plus tôt qu'en x\vril. Si je ne me trompe, ils le sont dès le 1'^'' février. Mais en admettant un prix de traduction, un ouvrage sur les mœurs basques n'aurait pas à s'y présenter.
Je suis mortellement brouillé avec M'' Roulland qui m'a joué un tour. Je lui ai écrit des sottises et ne le saluerai plus. Il me fait l'effet de se laisser mener par les gens qui ont fait faire tant de bêtises à M"" Fortoul.
Je suis fâché d'apprendre ce que vous me dites de votre position à Bordeaux, mais la province est essentiellement bête.
Je n'admets pas voire explication de rendre la jument :
1" parce ([u'on ne dit pas en patois rendre l'é^til /jour 1(1 jjnr cille.
2" parce que BranlAnte, qui savait le patois, n aurait pas fait la méprise (jui ne peut arriver qu'à un fiancisnacotisant [sic). Je ciois plutôt ([u il s aijit d'un conte populaire que nous ne savons pas.
Mille amitiés cl compliments.
Paris, ?) Janvier [1858].
Mon cher ami,
Je me réjouis de vous savoir en bonne santé. \a\ mienne est médiocre. Je ne suis malheureusement pour rien dans la commission Gobei-t , mais je m'étonne que vous lui donniez du navarrois lorsque c'est du français qu'on demande. Cela vous jouera un mauvais tour. Je suis à votre service pour les mots russes; quant aux bulgares je ne sais pas quelle langue c'est, mais je sais bien que je n'en sais pas un mot.
.Mon avis serait ([ue vous vous en tinssiez à l'argx)!
français, sans vous occuper de l'argot russe que vous
ne saurez jamais. J'ai envoyé votre lettre à M' de La-
borde. Je vais gagner mon jeton et n'ai que le temps
de vous la souhaiter bonne et heureuse.
Dantas me demandait avant -hier de vos nouvelles.
27 Janvier 1858.
Mon cher ami,
Je ne comprends rien à une édition tirée à un exemplaire. Je sais qu'il y en a un de l'édition originale à Bordeaux. Il y en a un autre à Pau. On a réimprimé le tout, sauf quelques suppressions, en tête de l'édition complète de Beyle.
Je ne sais rien de l'Académie, si ce n'est que je ne suis pas de la commission. Je suis fâché que vous ayez envoyé votre Pays Basque à l'Académie française. Il y a peu de chances qu'elle le trouve utile aux mœurs. Je m'informerai de la commission et je vous recommanderai (très inutilement) aux gens que je connais. Tenez pour certain que vous serez écarté.
Si vous aviez refait votre chapitre sur la langue basque, je vous aurais conseillé d'envoyer le volume à la commission du piix Volney.
Mille amitiés et compliments.
Paris, 3 Février 1858.
Mon cher ami.
Je serais charmé d'avoir un exemplaire de votre édition, si cela ne coûte pas trop cher.
La commission a été nommée hier : MM. de Rémusat, Augier, Legouvé et Viannet. Je souhaite qu'ils vous trouvent plus utiles aux mœurs que les
128 PROSPEH MÉRIMÉE
88 conciirrcnls (jiic vous avez, .le passe mou temps fort trislemeul à la eommlssioii île la Bibliothèque. J'eu ai encore pour un mois au moins. Plaigue/.-moi ; il iaut que j'étudie le système îles catalogues, ce (|iii est peu récréatif.
Tout à vous.
I*.-S. M. Ilerculano a ét('' nommé.
Paris, ;50 Juin !l8(Jlj.
Monsieur F. Michel, ilue <]e la Tiésorerie, 122, Bordeaux.
Mon cher ami,
Votre pa([uet est venu le 28 au soir.
.l'ai trouvé dans les M/'/ins d'Orie/itlc Mémoire que vous m'avez indiqué, et qui m'a semblé peu de chose, l/auleur dit qu'il a vu 240,000 chevaux en 5 ans, et paraît n'avoir pariti à aucun bipède. Il ilit que les chevaux arabes sont les meilleuis parce (ju'ils ont des pàluraoes secs. Ils a/it du se croiser avec les chevaux européens lors îles grandes invasions de l'Orient en Occidenl, et ils ont fait souche de bons chevaux partout où ils ont trouvé des pâturages secs. Les humides font de mauvais chevaux. Il aurait du ajouter que c'est pour cela qu'il n'y a pas de chevaux en Angleterre. En un mot, je crois que ce Polonais
n'est pas beaucoup plus fort que vous en hippographie. Je ne puis que vous souhaiter d'autres auteurs. Je n'entends rien à ce sujet.
Mille amitiés.
2 Novembre 1861.
Mon cher ami,
Vous me demandez l'impossible. Comment voulezvous ([ue je vous dise ce que fera l'Académie? A vue de nez il peut sembler étrange (jue VHistoire des Jù'ossais en France soit considérée comme histoire de France. Mais cependant la chose n'est pas impossible. I^e grand point c'est de persuader M"" Guizol, rapporteur à vie du concours Gobert, et la commission. Rien n'empêche d'adresser votre volume, mais dire d'avance quel sera son sort, c'est impossible. Si je suis à Paris lorsque la commission sera nommée je tâcherai d'en être pour vous donner ma voix, mais très probablement je serai à Cannes où j'ai grand besoin d'aller, car je respire très mal et je suis toujours très oppressé.
r^e père de la comtesse de M" était un Kirkpatrick. Il se peut que les K[irk) soient d'origine irlandaise, mais le plus célèbre, qui coupa le cou au hlack Conign {^) et qui avait pour motlo : l'il inak sicker, était bien Écossais.
Il y a un portrait célèbre du Giorgione qu'on appelle le CJievalier Bayard et qui est faux, à ce que
/■'rttiicisi/ne Michel. 'J
l'HOSPEH MKIUMKE
je crois, (juant à rallrihiilion. Il a été gravé, ce me semble, et soiiveiil f<>|)i(>. Je ne sais si c'est à (irenoble ou à \ ieiiiie ([ii'oii m'en a monlié un très mauvais, mais (jui pouvait être original.
.le n'ai vu personne à Biarritz, eai- j'ai passé presque tout mon ttMups à la villa: je n'ai pas vu la C""-" de la Chapelle.
.le trouve que vous avez grand loi-t d'avoir fait votre livre pour le roi de Prusse et, étant aussi pratique en matière de librairie, de vous être laissé attraper.
Mille ainiti('>s et compliments.
Dimanche.
Mon cher ami, voici la réponse du M"'. S'il ne nomme qu'en Mars, j'ai peur que nous n ayons à iccommencer, car il me paraît peu probable ([u'il dtare jusque là.
Mille amitiés.
(S décembre [ 1801
Mon cher ami,
Le concoui's, comme toujours, est ouvert pour tous les livres publiés dans l'année. On n'est pas très ilgoureux dans la pratique, et, si vous aviez un volume t-léjà publié, on vous passera l'autre en 18(»2. Mais ce ([ui me parait plus dillicile c'est de persuader à Mes-
sieurs que c'est de l'histoire de France que vous faites.
Je suis pour mon malheur tenu à la chaîne depuis le matin jusqu'au soir par la commission pour le nouveau Senatus- consulte. Je ne sais quand je pourrai partir pour Cannes.
Adieu, mon cher ami, tenez-vous en joie.
Vendredi, s. d. [1861].
Mon cher ami,
Tout ce que je puis vous dire c'est que le père de Mad. de Montijo avait sur son cachet l'iltymk sicker. Vous me semblez singulier de dire que l'exécration s'attache en Ecosse à la mémoire d'un des plus fidèles compagnons de Bruce. Je pars après-demain.
Tout à vous.
P.-S. — De Vigny est malade et ne vient plus à l'Académie, et moi je pars.
Paris, 18 Mars [1864].
Mon cher ami.
Je suis arrivé hier de Cannes, où mes poumons malades m'obligent à passer l'hiver. Je ne me souviens d'aucun exemple de donjon bâti sur un tumulus. M. Aug. Leprevost a, je crois, fait insérer
PROSPEH MKIUMKE
dans les instiiu-tions Ir point (jne vous nie citez. Il nie semble (jii il avait rapporté un fait de ce genre observé par lui en Normandie, mais j'ai oublié complètement le nom du château. Je doute que ^^c/not soit l'étymologie île motte, .le ne connais pas de lieu plus impropre à rendre la justice. Un grand nombre lie donjons n'avaient pas de portes. On y accédait par une échelle. Le seigneur était-il à sa fenêtre et les plaideurs dans la cour.' Lisez l'article dunjun dans le dictionnaire de \ iollel-le-l)uc, et aussi l'aiticle cliàU'uu.
Mille amitiés et compliments.
P' .MKin.MKr .
Cannes, 18 .Janvier 1867
Mon cher ami,
,1e pense que vous vous préoccupez sans raison. Quant aux iniluences sur le maréchal, celles de la personne à laquelle vous faites allusion est la dernière à employer, si elle peut s'employer, car leurs rapports sont loin d'être bons. .le pense et j'espère i[ue tinit s'arrangera pour le mieux.
Mille amitiés.
P"" Ml in.MKE.
.le viens d'assister à l'agonie de M. (".ousin. Triste spectacle que celui de la vie se déballant dans un corps douze ou quinze heures après le départ de l'intellioence ! i
Samedi 19 Mai [1867].
Mon cher ami,
Supposez-moi très soufîrantet vous serez près de la vérité. Je respire fort mal et le temps froid et aigre que nous avons me fait beaucoup de mal.
Vous aurez vu qu'on a donné à O. Feuillet la Bibliothèque de Fontainebleau, ce qui m'a surpris, car je croyais la place trop médiocre pour lui.
Mille amitiés.
Cannes, 25 janvier [1867>
Mon cher ami,
Voici un mot pour le maréchal Xiel : je ne le connais pas, mais il m"a vu plusieurs fois à Biarritz, chez d'augustes personnages, et doit me prendre pour quelque chose, étant, lui, crâne neuf dans mon métier. Je désire fort que cela vous soit bon à quelque chose. Je suis tout malade, et cette mort de Cousin m'a fait grand mal.
Tout à vous.
Paris, 52, rue de Lille.
3 Juin [1868?] Mon cher ami,
Pourriez-vous me dire s'il v a aux Archives, ou à
lod l'HOSPKII MKIUMKK
la Bibliothèque de nordeaux, ou oufin chez f|nelque Bordelais imc correspondance <[uclconqiie de llohhes avec un sieur Boniieau du Verdier? Vous me feriez bcaueoup de plaisir en me donnant vos renseignements à ce sujet.
Mille amitiés.
V Mkiumée.
Paris, 16 .luin.
Mon cher ami,
J'avais mal lu le nom de Vcrdus (.'). .le suis trop orthodoxe pour avoir rien à faire chez llohhes. Ne recevant pas de réponse, je me suis adressé au général Daumas qui a fait les (picstions aux conservateurs. On n'a rien trouvé.
Mille amitiés.
V MÉlUMÉt.
(lannes, 8 .lanvier 1870.
Mon cher ami,
.le suis en ellet bien soulTrant et je ne prévois pas quand je pourrai quitter ce pays. Tenez -le pour beaucoup plus chaud que Paris, .le me réjouis de la nomination de Dantas à un meilleur poste et lui en ai fait mon compliment.
Merci de vos souhaits, arrréez les miens. Recommandez-moi à nos amis.
P"" Mériméi;.
LETTRES A FRANCISQUE MICHEL loD