‹ [Œuvres complètes] (volume 3)Chapitre 21 sur 25 · Juin 1S · texte numérisé non relu

Juin 1S

Mon cher Monsieur

Ne croyez pas (|ue ce soit par oubli que je ne réponds pas à votre lettre. I.a commission a trouvé

des mais el des si an sujet de l'envoi de M"" Durand il Cazeaux, et il n'y a pas encore de décision prise. J'espère que cette irrésolution finira vendredi, et alors vous aurez de mes nouvelles aussitôt. En attendant, je vous remercie de votre plume, mais j'aurais mieux aimé que vous m'eussiez envoyé de votre prose. Mille amitiés et compliments.

Ministère de l'Intérieur.

21 Juin 1849.

Mon cher Monsieur,

Je n'ai encore rien à vous dire. Vous ne pouvez vous faire une idée de la difficulté qu'on éprouve à faire boire des ânes qui n'ont pas soif. Je tâcherai de revenir là-dessus encore une fois.

Tout à vous.

P"" Mérimée.

17 Juillet [1849].

Mon cher Monsieur,

Je reviens d'un petit voyage, et je n'ai lu votre lettre qu'à mon arrivée, c'est-à-dire hier soir. Voici le programme que vous désirez. Vous voyez que le terme du l*"" août est de rigueur. Cependant, il y a quelques années, le prix a été donné à un M"" Pott, professeur

l'HOSPKIi MKHIMKK

allniiiiinl. j)()iir un travail siii- les Zii^eiincr, dont le prcniicr V(»liimo avait j)ani. Je crois ([iie. si vous écriviez à la eoniniis^ioii (|iic vous demaiidez un délai de (|uinze jours pour achever vot it- copie, ce délai sérail ac«-«»i(lé sans iliflicult*'*, car nous sommes bonnes f^ens.

Nous sommes menacés, en outre, de n'avoir pas j^rancTcliosc à lire, car il n'v a ([ue (juatre ménioires envoves. ('.est peu de chose, à ce <juc m'a dit un des commis du secrétariat, .lai le plus j^rand respect pour les (►pinions de ces Messieurs.

NOus venez par le programme ci-joint (pi'il n'v a pas lieu à billet cacheté ni à devise.

[Je me suis foit disputé l'autre joui' avec M*^ Cousin à r.Vcademie à cette occasion, ,1e disais (ju'il v avait des mots f; an(;ais (jui avaient deux orifrines, ou, pour parlei- plus exactement, ([u'i! v avait des mots (liiTérent^ de sens, latins on |^ermanifjues, (|ui étaient passés en français avec un son et une orthographe semblables, .b^ lui ai cité fonrhr, canaille, venant de liirlxi. et tourbe à brûler venant de tiirvv allemand; sûr de sec"ri/s. et sur de .sv////.] Donnez-moi donc (piebjues mots, si vous en avez dans votre sac.

.Mille amitiés et compliments.

'i Août 1S'.!>. Mon cher Monsieur, .1 ai votre manuscrit depuis hiei' seulement. Je

vais le lire avec toute l'attention possible. Il y a dix oiivraoes au concours. Deux seulement paraissent l'œuvre de fous; c'est moins qu'il n'en vient d'ordinaire. Je vois avec inquiétude qu'il y en a trois ou quatre sur la linguistique orientale. Enfin nous verrons.

Je vous remercie des mots que vous m'avez envoyés. Ecuyer est un des plus remarquables, car son histoire est toute moderne. Je vous écris un mot à la

hâte et vous dis adieu.

Paris, 24 Août au soir [1849].

Mon cher Monsieur,

Vous m'annoncez votre vovaoe à Bao^nères-de- Luchon. J'espère que c'est par mesure de précaution, non par nécessité, que vous allez faire un pèlerinage au temple du dieu Ilixo.

Nous avons tenu aujourd'hui nos premières assises. Elles ont un peu déblayé le terrain. Je ne vois surnager que deux mémoires, l'un et l'autre encore inconnus à votre serviteur. L'un sur les orioines de la langue française, l'autre sur les langues ariennes et sur les renseignements que fournit leur étude pour l'histoire de la civilisation. D'après ce qu'on en dit, ce dernier serait extrêmement remarquable. J'ai déposé votre volume avec un rapport dont je ne vous dirai rien pour le moment, mais j'ai vu avec plaisir

l'IiOSI'Kll MKftIMKK

([Il On lie s'rsl pas si^iié à la Icclurc du lilif; c est là i'v <\i\v je craii^iiais \v plus.

[Je icjrict le (|ut' vous n'avez pas eu le temps de nous donner une eon)|)ai'aison de Ions les svslènies d arj^ol usités en l!uro|)e. Je m explùpie : ce que j'appell(M'ais la loi de fornuition de l'artrol fianeais, c'est la inétapliore, toujours huiles{[ue. I',st-ee la loi «rénérale des lan<rues de voleuis, ou bien le burlesciue de notre arnc)' tient-il à notre earaelère national .' ("ettc disposition toute <j;auloise à rire des choses les plus sérieuses el les plus tiisles est extrênienient reniar- <jual)le dans vol le volume. Je; voudrais savoir si les .MIemands, par exemple, se servent de métaphores du même (renie, ou si. dans leur ari^ot. on trouve (juehjues traits de leur caractère.] Autant ([ue j'en puis juj.rer par le peu de (irrnioiud ((lie je sais, l'arj^ot allemand n'a pas laj^aieté du inUre. J'aurais voulu (pie vous nous dissiez votre opinion là-dessus.

Viendrez-vous à Paris avani le milieu d'octobre.' C'est à celte épo(pie ([iie le prix sera donné, je crois. Le diable, c'est ([ue je vais partir, et je regrette de ne pouvoii- défendre vos intérêts pendant le mois de septembre, c'est-ii-dire pendant trois on ([uatre réunions de la commission (jui seront peut-être décisives. Je vous ai recommandé aux juges, mais je crains de ne pas assister au jugement : ce|)endant je ferai mes elTorts pourètre de retouià Paris dans les premiers jours d'oclobre, .le compte partir au commencement du mois prochain pour la Saintonge. Probablement je

Paris, 2 Septembre [1849].

Mon cher Monsieur, Je pars après-demain. J'espère qu'aucune décision ne sera prise avant mon retour; je vous ai recommandé d'ailleurs de mon mieux dans notre dernière

passerai par Bordeaux avant de retourner à Paris, et

je ne manquerai pas de m'informer rue Ducau si les '

eaux de Bagnères vous ont fait du bien. En atten- ^

dant, si vous avez quelqu'un pour suivre votre affaire )

à Paris, ne négligez pas de faire parler à vos juges. *

L'important est qu'on vous lise, et dans le nombre il

y a des gens qui ont tant de respect pour leur majesté

académique, qu'ils pourraient, malgré toutes nos

recommandations, se faire une opinion sur l'étiquette

du sac.

Adieu, mon cher Monsieur, prenez-nous des inscriptions, si vous en trouvez, et des notes; tout ce ([ui vient de vous est toujours excellent. Veuillez surtout me dire un mot de vos projets pour le mois de septembre. Je serai très heureux de vous rencontrer dans ma tournée, et je n'ai pas besoin de vous dire que je ferais plus d'un myriamètre à cet effet.

Mille amitiés et compliments.

P. -S. — Je vous adresse cette lettre à Bordeaux; j'espère qu'elle vous y trouvera encore.

14 l'HOSI'KK MÉHIMÉE

st'aïu'C. Vdiri les noms «les ju^cs : >r Hase, présiilent, Ihiitunif, sct-rélalre, |{«'vnaiicl, fcs trois pour l'Académie des lusniptioiis. I,a Française est représentée par MM. Diipin, Jay et votre serviteur, les deux premiers absents, hlnfin. l'-Vcadémie des Sciences a pour commissaire M"" Floui'cns.

.NOtie manière de procéder est de nous distribuer b's mémoires et les ouvrages imprimés. A chaque réunion on fait un rapport. (^ueUpies ouvratres sont ('•carté's sui' le premier lapport. mais, en «général, l'exclusion n'a lieu ([ue loiscpi elle est proposée par deux couïmissaires (jui les ont lus successivement . Les ouvraj^es réservés passent de main en main jus(|u'à ce ([ue cliai'un les ait lus. Vous avez eu deux rapports favorables, le mien et celui de M"^ Hase. Ci'est liurnouf ([ui vous tient en ce moment. Tous les ouvrai^es présentés, sauf un mémoire ant^lais, sont ilist<inci's. Lu travail très curieux sur l'écriture ancienne des .Mexicains auiait peut-être pu concourir au pi'ix, mais comme il n'est pas terminé, on a cru cpi'il valait mieux, ilans l'intérêt même de l'auteur, lécarler pour cette fois, afin (ju'il pût se représenter au concours prochain.

Je crois vous avoir dit que le mémoire anolais était un tiavail sérieux et dangereux. Je l'ai lu et il m'a paru remarcjuable, surtout par la lo<ji<jne et la méthode, ingrédient lare, comme vous savez, painii les auteurs britanni([ues.

Je ti espère pas trop vous voir, cai' si je passe à

Bordeaux, ce sera pendant votre absence, mais nous

nous reverrons à Paris le mois prochain.

Mille amitiés et compliments.

Tous ces détails sur le concours intor nos, bien entendu.

Paris, 22 Janvier [1850].

Mon cher Monsieur,

Pardonnez-moi de n'avoir pas encore fait ce dessin {[lie vous m'aviez demandé. La faute en est au soleil qui s'obstine à se faire celer, et sans lequel, avec mes mauvais yeux, il m'est difficile de distinguer le bleu du rouge. Ensuite, vous m'aviez promis de me donner un sujet, et vous me laissez une latitude désespérante. Enfin, vous m'elîrayez horriblement en me faisant la description de votre cabinet, f^a compagnie que vous m'annoncez est trop bonne pour moi. Je suis honteux de mou naturel et je vous demanderai comme une faveur de m'épargner les honneurs du cadre. Je suis aussi timide que cet homme qui avait répugnance en place publique à cause du monde.

Je ne sais pas bonnement ce qu'on dira de faire servir les types nationaux à l'impression des mots arguclie, areliichon, proie, etc., mais il faut l'essayer. Le rapport de la commission Volney peut servir de parachute. Je crois que Mignet est du conseil

If) PItOSPKH MÉKIMÉE

OÙ cela se décide; je le haranguerai. Si vous connaisse/, les autres uu'inbres de cet aréopage, et si je les connais, veuillez m'eniployer fv</i tudd fvanqueza .

J'ai trouvé à la vente de M' Viollet-Le-Duc votre l{i>l(uiil ({ue je me suis procuré et qui m'a procuré un «fraïul plaisir. V«)us m'avez promis je ne me rappelle plus (juoi, mais ([uelque chose de vous. Tout ce qui vient (11* vous me charme. Quand j'aurai fait mon ai|uarelle, je devieiulrai exigeant.

Adieu, mon cher Monsieur, je vous demande un

ravon île sideil et \v vous feiai ma tartine.

Fout à vous.

Paris, 22 Juin [IS.jO?] Mon chtM' Monsieur, Si je réponds si tard à votre aimable lettre du l*""^ juin, c'est ([ue je ne l'ai lue que ce matin, à mon arrivée de voyage. Je viens de passer un mois en Angleterre à respirer le brouillard et le gaz acide carbonique de Londres et des chemins de fer y aboutissant. Je reviens fort content du rosbif et très peu émerveillé des grands tiavaux d'architecture que j'ai vus. Je vous remercie beaucoup des renseignements et des citations excellentes ([ue vous me donnez. Elles concluent, suivant moi, ([u'au Moyen Age on se servait du damas, ou du moins d'acier fabriqué selon les procédés orientaux. Mais n'auriez-vous pas

Archit'es photographiques

VKTEMENTS DE SAINT THOMAS RKCKET Musée Je la Cathédrale de Sens

iM-î^VÊn^??,

LEïTRf:S A FRANCISQUE MICHEL 17

quelques vers où il serait question d'armes noires brunies, etc., venant d'Orient.'

Vous me demandez, à moi ignare, des traités e.v professa sur les manufactures d'étoffes précieuses aux xii'* et XIII® siècles. Hélas ! si vous ne les connaissez, qui donc saura les dénicher? Tout ce que je puis vous indiquer, c'est l'enveloppe d'un livre d'heures ayant appartenu à saint I^ouis et qui se trouve dans la Bibliothèque de l'Arsenal. Un fragment d'étoffe de soie byzantine représente une course de (;har, du v" ou vi*^ siècle peut-être, au Louvre, où il y a encore d'autres fragments provenant de reliques d'Aix-la- Chapelle. Vous pouvez encore consulter les dessins de l'abbé ^lartin sur les reliques de (Pologne, Aix, etc.. Il y a à Metz une chasuble donnée par Charlemagne avec des aigles d'or sur soie bleue — à Sens, la défroque (la serpillière de ratichon) de Thomas Becket. — Enfin, partout où il y a des reliques, vous trouverez des fragments d'étoffe de soie et d'or qui peuvent donner une idée des modes du Moyen Age et des procédés de fabrication. Y a-t-il rien sur le commerce des Vénitiens dans Daru? Venise était célèbre en matière de brocards.

Je n'ai pas trouvé le dit de la Gageure, ni l'autre que vous m'annoncez. Veuillez accabler votre ami des injures que vous lui promettez in petto. J'y joindrai les miennes pour avoir retardé le plaisir que j'ai toujours à lire votre prose.

N. ]i. — Je ne connais pas encore vos vers.

FraHcis(/iw Miche/. 2

18 PROSPEK MKIUMKK

Je n'ai aucune nouvelle de Dantas. Ce que vous me dites lie lui m'efliaye : je le croyais de retour à Paris. Je vais m'en eiKjuérir à la légation de Portu- «ral. (!e (lue v()us luv dites ilu vin de Bordeaux est bien tentant, surtout pour (jui vient de se ratisser le gosier pendant un mois avec du sherry, mais je ne sais eiic()re où mon <;ouvernement m enverra celle année. Si je pass»' à vingt lieues de votre cave, lene/ vous pour ceitain ([ue j'irai lui faii-e visite.

Adieu, mille amili(''s et compliments.

P. Mkkimkk.

.N"oid>lie/ ni la (îdi^Piire ni le (idutier!

Dimanche soii-.

22 Octobre IS5U.' Mon cher .Monsieur,

Je V(»us ai atlentlu aujoui-d liui jus(ju à trois heures, puis, ol)lig('' de faire une course d'alîaires, je suis parti en laissant chez moi un billet, ([ue vous n'a\ez pas voulu prendre, pour m excuser de ne vous avoir pas prévenu (jue j étais forcé de sortit- plutôt (ju'à l'oidiriairc. Nous aviez eu la bonté de me prévenir de votre visite, mais vous ne m aviez pas laisse votre adresse. J'espère (pie je serai plus heureux une autre fois. Je suppose (jue j'aurai le plaisir de vous voir jeudi à l'Institut.

.Mille amitiés et com j)limenls.

P"^ Mkrimkk.

\ eiiillez faire nos excuses à .M' Leblant.

Paris, 16 novembre 1850, r. Jacob, 18.

Mon cher Monsieur, vous quittiez Paris comme j'y arrivais, ce qui m'a paru fort mal. Vous m'aviez dit que vous resteriez jusqu'au 15 de ce mois. Consolezvous de votre rhume, s'il n'est que de cerveau. Je rapporte de Toulouse une névralgie; c'est quelque chose de bien plus pire.

J'ai canevassé pour vous aujourd'hui à l'établissement en face du pont des Arts. Il me semble que cela va bien pour vous, mais je ne connais que les gens d'esprit de la compagnie ; or ce n'est pas la majorité, tant s'en faut. Le danger est dans la propension qu'on a dans ledit établissement à prendre les correspondants aux noms. Les noms en us sont choisis d'enthousiasme. On a aussi beaucoup d'égard au domicile, et le plus éloigné est le préféré. L'Académie aime à mettre sur son Annuaire : « Cuistrius, correspondant à Torneo. » Elle se persuade ainsi qu'on s'occupe d'elle en pays étranger. Je regrette dans cette occasion de n'avoir pas voix au chapitre, mais je ferai de mon mieux pour que mes voisins se conduisent comme il faut.

Je vous remercie beaucoup des renseignements que vous me promettez sur les lames de Damas. J'avoue que des gens de Damas armés de brans viennois uie semblent bien durs à digérer, si, comme vous me l'annoncez, il s'aoit de brans de Vienne en Dau-

IMtoSI'Kli MKItlMKK

pliiiu'. Vous in'<'X|)li(jueiez tout cehi (juaiicl vous sert'/ cl»' loisii-.

Meiri encore de ce (juc vous nie dites des athées, mais je eialns ([ue <•(' mot ne d(''si<fue au xiv'' siècle jdulôl les lu''réli(jues ([ue les négateurs du Bon Uieu. Il me semblait ([ue l'athéisme s'était peidu au Moyen A"«', c<»mme l'usaue de /iiedias i'orare nuellas, usaoe si funeste à la génération ijui vient après nous. .1 espère tittuver dans votre argot une ilissertation làdessus au mol liLAS(\ mangeur de — .

Je suis si habitué à enrichir ma petite ljibliothè(|ue de vos o'uvres (pie je me garderai bien tle faire des façons pour la drande liohènie. Le plus tôt <[ue je la lirai sera le mieux pour m(»i.

Adieu, mon cher Monsieui-, travaillez et pensez (piehpielois aux oisifs de l*aris (jui ont toujours un bien grand plaisii' à vous lire.

Paris, .") décembre [1850].

Mon chei' ami,

J'arrive de (.ompiégne.

Vous êtes un homme de goût et vous m'avez montré de jolis vers (.le votre fa^on. [Si vous trouvez qu'Homère avait de l'esprit et (pie ses descendants, (jui ont fait \vs Mi/riolo^uc.s, traduits par Fauriel. ont (piehpiefois tic l'imagination et tle la poésie, vous devez trouver comme moi (pie les poètes bas(pies sont

bien plats. Vous n'avez que faire de mon opinion sur la muse basque, que vous appelez, je ne sais pourquoi, euscarienne. Je ne me soucie pas de me faire jeter des pierres quand je passerai par Bavonne]. Mais si vous le voulez, je vous prouverai que vous n'avez pas In votre dissertation sur la langue basque, comme l'évêque d'Arras qui ne lisait pas ses mandements.

Au sujet des Ecossais, etc., avez-vous lu un petit livre sur la campagne de M. d'Essé en Ecosse? Il est très rare et je ne l'ai vu que chez M. de Montalembert qui l'a perdu, à ce qu'il dit, ou qui ne veut pas me le prêter, ce qui est plus probable. J'ai Joinvilh' que Didot m'a envové. Il est chez mon relieur.

Tout à vous.

P*" Mérimée.

Paris, 14 décembre 1850.

Très illustre Pantagrnélisle, j'ai reçu la vôtre et je l'ai communiquée à Burnouf, qui m'a dit qu'il avait bon espoir. Il fait partie, je crois, de la commission qui présente les correspondants au choix de l'Académie, et, s'il réussit dans ladite commission. l'afTaire est faite. Pour moi, qui crois que siempre lo peor es cierto et qui suis tous les jours plus convaincu fiue. dans notre compagnie, il v a beaucoup plus de c... f|ue d'hommes (bien qu'on n'en put tirer grand profit pour l'augmentation de la population), je crains

l'Itnsl'KIt MKItl.MKK

les savants danois, suédois et antres avant fait des ouvrages (|ne personrte n"a Ins. niais(jui peuvent proenrer à MM. tel et tel la croix de Danncbrod (»u celle de correspondant d»' l'Acadéniie île Drontheiin. Sovez persuad»' d'ailleurs cpie je canevasse et canevasseiai dv mon mieux jus(ju'à ce (jue cela aboutisse. ( hianl à ecrii-e, cela n'est pas nécessaire, mais me semble plus régulier. Liberté de mano-nvre sur ce point. Aujourd'hui on a établi à l'Acadénne cette doctrine (jne l'on est candidat ^udens /lolcn.s, cl conforniément à icclle, on a procuré trois voix à l'abbé Circppo et une à V. de Lagoy dans la dernière élection. Or. des deux, un ne voulait pas et 1 autre n'v pensait pas.

.le vous remerci(> de la promesse (jue vous voulez bien me faire. Il se {)eut (jue vous avez laison de ne pas m'envover votre argot en fascicules. Vous connaissez ma table et ses labvrinlhes: pourtant je crains d'être bien longtemps privé du plaisir de vous lire.

Je viens de bouquiner un volume sur le masfjuedc fer, qui m'a oblige'' à en lire d'autres, et j'en suis venu à un livre du bibliophile Jacob qui suppose que c'est Fou(juet ({u'on a masqué et embastillé. 11 a fait làdessus une dissertation assez ingénieuse, l/avczvous lue et avez-vous une opinion sur cette grande énifTHie;'

Dantas est plus niaigre que jamais, ,1e ciois (ju'il se livre avec assiduité à la fornication, mais il ne

mérite pas, que je sache, le nom de vérole très prétieux (^sic).

Mille amitiés et compliments.

Paris, 20 Décembre au soir [1850].

Mon cher Monsieur, on présente aujourd'hui à l'Académie une liste de neuf candidats à la correspondance, savoir : trois pour l'Italie, trois pour la Belgique, trois pour la France, attendu que les trois morts qu'il s'agit de remplacer étaient l'un Italien, l'autre Belge et le troisième Français. M'' Mohl a réclamé contre le procédé; efîectivement on pouvait, avec autant de raison, proposer de remplacer un des morts par un bossu, attendu que le défunt avait l'épine dorsale déjetée. Mais Mohl a été hué, et il a été prouvé qu'il y avait toujours dans tous les pays

le même nombre d'hommes de ffénie.

Vous n'étiez pas dans la liste des trois Français et on vous a préféré MM. Cornichon, Concombre et Melon. Il paraît que les académiciens libres ne votent pas; je ne savais pas trop s'ils parlaient, et j'ai prié Burnouf de dire quelques mots pour vous mettre sur la liste. Il avait épuisé son éloquence, m'at-il dit, sur un orientaliste qui a inventé le Buddhisme ou autre chose. Paulin Paris avait épuisé la sienne sur un Belge, ce qui m'a obligé à improviser un speech qui ne m'a pas paru trop déplaire à la

24 IMÎHSI'KI! MKlilMKK

«•ompa^nlc. J'ai parle de vus Iravatix siii- les races niaiidilcs cl sur l'aitrot, el j'ai fait une tartine pour (IcMiioiif ler ([lie, sur vcUv matière, on pouvait faire (les recherches utiles et iinpoilaiites. 11 m'a paru ([u'ii fallait aller au devant de rohjection d'immoralité, ([ui n'a pas étcj faite, bien entendu, en séance, mais dont ([uehjues immortels m'avaient fait part <lans la l>il»liothè(|ue. C'est vendiedi prochain qu'on fera les nomitiations.

Mon discours a eu pour ellet ([ue vous avez été adjoint à la liste de la commission, mais je ne sais ce ([ui en arrivera. Plusieurs m'ont remercie en votre nom d'avoir parlé. Dieu sait s'ils voteront bien ! J'oubliais de vous dire (jue Jomard, dans son baragouin, a appuyé ma motion (pii a passé, nemine conlradiccnle.

Je vous prierai ([ue tout cela reste entre nous. Je viole pour vous, par un pas délicat, le secret que 1 on doit aux.alTaires diktat.

Mille amitiés et compliments.

Nendiedi soii- 27 Décembre i8,o(r.

Vous avez eu deux voix, et on a nommé, après un assez long débat entre M' Stievenart et M"" .Vzema de Moiitirraviei-, ledit Azema. ("/est un olheier d'artillerie <|ui a fait d'assez bons mémoires sur la province dOiaii. Avant la séance, NF^"" Leclerc m'a remercie de <•(' (|ue j'avais dit pour vous à la précé-

dente. Il a ajouté, en levant les yeux au ciel, que votre temps viendrait. Après quoi il a vote pour M"" Estiévenant. Quant à M"" Rouard, n'en dites pas de mal. Il décore des pots à beurre de Bretagne dans une cave auprès d'Aix, et sait tout ce qui concerne son métier.

J'espère que vous ne vous noierez pas dans la Gironde après avoir lu cette lettre. Buvez plutôt une bouteille de vin du cru.

Mille amitiés et compliments.

P'' Méhimée.

Paris, 3 Février 1851.

IMon cher Monsieur, Excusez-moi de vous répondre si tard. Je deviens tous les jours plus paresseux. Je vous félicite du nouvel ouvrage dont vous m'annoncez l'édition. Je ne doute pas que, bien que vous l'ayez fait avec facilité, il ne soit parfait de tout point et({ue la postérité n'y gagne fort; mais je regrette que vous l'appeliez du vilain nom de Prosper. On dira cent mille fois à votre fils : « Monsieur Prosper, vous prospérerez», et s'il n'a pas un aussi bon caractère que celui de son tocayo, il y a de quoi le rendre hargneux. Mais peut-être êtes-vous de ceux qui croient, comme les Romains et comme M"" Shandy, à l'influence des noms sur la destinée. J'ai failli m'appeler Zéphyrin, et si ce nom eût été inscrit sur le registre de l'état civil qui me concerne, il est probable que je n'aurais pas

'3\ l'HOSl'EH MKIUMKE

allciiit l'aiHioc 185 1. Au reste la difficulté de choisir uu nom pour un enfant est si grande qu'elle a contribue en paiiie à me faire garder le célibat, et j'ajouterai (ju'après avoir élevé environ cent cincjuante chats, je n'en ai jamais nommé un seul. J'ai eu le grand chat noir, la chatte, le petit noir, etc., mais de noms propres, point.

Je vous dirai que je suis fort embarrassé pour le renseignement (jue vous me demandez en ce que nous n'avons pas à l'Institut l'ouvrage de l'abbé Martin, et je ne connais <[ue les dessins originaux qu'il a rapportés d'Aix-la-Chapelle. Mais je connais ledit abbé, (jui est bonhomme et fort complaisant. Veuillez me faire une série de (jucstions (jue je lui répéterai avec l'exacliludc <[ue Thalthybios (.svV'i avait à redire les commandements de feu Agamemnon. (^est évidemment le moven le meilleur. Vous ai-je parlé d une cliape donnée par Charlemagne à la cathédrale tle Metz? Elle existe encore, mais écourtée et rafistolée par un tailleur moderne. Ce sont des aigles à deux tètes en or sur fonds de soie cramoisie. Vous avez dans votre voisinage la défroque de saint Bertrand à Comminges, qui vous est sans doute bien connue.

J'aimerais bien lire les livraisons argotiques dont vous me parlez, l'allés me font venir l'eau à la bouche. Klles seront d'autant plus les bienvenues que je suis dans un découragement stupide. Je viens d'écrire 150 pages d'histoire, et j'ai passé six mois à me fendre le c... sur des livres russes, et, sur le point

"^v Vf mu--

de transvaser en prose in-i2 les élucubrations d'un tas de moines, je suis saisi du démon des romans, et j'ai envie d'envoyer l'histoire à tous les diables, j'entends celle de Démétrius. Je suis comme M""^ Grassini qui était toujours malheureuse parce qu'elle n'aimait pas plutôt un homme qu'elle en préférait un autre. Saint Nicolas vous garde de l'inconstance, mon cher ami, et vous doint sa bénédiction ! Mille félicitations à votre paternité.

P. MÉnLMÉE.

Paris, 23 Février [1851].

Mon cher ami,

Vous m'en demandez long et je ne sais trop si je pourrai vous répondre d'une manière satisfaisante.

A Brest, de mon temps, on appelait les crabes lodrlourous. Je me suis demandé si les soldats n'auraient pas reçu le même nom du pas oblique qu'on leur enseigne, et que les crabes exécutent sans qu'on le leur enseigne.

Pendant la Terreur, un oncle à moi, réquisitionnaire, avait été soldat dans un bataillon d'infanterie de marine. Les soldats des bataillons terrestres les appelaient biiiorniaux de marine ou bigreniau.z , ce qui occasionnait un grand débit de coups de sabre et de fleurets démouchetés. J'ai le regret de ne m'être jamais enquis de l'étymologie de ces sobriquets-là. A Cherbourg, et dans d'autres ports, on appelle bigorneaux des limaçons de mer noirâtres qui s'at-

l'ItOSI'EH MKIMMKK

liichfiil aux roclu'is (Iccoiivcrts à marre basse. On los niai)iro, les liinaroiis et non les rochers, avec une épinfrie Cela tir vaut |)as !<• diable.

Je n'ai pas eneoie pu mettre la main sur l'abbé Mai'lin; (lès (pie je pourrai sortir, car je suis retenu chez moi pai- la J^^i'ipp**, jt- tâcherai de le joindre cl de lui demander des explications sur les \énérables haillons (piil a vus à Aix-la-(^hapellc. Je crois que les planches (pi'il a pul)Ii(''cs font partie d'une publication intitulée Mchm^cs (l'archéologie. Le premier volume (pie j ai entre les mains est de l<S^i7-'i9, grand in-(juart(). chez la veuve Poussiel»riic Rusand, éditeur. I.e second volume n'est pas terminé, et c'est, je pense, dans ce second volume, dont j'ai vu des planches détachées, (pie se trouvent les étoiles.

Ka chape dont je vous ai parlé est à Metz, et il esl de tradition (pi'elle a été donnée au chapitre par Charlcmagne. Malheureusement on l'a rognée pour lui donner la foi-me moderne. C'est une étoiïe de soie, pourpre violet, avec des aigles à deux têtes brodés en or d'un caractère très curieux et assurément très ancien.

A Saint-Bertrand de Commin<r(>s on conserve tous les habits pontificaux de saint Bertrand, mais, comme les vers les avaient (Mulominagés, les dévots du lieu les ont raccommodés et icbrodéscn partie. Ce ([ui reste est cependant très intéressant et ressemble fort, pour la coupe el les broderies, aux vêtements pontificaux de Thomas Beckctl ([u'on garde à Sens.

CHAPE DE CLEMENT V Ancienne cathédrale de Saint-Bertrand de Comminîîes

i>i:î>'LïuNsn op iiim^s

11 y a encore à Toulouse, dans l'église de Saint- Sernin, plusieurs morceaux d'étoffe ancienne du xi^ ou xii" siècle. En écrivant à ^FOumègeou k quelque docte toulousain, vous pourriez avoir des renseio-nenients là-dessus. Mais nulle part vous ne trouverez rien de si ancien ni de si curieux que les lambeaux provenant du trésor d'Aix-la-Chapelle et qu'on vous fera voir au Musée du Louvre.

Adieu, mon cher ami, j'éternue tellement que je n'ai plus la force d'écrire. Que ne suis-je assis à l'ombre des forets, dans un pays chaud où les rhumes sont inconnus !

.l'ai reçu vos premières livraisons que j'ai lues avec grand plaisir. J'aurais désiré que vous citassiez les textes, mais vous avez craint sans doute d'effaroucher les gens du monde. Je suis en peine de savoir comment vous vous tirerez du graveleux de votre sujet.

Mille amitiés et compliments.

Paris, 22 Mars 1851.

Mon cher ami,

[Nostradanius chante comme il suit :

Qui, beaucoup d'ans ayant vécu, Trop jeune femme épousera, S'il est galeux, se grattera Avec les ongles d'un cocu.

Cet oracle m'a toujours paru aussi profond de

.'50 l'ItOSI'KI! MKltl.MKK

pensée (ju'éléiraiil de stvle. Il m'encourageait autrefois quand je formais le dessein de venir au-dessus de (juelque belle et grande dame. Maintenant il me décourage, sans parler de l'année 1851 (jui nous pentl à l'oreille. Je vous remercie toujours d'avoir pensé à ... Quand je serai encore plus vieux, je m'en irai à Uhodes, si mes moyens me le permettent, et je me marierai à deux cuisinières turcjues. \oilà la fin ([ue je voudrais faire'

Vous trouverez des dessins médiocres et un texte détestable sur les anciennes étoiles tlessinées par l'abbé Martin dans le tome II, 4" livraison, page 101 des Mélanines (rai(hèolo<^ie de ('b. Gabier et Martin clu'z l*»)ussiel<£ue, Kusaïul, IS50. Vous v verrez des étolTes historiées, mais si mal rendues (ju'il est à peu près impossible de deviner (juel en est le tissu et ([uelle la matière. L'auteur du texte. M"" M. H. Cahier, cite Anastase : Biographie des Papes, in I^eon»Mn 111 : « In diaconia B. Georgii fecit vestem de fundato cum bistoria de elepbantis ». Il explique ce que c'est qu'une histoire représentation) d'éléphants, mais ne dit pas ce (pi'il faut entendie parr/f fundato. Vous le saurez probablement.

Adieu, mon cher ami, je vous souhaite toutes soi'tes de prospérités.

l*. S. — Les planches sont de 9 à \'f>, tome II.

15 Mai 1851.

Mon cher ami, vous êtes très fort en calembours, et je ne puis ni ne veux lutter avec vous sur ce terrain ; mais pour vous remercier de vos pointes, acceptez les histoires suivantes que j'ai apprises hier au corps de garde, où je veillais au salut de la patrie.

1" Un homme était monté sur une femme, probablement, comme dit Rabelais, pour voir plus loin. La femme dit : « Prends garde de me faire un enfant ! » — « Ne crains rien, répond-il, le bout est de mon côté. »

2" Judith prétend que Rachel est devenue tragédienne parce qu'elle ne pouvait être saltimbanque. Pour exercer cette dernière profession, il faut avaler des lames de sabre; or, Rachel, dit Judith, a les tétons en dedans, et les lames de sabre ne pourraient passer.

Gagne, cheval (Vidocq) me paraît venir du russe KOHB. prononcez cogne, génitif HOHA. prononcez cagnià; kon, ou quelque autre mot aussi mal sonnant, a la même signification en polonais.

La commission des traductions n'a pas encore fait son rapport. Mais, sur des conclusions très raides de M"" de S' P., votre ami a été écarté. Des ignorants de profession comme nous ne pouvaient faire autrement. On me remet ce soir le dernier numéro de l'École des Chartes, où je vois un factum de P. P. Je vais le lire.

l'HUSI'EH MEHIMEK

Je v»)iis iMiNoie ci-joiiil un billot de faire |)aii île l.ibri. assez diùle. l'eut-èlre ravez-vous déjà revu.

Dantas est un peu conslerné de eenui se passe en Portugal, d'aulant plusipieee sont ses amis (jui s'en- Irebaltenl.

I)(» vou know tlie dilVerence hetween a buslle and a swanip.' — A. — A swa/np is a little /no/ass.

Ilow do you like it?

Je vous écris infiniment trop tie bêtises, et je vais

me coucher: ne crovez pas ([ue je sois ivi-e; eesl

i[ue vos calemboui's m'ont mis en oaîté. Si je ne

craignais d'olîenseï- votre pudeur, je vous en diiais

bien d'autres.

Tout à vous.

Paris, 31 Mai 1851.

Mon cher ami, En même temps (jue je recevais l'honorée vôtie, j'ai reçu un factum de M. Génin, très spirituel, ma foi. Au lieu de se défendre contre Paris, il l'attaque et lui jette au nez ([uelques péchés de jeunesse, comme un ctipi/t grave et autres. Cela met les gens du monde de son côté, car il se pose, non en érudit, mais en amateur. Il passe condamnation sur ce ([u'il a fait, mais prend son juge à partie, et, de temps en temps, s'égaie aux dépens de l'Académie des Inscriptions, f.a conclusion ([n'en tirent les ignorants c'est (lue les érudils sont des blairueurs.

A l'Académie française on a fort reproché à la commission du prix de traduction de n'avoir pas proposé la Chanson de Roland. ^V V. a répondu que la commission n'avait pas cru que cet ouvrage rentrât dans les conditions du programme, et a expliqué comme quoi. M"" de S' P. a ajouté que la traduction était faite de telle sorte que, pour la comprendre, il fallait souvent recourir au texte du xii*^ siècle. Alors on s'est chamaillé pendant deux heures, et l'on s'est séparé sans avoir rien décidé. Je ne serais pas surpris qu'en lin de compte on nous renvoyât la Chanson pour faire une proposition à l'Académie. C'est la forme usitée pour changer les décisions d'une commission. Tout cela entre nous, bien entendu.

Je ne suis pas content de la brochure de M"" Guessard. Il prouve que M*" Génin a mal lu, ou plutôt qu'on a mal lu pour lui douze ou quinze vers. Cela ne fait rien à personne. Je trouve aussi qu'il n'est pas trop bien pour vous. J'en suis pour mon premier avis. Vous avez le beau rôle dans cette affaire. On a eu pour vous un mauvais procédé. Méprisez cela et continuez à travailler more solito. Je tiens de feu mon ami Beyle qu'il ne faut jamais se fâcher pour chose qu'on dise de vos ouvrages. J'ai eu souvent occasion de pratiquer ce précepte et ne m'en suis pas mal trouvé.

M. Jubinal a découvert l'autre jour, au British Muséum, l'original degli volgari provevhj d'Al. Cinthio, i526, qu'on accuse Libri d'avoir volé à la Mazarine.

Francisque Micfiel. 3

.'{4 PUOSI'KIt MKHIMÉK

Or ce livre, (|ui porle en eiïel le liinbie de la Mazariiie cl (jui répond de tout point an signalement du rétpiisiloire, est an liritisk Muséum tiepnis 1824, et porte, de la main du bibliothécaire tlalois, une note relatant dans (juelles circonstances il a été acquis, (.'.onvene/ (jne notre magistrature se compose de fameuses cruches. .Inbinal doit faire un petit scandale à cette occasion.

Adieu, mon cher ami, je n'ai rien à vous mander de notre Babylone. Je commence à m'y ennuyer fort et à soupirer api'ès la poussière <les routes. Je ne pense pas cependant commencer mes courses avant deux ou trois mois. Dantas part la semaine prochaine poui- Lisbonne.

Mille amitiés el compliments.

[l.Uuin 1851].

Heus Domine, qiiid oi^is /ucundissime re/-ian .' Tcspérais une lettre de vous. Que dites-vous de toutes les aménités qu'on se dit à l'Institut? Avez-vous vu le factum de Naudet contre Feuillet de Conches, qu'il accuse d'avoir volé des feuillets dans les manuscrits qu'il a empruntés.' Et puis il y a une nouvelle lettre (le M"" (lénin pas trop agréable pour P. Paris, en sorte (jue les batlauds, (|iii vitienl ([ue, de par! et d'autre, on s'accuse d'erreurs graves, concluent que les érudits sont des farceurs. [/Académie, je dis la

xaXsj;xévrj française, a fait son rapport sur le prix de traduction. On a réclamé pour /^oZanf/. M'' Villemain a répondu que la Compagnie, qui cite souvent ce poème dans les exemples de son dictionnaire, ne pouvait admettre qu'il y eût lieu de traduire un français qu'elle pose comme autorisé. On a dit quelques mots du danger qu'il y aurait pour nous autres ignorants à mettre le doigt, non entre l'arbre et l'écorce, mais entre deux bâtons qui s'entrechoquent, et la Chanson a été écartée du concours, nemine contradicente.

Voilà ce que je voulais vous mander. Item savoir de vous jusqu'à quelle époque vous serez à Bordeaux.

J'irai, je crois, pour une huitaine à Londres à la fin du mois, afin de n'être pas trop victime de ceux qui en reviennent et qui abusent de l'exhibition.

Mille amitiés et compliments.

Lundi 23 juin 1851.

Mon cher ami.

De quelle brochure me parlez-vous? Je n'ai rien reçu de vous. S'agit-il d'une nouvelle livraison de l'argot ou, comme cela parait résulter de votre lettre, d'un factum concernant Rolande Mais voici ce qui est arrivé. On m'a remis au dernier comité des Arts et Monuments deux petites brochures que je n'ai pas eu le temps d'ouvrir tant j'étais pressé de discourir. Mon discours fait, j'ai laissé les brochures sur la

l'HOSI'KI! MKIUMKK

lal)It' v\ in\'ii suis aile, .le suis it-vcim jiour les cIumiluT. Plus lieu, .le nr mi- suis pas amusé à les reurt'ltcr, jXMSuailr ([u'il s'aj^issail dv ([urhjue tartine provinciale eoiunie on m en expédie souvent. Si c'est voire <euvre (jui s est ainsi perdue, j'en serais dés(dé. Pàclie/, je vous supplie, de nie faire passeï- mes retards, et j)rene/ /'dccasion de la poste, ([ni est, après tout, une des plus sûres ([ui se puissent inventer. Je devrais être déjà revenu de Londres, mais mon

minisl re veut faire des vovaues arclieoloiricnies, et me

n ni'

prend j)oui' coiiiac. Il va huit jouis nous sommes allés à Laoïi : il vent encore visiter la salle svnodale tle Sens, et l'Assembh'-e l'empêche de partir. En attenilant ([Uf la politiijue lui ilonne un peu de repos, je suis comme le poissai} sur la hrtmche.

Kien ne m'ennuie plus (jue l'industrie, mais je crains, (juaiid le Pdhiis de CnjsUd sera démoli, ([ue le remords me prenne tle ne 1 avoir pas vu. Il n'v a pas longtemps cjue j'ai cesse d'être hauntcd pai' le reinorils de n avoir pas violé une femme ([ue j'ai vue et respectée vers 1 an 182.").

I>es prix de traduction n'ont pas encoie été donnés, mais je crois vous avoir mandé ([u'il n'était plus (|uestion de la C'Iuinson do l{(diind. Ainsi prenez-en votre pai'ti.

Je ne sais plus où en est la i|uei(dle «-ntre Paris et Xaiulet d'une part, Paris et Génin de l'aulre. Ils transportent dans la l{épubli([ue îles lettres les traits d'(do(inence (jui. tlans l'Assemblée nationale, valent

aux orateurs le rappel à l'ordre avec suspension de rindemnité. Mais cju'arrivera-t-il de tous ces pamphlets? On se nio(|uera de l'Académie, et voilà tout. Mille amitiés et compliments.

Pr M.

P. S. — En relisant votre lettre, vous me parlez d'une lettre que vous m'auriez écrite le 5 courant. .le ne l'ai pas reçue. Votre dernière est du 15 ; n'avezvous pas mis 5 pour 15?

Paris, 17 .Juillet [1851].

]Mon cher Monsieur, je crois qu'il sera facile de vous procurer des dessins d'étoffes anciennes à Paris. Ces dessins me paraissent indispensables pour le travail (jue vous allez publier. La meilleure description ne peut remplacer une planche bien faite. Mais je crains que cela ne coûte un peu cher, car il faut que cela soit bien fait et colorié. Il y a de bonnes choses dans l'ouvrage de l'abbé Martin, mais on peut faire mieux en dessinant quelques précieux haillons qui se trouvent à Paris et ailleurs. Je ne connais pas

la chasuble de saint Reonobert ; mais nous avons à

Sens toute la défroque de Thomas Beckett, et à Metz une chasuble donnée par feu Cliarlemagne, qui est admirable. J'écris aujourd'hui seulement à M"" Fonrnler. Je ne l'ai pas fait plutôt parce que, si j'avais eu quelque chose de vous à lire, je n'aurais pu accom-

l'IiOSI'KI! MLISIMI-K

plir iiiir làclu' ([iif je (ne suis imposée, eVst-à-dire (le lire r<)iivia|^c de TieRiior siii- la litt(Maliirc espa- 'fiKile, (Mivra'fe d'iiiic diifcslioii 1res didicile. Il n'v a pas de oàleaii de plotiil) (jiii soil si lourd, ('.est un Yankee très érudit et forl hôte, (jui a lu toul ce *{ui s'est ceril en espagnol, mais ([ui n'y a pas compris irraud'eliose. ' )i;aiid vous serez de loisir, veuillez n»'expli<pier jiourcjuoi un Aniéiicain n'est ([u Un Anglais man({ué.

Je vous remercie beaucoup des citations cpie vous m'avez envovées. ,1 auiais besoin de démonstialion pour admettre (pie Frise veut dire Phrvgie. Je ne sache pas (jue la Phrvgie ait civ célèbre par ses salues: elle l'était seulement par la longueur des oreilles de son roi. tandis (ju'en Frise il v a eu au Moven Aire des armuriers illustres. Je me défie t(»ujours des poètes. I.a rime leur fait dire tant de choses malgré eux! Cependant vous me promettez de me convaincre, et je m'en réjouis, puisque cela me vau- ,dra une disseiialion de voire part. Je ne songe pas (1 ailleurs pour le moment à rien faire sur le Mo\en .\ge. Je me suis remis au russe et je travaille à une notice, discours, ou tout ce que vous voudrez, sur le faux Démélrius. Cela m'amuse assez. .Mais j'enrage de ne pas savoir le polo?iais. Heureusement pour moi (pie les deux chroni([ucs contemporaines les plus intéressantes ont étt' traduites en russe. Si vous connaissez quebpie ouvrage sur le sujet, veuillez m'en faire nart.

Je voudrais bien que la draperie ne vous empêchât pas de nous donner les moyens de parler l'argot le plus c7'M.S6a/«/(?. A quand cette bonne œuvre? Voulezvous attendre que l'Assemblée nationale vous ait fourni matière à un supplément? J'ai vu M"" Libri à Loridres, qui m'a montré des pièces assez curieuses qu'il va publier dès qu'il aura pu obtenir communication de son acte d'accusation. Ce que j'ai vu de cette dernière pièce est piètre. On l'accuse d'avoir volé un Dante des Aides in-i2 parce qu'à sa vente il y en avait un in-8°, et que le juge d'instruction présume que l'on a changé le format afin d'attraper le monde. On l'accuse encore d'avoir eu des fers chez lui, au moyen de quoi il rhabillait des reliures endommagées. Si tout est de la même force, M*" Libri n'aura pas de peine à mettre les rieurs de son côté. Adieu, mon cher [Monsieur, mille amitiés et compliments.

P"" Mérimée.

Dantas n'est pas mort, mais il a été très malade. On annonce son retour prochain à Paris.

Paris, rue Jacob, 18.

10 Août [1851].

Mon cher ami, j'ai fait un voyage en Angleterre qui m'a obligé à laisser derrière moi une quantité de lettres sans réponse. A mon retour, qui est déjà ancien, j'ai trouvé que le paquet des nnanswered était

PnosPEli MKHIMLF

(levtMiii SI (MMisidoiaMr ([u un s«'iil j)arli était a prendre, c'est de se e(MJcher eoiilre, ee ([lie j'ai exéeiili'. Cependant on dort mal sur un oreiller retnhonrrcde remords et j'en lessenlais partieulièrement à votre occasion, .le profite de mon dimanche pour vous écrire deux mots.

Depuis votre dernière lettre, il y a longtemps de cela. I*. Paris a fait un second article dans le Joiirn(tl des cliiirtos. et. à mon avis, s'en est bien tiré. 11 V a de l'esprit dans son factum, beaucoup de modération et un air de bonhomie (|iii rend les méchancetés plus amusantes.

Quant à Feuillet, (jue vous avez surnommé fort justement le Cotichié. on me dit fju'il prépare un j)amphlet contie Xandet, mais il parait fju'il ne comjiose pas vite. Il arrivera comme de la moutarde après dincr. Où est-ce que j ai lu une jolie histoire d'un Margrave à fjui un marchaïul de Paris avait dit m. . ..' 11 en demeura tout pensif pendant ([uinze jours, mais, airivé sur la nn)nta<rne de Saverne, le ar^i'nl m i' lui avant donru' de l'esprit, il se lelourna et s'écria : « .\ Ion nez, marchand! >> Il paraît fju'il faut encore plus de temps à Feuillet pour liouvcr une réplicjue. .le persiste à trouver ([ue vous faites fort bien de regarder les combattants sans vous en mèlei\ .le trcuive \ri;s fcnlloman likc de ne pas faire dcsbrouiïe f|uand on vous a volé un mouchoir. Laissez faire la j)olice aux serments de ville : d'ailleurs, dans lespèce, le mouchoir vous reste toujours.

Qu'est-ce que la Chronique de Jean Blnmton? J'ai lu clans Pontanus, excusez-moi d'écrire des noms si incivils, l'histoire d'un homme qui avait donné son anneau à une Vénus de marbre ou de bronze, mais il y a si longtemps de cela que je ne sais plus trop ce que c'est que ce Pontanus.

Je n'ai pas de nouvelles de votre dictionnaire d'argot. Je veux dire que, depuis le vingt-neuvième fascicule, on ne m'a rien envoyé; mais j'espère que vous continuerez chenuenient votre œuvre.

Nous avons tant d'argent au prix Volney que nous n'en savons que faire. Pensez à nous et délivrez-nous des indianisants qui me so-rtent n'importe quoi.

Adieu, mon cher ami; je pense que vous viendrez bientôt à Paris. Mais je n'en bougerai pas avant le 24 de ce mois.

Mille amitiés et compliments.

Dimanche soir.

Mon cher ami,

Lord C. est à chasser chez lui près de Chantilly, mais je dînerai avec lui samedi prochain. Comme il est très circonspect, ne comptez pas sur une réponse autre qu'insignifiante, avant qu'il n'ait pris des renseignements auprès du consul anglais de Bordeaux. Enfin je ferai ce que vous désirez, mais vous ferez bien de travailler de votre côté ou le consul ou les

iO

l'IUtSl'EI! MERIMEE

|>i iiicipales maisons aiij^laisos de iMndeaux. ///'• lacet ifffllS.

Mille amilies el complinienls.

1*"^ Ml.lllMKK.

.le reejMs nue lellic de .M"" Parker (jiii (n';innoiiee son arrivée procliaiiie. Je j>ense (jiie je n'ai jias le temps (U; lui répondre, mais je serai charmé de le voir.

Lnndi soir.

M(m cher ami.

I,e fait est (jne j ai perdn la le! trc de M"^ Tnrnl)nll, et son adresse par consécjueiit. .l'ai cependant parlé de lui à M"^ llonland aussitôt votre lettre on sa lettre re<;ue. .l'attendais pour répondre la réponse du ministre: dans lintervalle j'ai perdu sa lettre et oublié son alTaire. \ euillez lui conter la chose en ajoutant fjue la première fois (pie je verrai le ministre je lui rappellerai la demande de M' Turnbull.

Vous savez <jue tous les livres (pii viennent de vous sont bien venus et honorablement reliés. J'avais remis à lord ("owlcv la note de M. votre beau-frère. Il disait (|ue cela ne dépendait pas de lui, «pie cependant il parlei-ait. l-^xcusez-moi aupré*^ de \F ruiiibull.

Mille amitiés et complitiients.

P' Mkiumhe.

Compiègne, 16 novembre [18511.

Mon cher ami,

Il me semble qu'il vaut mieux que j'écrive à !NF Parker lorsque j'aurai lu son livre. Ce que je ferai à mon retour à Paris.

Je vous remercie de votre ballade. Je crois, comme vous le donnez à entendre, qu'elle a été faite il y a peu de temps. Je crois que l'auteur avait lu les Chants i;/ecs de Fauriel. Pourquoi les Basques sont-ils si méchants poètes?

Je ne comprends pas un mot de ce que vous me dites d'italien et de Métastase.

Mille amitiés et compliments.

9 Décembre 1851.

Mon cher ami, Vous me demandez de lire 1 histoire d'Ohsson comme vous me demanderiez de lire un de vos livres ! Je ne sais pas d'ailleurs si j'y trouverais un passage relatif à la draperie du tombeau en question. Mais à quoi bon citer un livre quand mille voyageurs l'ont vu.' Les tombeaux du sultan qui sont à C. P. sont tous couverts d'un chàle de cachemire. Soliman le Grand est enterré entre ses deux femmes chéries dans un pavillon près de la mosquée qu il a fait bâtir. Lune était Roxelane ; j'ai oublié le nom terrible

PROSF'KH MEHIMKE

(le laiitrc. (!haf|iie lomhoaii a son oliàle. (!elui de |{f)\('Iaiie est à l)aii(les (>l)li(|ii('S avec des (leurs et iiiie nelite bordure, (".'est du cai'heinire, mais pas de chcnaslre. (^)uaiit à l'action h(''roï(|uc à laquelle v(»us

faites allusion, je vous prie de n'en pas parler: c est à un mouvement d'enthousiasme rpie j'ai cédé, comme défunt C.ourteaudicr, (juand il rencontra un invalide qui avait un ne/ en métal (rAl<rer.

Que vous dirai-je de cette autre turcpierie dont vous me parlez.' Il est dilHcile de l'approuver en principe, et elle me rappelle l'aventuie d'un médecin allemand (jui fut pris par des ("almucks et cnc..., allant examiner des mines en Sibérie. On lui demanda comment il avait trouvé la chose : « Moralement, tiés mal. répondit-il, mais, physiquement , pas mal du tout. »

[Vin ce (|ui concerne l'état de Paris, sauf (ju'on n'v lit plus le S/rcfc, on v vit comme à l'ordinaire, très

tranquillement. Les émeutiers et les curieux ont eu une assez bonne leçon l'autre jour. Souvarof disait : « La balle est une sotte, la baïonnette une gaillarde. » Mais la balle n'est point tant sotte si elle fait tenir les badauds tranquilles.

On reçoit de partout des nouvelles rassurantes, si ce n'est de Digne, où il y a eu un essai de Jacquerie, pillage, assassinat, viol et le reste. Il me semble que si l'on avait laissé grandir cet enfant, il en aurait fait de belles en 1852. Au reste les Dignois ne le porteront pas en paradis. La répression sera prompte, trop peut-être pour les dames.]

J'ai compati à la perte de votre pantalon. C'est un article de plus à votre article grinchir. A ce propos, permettez-moi de vous rappeler que vous m'aviez pi'omis la suite de votre livre. J'en suis resté à la page 264.

Adieu, mon cher ami, donnez-moi de vos nouvelles et croyez-moi tout vôtre.

Dantas se plaint de ce que vous ayez emporte le cliat. D'où vient cette locution?

Paris, 21 Décembre 1851.

Mon cher ami.

Ce n'est pas trop facile de répondre à votre question sans avoir vu le tableau. Je ne connais pas de

/it;

IMJOSI'Kli MKlilMKK

lal)l(Mii (Ml il V ail (les t>('inmt's cmluasscfs. Mais il V a l)t'aiu'oii|) (le slaliit's pointes avci- îles cahochoiis follôs sur la pieiii' ou le luaihit". S'il n y avait pas déjà »le l'or sur v<»ti(; tableau, je eroirais ([iie la teiali' hrun rouiic est une prépaiation assiette destinée a fixer l'or hrun. Pour hiuiiir lOr. il faut uti fond solide, et on se sei'vait dune eoinpositioii roujTeàtro dont vous aurez vu maint échantillon dans les manuscrits éiaillt's. l'^ii tout cas, il me paraît ('vident ([lie la teinte brun roiinc n'est (|u'une préparation (|ul devait être recouverte par autre chose, peinture, or, ou gemmes.

.l'apprends avec peine ([uc vos tissus se relâchent et ([ue votre c. se lesserre. Il faut travailler debout à une table à la Tronchin, et user modérément du vin du cru (,'t des autres proiluctions (.lu Bordelais. M. de I.amelh, (jui avait conservé dans un âge très avancé la |)iiissance ithyphalli([ue, disait ([ue,

dans sa jeunesse, il b tous les jours, mais ne

f f[ue le dimanche. Vous ne sauriez trop méditer cet apophtegme.

.le vous lemercie de votre élvmolooie de la locii-

lion emporter le clial, mais je conserve ([ucl([ues doutes. l*our([uoi appelle-t-on en Espagne un désir amoureux de la part d une dame calahazn, (M pour- ([uoi pend-on des citrouilles et des concombres à la porte d'un prétendant malheuieux? Il me semble <pie vous pourriez faire (|uelque (diose là-dessus en commençant par Ihisloire des infants de Lara à (jiii

la femme de Velasqnez fit jeter un ooiniclioii plein de sang, ce pourquoi ils tuèi'cnt sou nain, d'oii provinrent tant de malticurs.

Dantas regrette sa Guinée, fl jouit d'un ambassadeur qui ne fait rien, en sorte qu'il est obligé de travailler du matin au soir. De plus, les puces le travaillent et lui font des saignées fâcheuses. Trouvezlui donc une femme de bien, je veux dire qui en ait un considérable et qui le ramène à des sentiments vertueux.

Nous sommes dans un calme parfait. Je crois qu'il en est de même partout. N'est-ce pas une nation singulière que la nôtre? Voilà une grande révolution faite presque sans elîusion de sang. Mais il y a eu effusion d'autre chose à Annecy, l^a mère d'un ami à moi a été violée treize fois, ou par treize démocrates, on ne sait pas au juste lequel des deux.

Mille amitiés et compliments.

5 Janvier 1852.

Mon cher ami, c'est dans une note du livre de M'" Tarbé, page 462, que se trouve la mention des restes de ce Gautier Cornut. a Le corps de Gaultier s'était conservé 524 ans entier et sans dérangement dans l'attitude qu'on lui avait donnée lors de sa sépulture j^ voyez un peu!). Ses dalmatiques et sa chasuble de soie de couleur tannée conservaient en-

AS IMIOSI'KH MKIUMKK

i-(»re cette iM»iiI(Mir et leur premier arraii^emeiif . f.e |>alliiiin s V relioiivall aussi. »

l,a iiole (>i-(-iipaiit deux pages je ne la liaiiscrirai loul entière (|ue siii- un (ticlie exprès: ce <jue j'ai extrait ol (jui nie parait être la seule chose ([ui vous concerne est à la page \(VA: mais M"" Tarbé nous lionne une couleur (juaiul il croit (|ue la couleur i(^//i- /icr était la couleur prin)itive îles habits de ce (">ornu. J'ai vu déterrer n(»mbre de saints, tous en habits feuille-morte: cela lient au phénomène ijui donne à l'amadou la couleur tjue vous savez, c'est-à-dire une combinaison de l'oxvi^ène, etc.. Lisez Berzelius. Au sujet tl'Alfava, je vous répondrai ([uand j'auiai vu Hurnouf et je ne parlerai pas au Garcin que vous dites, ({ui est un âne. .Mais voici ce «pie" dit Salvà voc. Al fa va : Al fa va, f. an t. Al/tijti o f/l/taju, como se prueba en (d refran : Al/ai/d por alfaya, nuis (luirro jxindcro (jue nu sai/tt, conclue se dénota que iiay personas ([ue anteponen la diversion à la verdadcra conveniencia. Ilabeant utilia alii, niihi jucunda opto [[ cosa rica, noble ô preciosa ant. nobleza, linaje esclarecido;: d'où il semble que A/fai/a n'aurait pas le sens de « toiles de coton mêlées d'or. »

Vous faites îles calembours alîrcux et qui mériteraient une punition exemplaire.

Mille amitiés et compliments.

Paris, 25 Janvier [18521.

Mon cher ami, j'ai tardé beaucoup à vous répondre, parce que, depuis votre lettre reçue, j'ai eu fort à travailler pour mon gouvernement. Tous les gouvernements sont pressés, comme vous savez. Ils demandent des projets plus vite qu'on ne peut les écrire, mais en revanche ils prennent leur temps pour les exécuter. On m'a donc fait faire beaucoup de prose de piilchris artibus, et, le mémoire bâlcé, on m'a dit qu'on s'en allait.

Quant à l'affaire Quinet, le Collège de France, bien qu'il n'aime point ce grand professeur, par point d'honneur ne le remplacera pas de sitôt, à ce qu'on m'a dit. Il y a un suppléant qui fait la besogne en attendant. Je crains que, si vous faisiez quelques démarches maintenant que les esprits sont montés ta the upinost pitcli, cela ne vous fût peut-être préjudiciable pour l'avenir. Au reste, je vous donne mon opinion toute personnelle et pour ce qu'elle vaut, c'est-à-dire peu de chose.

Ces jours passés, on parlait beaucoup de la suppression du ministère de l'Instruction publique, qui irait à l'Intérieur. Ce soir on dit que le projet est abandonné. Il est certain que M'' Fortoul était hier aux Tuileries en habit de ministre. C'est, dit-on, M"" Magne qui s'en va.

Je voudrais bien avoir quelque chose de joyeux à vous dire, mais la matière manque. Si vous êtes de

Francisijue Michel. 4

50 pnOSPEH MKIUMÉE

l'cux (|iii se réjoiiissfiil des alllictioiis de leurs eiiiu;inis, tout le inonde dit (jue voire ennemi est il;ins un ilélih' plus élr(»it el plus dangereux (pie son lioland à l{()iicevaux. Je souhaite qu'il s'en tire. Pour moi, je suis «^rand ennenii de cstispu/i/iracio/ii's. l:so no ^uile ntiild .

Mille amitiés et eompliments.

Dimanche 18 Avril 1852] .

Mon eher ami.

J'ai lu votre livre c[ui m'a paru fort beau, extrin sèquement et intrinsèquemenl, comme disait un Allemand de mes amis. C>'est une mer d érudition, et je me demande comment vous faites pour savoir tant lie choses. Ayant peu de goût pour les chitîons, je m'imaginais (jue je ne pourrais jamais venir à bout de le lire; mais vous traitez en passant une foule de sujets curieux (jui m'ont intéressé et oblijjjé d'aller jusqu'à la fin. Voici ([uel([ues petites observations, ({ue ie vous soumets en toute humilité, l^aue 2U*' : « Ne escus ne haubcio uc rp/ii/nui <le Hoiisic. » Nous tlites très bien et ailleursy (jue l'on ne fabri(juait pas alois lie cendal en Russie, et ([ue cette étoile venait d'Orient ; mais vous ajoutez ([ue ce nom de cendal de Russie venait de ce (jue rélolVe arrivait pai' la Mer .Noire. 1" A cette ép()(jue la Russie ('tait diablement loin de la Mer Noire. 2" Comme il s a<>it d une ai-

mure, je crois (|ue l'auteur du roman d'Alexandre fait allusion au costume de guerre des anciens Slaves, qui se composait d'une robe piquée et matelassée à l'abri des flèches. 11 y a des Tartares qui en portent encore de semblables. C'est ce que vous appeliez gamhison. — Page 351 et suiv. Je ne puis admettre votre étyniologie de soin>ui : maint paile souvin. Souvin ne viendrait-il pas de suavis, doux? — Page 362 et suiv. J'ai de grands doutes sur votre interprétation de Pâlies roés. D'après les exemples cités, il me semble impossible de traduire loujours par rayé. Les targes roées seraient bien plutôt des targes rondes, car je n'ai jamais vu de dessins de manuscrits où il v eût des boucliers à raies. — Vous avez encore, à la page 366, rapproché le moilislê de roé. Il est évident, à mon avis, qu'il s'agit d'une robe bordée ou frangée d'or, et non d'une étofîe rayée. — Page 370. En citant Herodien vous parlez de l'empereur CaracaUiis, forme très inusitée sous laquelle bien des gens ne verraient pas Caracalla; c'est, je pense, une faute de votre imprimeur. Ah ! les traîtres ! Ils m'ont fait commettre dans mon article sur Libri un horrible barbarisme en mettant Venetiae au lieu de Lutetiae. Je crois que, pour votre second volume, vous pouvez tirer parti des miniatures et des tableaux dont vous ne vous êtes pas servi. Il y a au Musée quelques vieux tableaux de Belin représentant des ambassadeurs vénitiens à l'audience du Grand Vizir, si je ne me trompe, où l'on voit des étoiles sin-

l'ROSl'EH MERIMKK

«^iilii'res, brocards cl aiilies, ([ur vous seul pourriez iioiuiuer. In autre tableau tie la luèine école représente une piéilication en pays dOrienl; il y a des oosluines et des étoiles parfaitement rendues. Quand vous viendie/ à Paris, je vous indiquerai tout cela plus exactement. J'ai aussi quel([ues mauvaises lithographies d'après d'anciens portraits russes de tsars habillés d'étoiles d'or. Si je ne vous ai pas montré cela, c'est d'abord parce ([ue vous me faisiez trop de calembours, el puis parce que je ne me faisais pas trop d'idée du livre (jue vous élaboriez. Je croyais (jue vous vous occupiez surtout de la question industrielle el commerciale. Mais vous écrivez de onini re scihili. (lourez-donc et finissez comme vous avez commencé. Sans com[)liment, je trouve (jue vous avez fait un e.vcellent livre; seulement, vous instrumentez en passant trop d'académiciens. Je vous enverrai un exemplaiie du tirage à part de mon factum sur Libri.

Mille amitiés et compliments.

Paris, lî> Juin 1852.

[.Mon chej- ami, si je vous disais que j'ai été insensible au procéilé de « messieurs «, vous ne me croiriez pas. Le fait est que je ne me suis rappelé (juc ti'op taril l'aphorisme de .Montiond : il faut se garder des premieis mouvements, paice (ju'ils sont prestjue

toujours honnêtes. Au reste, mes amis et les indifférents ont fait queue chez moi avec des figures de condoléance si piteuses, que j'ai vite pris la chose en gaieté. Si je n'étais enormentado, je pourrais amuser le monde de mon procès et de toutes les bouffonneries que j'ai vues et ouïes chez les chats fourrés. Croyez qu'on y estropie le latin de bonne sorte, et que M"^ Lalanne a beau siffler les substituts, ils en àx^Qul délie grosse dans leurs réquisitoires. On m'a expliqué la chose en me disant que les gens qui n'ont pas le moyen de gagner leur vie comme avocats se font procureurs de la République. La morale à tirer de cela c'est que, quand il vous prendra fantaisie d'outrager le Président, on vous avertira, mais, si vous vous avisez de prétendre qu'un juge estropie le latin, on vous condamnera à 1,000 francs d'amende et quinze jours de prison]. Vous avez bien raison de dire qu'il ne faut pas temnere des çeaux. J'entre en capella au commencement du mois prochain, en assez bonne humeur. J'ai payé mon amende et je n'y pense plus. En somme, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Voici le titre demandé : « De Orientis commercio cum Russia et Scandinavia, medio aevo, disseruil D. J anus Lassen Rasmussen , Havniae, MDCCCXXV, apud F. Brummer. Typis directoris Jani Hostrup Schultzii aulae et Universitatis typographi », in-4°, 60 pages. Cette brochure m'a amusé. J'y ai lu la relation d'un voyageur qui vit égorger une veuve à l'en-

PUOSI'KIt MKIUMKK

Icrrcnioiit de son tiiari, après (in'aii piMJalabl»' elle eût été ciififrée « a scx slrciiiiis juvciiibiis », le tout en grande pompe.

.Marin, volume 1\ , 111). 2, cap. f), p. \')S, elle un e.xlrail d'un mémoire inliluh' : « Infra scriptae haec sunl novilales et nravamina (jiiae liiinl Vendis et lidelibus Dumini Duels in \{. .\i-meniae, exhibilae in seiiplis Domino Duei, per Xol). Viiiini Pclrum Biaffadino, ([ui venit lîajulus de ipso llej^ni). (.osi viene cnun/iala la relazione nel lerzo libro, (lommemoriali, part. I, e, HV,]. »

l/ouvia<re de Marin a pour litre : m Storin civile e pnlilica Del cnniiiicrcio de Veiicziani di Ctirlo Antonio Mai ini, jxilrizio Vcnelo. Vinezzia, M ])('.(>G. »

Les vers (pie vous m'avez envovés sont-ils tle vous, ou est-ce une citation? De toute façon ils me plaisent, et je vous en remercie.

J'ai eu tant de lettres à écrire, tant de cartes à porter, et aussi, malhcureusemenl, tant d'alTaiies à arranj^er ([ue je n'ai pu encore brocher la réclame (|ue je v()us ai promise. Elle ne vous manquera pas plus (juc la V en vos nécessités.

Adieu, mille amitiés et compliments.

Paris, rue Jacob, 2.'^ Juillet [I8r)2i.

.Mon cher ami, nous avons à la bibliothèque tous les ouvrages de Schanatt, moins V Histoire dsWornis.

Le titre diidit ouvrage est comme il suit clans la Biographie Universelle : Historia Episvopatus Wormatiensis, docuinentis aucta et illustrata. Strasbourg, 1734, 2 vol., fol. Je suis fâché de ne pouvoir vous donner des renseignements plus exacts.

[Quand vous aurez trop chaud, reprochez à MM. les juges d'instruction de n'en avoir pas assez {sic), et on vous mettra en un certain lieu d'où je suis sorti avant-hier et où il règne une douce fraîcheur. J'avais une chambre voûtée dont les murs avaient 2'"34 d'épaisseur, ornée d'un lit de fer sans punaises, de quatre chaises, trois tables, un pot à l'eau et un autre pot qu'en chambre on demande, ce dernier un peu égueulé. Draps très blancs, changés tous les lundis. Le loyer de cet appartement me coûtait quinze centimes par jour. Si l'on ne m'y eût pas accablé de visites, je m'y serais cru en paradis. Mais c'était le seul endroit frais de Paris, et puis, comme disait un co-criminel qui me servait de groom, le monde est curieux de voir la Conciergerie^ voilà pourquoi il vous vient tant de visites. Le fait est que je ne m'y suis pas ennuyé un moment. J'y ai un peu travaillé, un peu lu, et m'y suis reposé. J'en sors frais et la

q en trompette, pénétré de reconnaissance pour

Messieurs, et j'y ai appris un mot nouveau, qui n'est peut-être pas dans votre glossaire : gougnotte, subs. fém. fam. : femme ou fille qui abuse des personnes de son sexe, d'où le \erhe goi/gnotter.

J'ai mis dans la Revue des Deu.r Mondes du 15 une

56 i-nosi'Kit MÉruMÉF.

ptige sur vos clolîes. KIlc aurait dû être insérée le 1*"'' Juillet, mais le liraire de lîulo/ en eût été dérangé, et il s'est excusé en prétendant (ju'il lui en eût coûté je ne sais combien de francs s'il eût fait une page ad hoc.

Il me revient (juc j'ai encouru la disgrâce de .M"" Yéméniz. Savcz-vous par ([uelle de mes mauvaises <jualil(''s j'ai mérité ce malheur? Quand vous en trouverez l'occasion, tâchez de lui faire comprendre que je l'adore.

Je no sais pourcjuoi vous en voulez à M"" Naudel. On lui doit d'avoir découvert ([uc Plante avait essavé de pcintlrc les monirs de son temps, et tju'on écrivait (juelquefois dominom pour dominuni. 11 est homme de sufhsance et d'érudition, comme le docleur I^ancracc, fort digne de représenter la docte compagnie. D'ailleurs elle a pris soin de lui marc[uer dans l'élection qu'elle ne le prenait que faute de mieux. Je ne connais pas de corps où l'on soit plus grossier. Parlez-moi de l'Académie française! Si vous aviez assisté à notre séance d'hier, vous auriez eu la meilleure scène du monde, une farce a

deux personnages, Salvandy et C",ousin s'eng

avec toutes les fleurs de rhétorique possibles, et si poliment dans la forme qu'il n'v avait pas moven pour l'un ou pour l'aulre de se jeter les encriers à la tête.

Mon jeune ami, si vous ne prenez des sentiments plus orthodoxes, je serai obligé de rompre tout

LETTRES A FRANCISQUE MICHEL Di

commerce avec vous. Vous parlez avec une haute imprudence des ministres les plus vertueux et vous m'avez autant scandalisé qu'un certain criminel dont j'ai fait connaissance au bagne, et qui disait de votre général : « C'est le seul maquereau sans esprit que j'aie rencontré ! » On pourrait bien punir ces paroles infâmes... Adieu donc. Mille amitiés en attendant l'heur de vous revoir.

Paris, 30 Juillet 1852.

« Cui (Fridlewo) praeter invitam animo fortitudinem etiam contemptrix ferro tunica fiduciam ministrabat. Hac in publicis privatisque conflictibus, tanquam servatore salutis, utebatur; nec rem fortins quam prosperius executus (sic) felicem pugnae eventum ha huit. «

Danica historia et aiictore Sa.vone Gvammatico sialandico dano historico laudatissinio (lib. IV, pag. 60, lin. 52). Francofurti adMoenum, exofTicina typographica Ant. Wecheli, MDLXXVI. Fol.

Voilà, mon cher ami, le seul passage que j'aie trouvé, qui ne donne guère de détails sur la tunique de Fridlewe. Mais la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a.

M"" Villemain, conseiller d'Etat, se promenant à la brune, accoste deux petites filles et leur demande quelle est leur profession : l""* petite : « Moi je b » ; 2® petite : « Maman ne veut pas que je b...,

7)P' PFIOSPEH MÉRIMÉE

rjiol: je ne f.iis (|ue hr en alleiulaiit (juc j'aie fait

ma premièrt' (-(Mniniiiiioii. »

Voilà ee (jiic j'ai trouvé de plus digue de vous être oiTcrt : tâche/ d introduire cette anecdote dans votre prochain volume. Elle plaira, selon toute apparence, à Madame Y«'Mnéni/..

Maurv n'a pas hou<ré de sa hihiiolhèque. 11 a deux co(|ues de noix bleues sur les yeux et ne pense nullement à vovafTcr. Je suppose ({ue vous avez pris votre nouvelle de ([ueltjuc (iascon.

Danlas est à \ ichv à compromettre, ou peut-être à contenir, une des Polonaises. A son retour, je lui ferai part de v()s intentions contre la princesse (-alliniachi. .le ne sais s'il a vérifié son corset.

Je suis dans les horreurs d'un déménagement. Je ne sais ([ue faire de mes livres et de mes tableaux, sans parler de mes meidjles (jue je voudrais savoir à tous les diables. 11 faut, j)ar dessus le marche, ([ue je fasse faire des rideaux et je ne sais combien de choses. Oh! cpie j'envie le philosophe Bias qui portait tout avec lui. .V j)arlir du 20 ou du 25 août, je serai rue de Lille, n" .')2, ou, pour mieux dire, j y aurai mon domicile politi(|ue, car alors je courrai les départements.

Mille amitiés et compliments.

Paris, it) Novembre ^18.52".

Hue de Lille, :V2.

Mon cher ami, je vois avec peine ([ue vous n êtes

pas guéri de la maladie du calembour. Dantas, que vous m'avez corrompu, prétend que vous êtes allé en AlfTCr afin de pouvoir dire : « J'ai de l'Afrique assez. » Cela me rend très malheureux, et, si j'avais été sur l'impériale de cette voiture, j'aurais pris le parti du bossu. Seulement il avait tort de se fâcher, car il est honorable pour un bossu d'avoir la vérole.

Je ne l'ai pas, mais une douleur de mâchoire qui me tient depuis huit jours, et qui me fait l'effet d'un commencement de tic douloureux. Dieu vous en préserve 1 [J'ai failli encore crever en Provence, il y a deux mois, d'un coup de soleil attrapé dans l'exercice de ma profession. Je fus pendant deux jours aux bords du sombre empire, me demandant lequel était préférable, rendre sa fourchette incognito dans une sous-préfecture peu fréquentée, ou bien dans son lit ordinaire entouré de ses parents et amis. Comme je pesais le pour et le contre très philosophiquement, et n'éprouvant (|u'un sentiment d'emni général, le mistral vint à soufïler, et dix minutes après je mangeais une perdrix et des viédazes.] Maintenant il ne s'agit guère de manger, car il me semble qu'on ne me sert que des épingles et des aiguilles à toutes les sauces.

Je voudrais bien savoir s'il existe à Bordeaux du vin de Larose, et s'il ressemble à ce que j'ai bu comme tel il y a quelques années, — finalement combien cela coûte /;<?/• bottle. Mais la première chose à savoir c'est quel palais vous avez. Vous me répondrez qu'il est situé rue Ducau, n" 17. Mais je ne parle

»»0 l'ROSPER MKIU.MKF.

pas (le cehil-là, je voudrais coimaitre votre pouvoir cléguslatif. l,ors(jue vous viendrez à Paris, il faudra que nous huvious un litre ou deux, et, d'après mes observations, je vous donnerai mes pouvoirs pour un panier de I.arose.

Vous me paraisse/ conserver ([uel([ue dent contre votre général en chef. 11 nous lit l'autre jour une cn/iiton^ très élocjuente ma foi. en rouvrant les comités que je crovais défunts, lis ressuscitent et vont recommencer: je crains l'eau de boudin qui les a rendus si célèbres. Mais (juc voulez-vous (jue fassent tant de gens d'esprit ensemble .' le suis curieux de savoir ce (jue deviendra la publication des anciens chants français. Ktcs-vous d'avis d'y insérer ces poésies populaires si remarcpiables par la force des pensées et l'énergie du slvle, ([u'on chante dans tous les cabarets des (piatre-vingt-six dé|)artements, comme cette romance :

l.e verre en main, la p... au c.

M.... et f m.... et f....,

Le verre en main, la p... au c, M — et f pour la vertu.

Il me semble seulement qu'on commence ce beau recueil quelques siècles trop tard.

Qu'est-ce ([ue c'est que la nouvelle publicatio?i de Génin.' La grammaire française de Palsgrave. Est-ce une réimpression ou une dissertation? On m'apprend (pie je puis la réclamer, mais je ne sais où mettre

mes bouquins dans mon nouveau logement. Croyez qu'il y aura toujours de la place pour vos livres et, tant que le cuir de Russie ne faudra, une honorable reliure pour iceux. Adieu, mon cher ami, tenez-vous en joie et venez nous voir à Noël, si votre Faculté a l'esprit de se donner des vacances.

\e me parlez jamais de Guigniant ni de Beulé ; ils me sortent vous savez d'où.

Paris, rue de Lille, 52.

21 Novembre [1852].

Mon cher ami, quand vous viendrez à [Paris] vous me dicterez un petit impromptu pour votre dame d'Alger, et je vous donnerai à choisir parmi les autographes de grands hommes que je possède. Malheureusement il y a un mois que j'ai vidé mon sac en faveur de Lady Mahon, qui m'a emporté jusqu'à un billet de Montalembert.

Vous me rendez perplexe avec tous vos châteaux. La question que je vous pose est celle-ci : le Larose a-t-il beaucoup de parfum? Vous appelez cela boucjuel, je crois, quelque chose qui se renifle. Si oui, et qu'avec le voyage et l'entrée cela ne revienne pas à plus de 125 francs, envoyez-moi-z'en vingt-cinq bouteilles et faites tirer sur moi par le facteur qui aura soin de venir le matin; ou bien vous me préviendrez pour que les fonds soient prêts. Je n'aime que le Larose et j'ai le courage de mon opinion.

IMîOSPFH MKIUMKK

( )ii (lil ((iu> M' (Ir luMij^f' sera iiomnié. \'<his avez 1(1 sans iloiilt* st)ii roman éti,vpticii coiiloiMpoiaiii de .Moïse cl ([iii a paru tiaiis la revue du (.aire l'année lie ri"]\(»ile. Il met du liri^i; hiane el a une jolie fentme. Hier malin, comme j'étais dans mon lit, on nrannonee M""' de Uouné. Je passe mes culottes el j'accours, persuade (ju elle me prenait pour un académicien pour de bon. J'ai trouvé un chameau ([ui avait eu des malheurs et <[ui donnait des leçons de musi(jue el poitait une pancarte de poile en poite, extirpant des écus aux niais, dont je lus un. I,a véritable a .'50, ()()() lianes de rentes el on la dit très jolie. Dieu vous iiarde îles mendiants à domicile!

Je nai pas encoie letiré ma j^rammairi- de Palsi^rave. Je lis le soir les /•.ssais deMacaulav. Je trouve cela admirable. Seulement l'auteur me semble avoir tant de talent tjue je ne crois plus un mol de ce qu'il dit. Ave/.-vous lu son llisloire de Jacques 11 ? C est la perfection.

Je viens de corriger Iji dernière épreuve des Faux Dèinctriiis. Je svilooise à part moi, ne sachant trop s'il faut ou non en envoyer un exemplaire au j>rii)w i;r/iitiis de l'empereur Nicolas. D'un côté je voudrais m(> ménager une protection pour obtenir dans un tem|)s donné une chaire à Irkoutsk: de l'autre je crains de faire une jean-foutreiie. Quel est volie avis dedans cet accessoire.'

[Ce i[ue vous dites du célibat vous est bien facile, à vous ijui vous êtes marie jeune. Mais ijue voulez-

VOUS qu'on fasse à mon âge? J'ai les conditions voulues pour être c..., mais je ne sais si j'aurais le caractère assez bien fait pour jouer ce rôle.] Trouvezmoi une Bordelaise (qui n'ait point été dans un

b ) et qui possède le château Larose. Si elle me

fait des traits, je m'en consolerai en buvant du vin du cru.

Adieu, mon cher ami, je suis encore tout évoque d'Avranches et je m'ennuie horriblement. Je ne sais ce qu'est devenu Dantas, mais vous le connaissez mal si vous croyez qu'il b — pour la Grèce: c'est en

Pologne qu'il voudrait envoyer son n , si cela

pouvait s'expédier.

Tout à vous.

Rue de Lille, 52.

i" Décembre :1852j.

Mon cher ami, je vous remercie beaucoup de votre habileté en négociations. J'ai reçu une lettre très aimable, en prose et en vers, de M' B. Lalande qui m'annonce vingt-cinq bouteilles de Larose et me donne la manière de m'en servir. J'attends pour lui répondre que j'aie goûté de son vin. S'il faut en juger par son style, il sera excellent. Veuillez lui dire que. s'il veut donner une facture acquittée à l'homme ([ui apportera la caisse, on lui remettra les 125 francs, mais il faudrait qu'il l'envoyât dans la matinée,

PROSPER MKRIMKE

«•'est-à-diie aviiiil midi, |)(uir être sur de me trouver. On, s'il a ohjei-tioii à ee mode de paiement, ([n'il veuille bien ni'en proposer un antre.

Il m'est très dillieile de vous donner les renseitruemcnls (jue vons désirez du Louvre. Je vous enverrai des indications des numéros des tableaux et une description telle (juelle, mais cela ne vaudra pas <^rand"cliose et il vaudrait mieux (jue vous vissiez vous-même les tableaux. Probablement vous reconnaîtriez certaines étolTes et les nommeriez cif^laton, tabis, etc..

nites-moi donc ce (jue .M"" Génin veut dire par la note ci-jointe <}uc je transcris de sa grammaire de Paisgrave: c'est à propos des vers de W. de Biblesworth, cités par vous et transcrits par NFChabaille :

.M(i teste ou iiioiin cheef;

la grève de nioiin chcef ;

fêtez la grc^-e au lever '

El iiianp^ez la grive au dîner...

1. Peut-être : ti/f'cicz, r'est-à-dire : arrangez en vous levant la raie (pii partage vos cheveux 'la ^rac]. L'anti- (juité de la rtiir de clinir (jue M'' G. prouve par ce passage doit nous charmer. Je croyais qu'il s'agissait de bas de chausses. Quant à la <>rr\.'r de mon chef, j'avoue que je ne comprends guère. Ne serait-ce pas la mi foraine.'

Du reste, la préface dudit Génin est spirituellement écrite, mais fort arrot^ante, selon sa coutume, pour quiconque n'a pas ses opinions en linguistique. J'ai pensé (pie celte raie de cliuir vous r«'jouirait:

voilà pourquoi je VOUS l'envoie, bien qu'horriblement pressé. Adieu, mille nouveaux remerciements et amitiés.

Rue de Lille, 52 13 Décembre 1852.

Mon cher ami, vous êtes toujours possédé du démon du calembour. N'y aurait-il pas moyen de vous exorciser? S'il était possible de vous délivrer avec un cierge à quelque saint, je ferais volontiers un sacrifice en votre faveur.

J'ai reçu le vin il v a trois jours et je l'ai goûté avec un spécial jurij, qui a été unanime pour le trouver excellent. Il est excellent, en elTet, mais il m'a semblé que la dégénération du siècle s'y manifestait en deux points. Le premier par la taille des bouteilles qui tendent à devenir des flacons d'eau de Cologne, le second par la diminution du parfum. En résumé, veuillez faire mes compliments à M"" de Lalande, et lui dire que j'attends avec impatience qu'il veuille bien faire tirer sur moi 125 francs, le matin s'il se peut, car il est rare que je sois au logis après une heure.

Très incessamment je vous enverrai une liste de tableaux du Musée avec le peu de remarques que mon ignorance me permettra de faire. En attendant, vous saurez que la plupart des peintres de l'Ecole de

Francisque Michel. 6

66 i'HOSPKH MKIUMKK

IJruires, \ an l^vck cl ("," ont fait urand iisaj'e (.l'iitolTes brochées cl Or à ramages. .Mais conunenl (lislinmier ces étoiles.' Si vous étiez à Paris, je vous ex|)li(juerais peul-ètre ([uehjues-unes des licellos île la peinture et vous m'expliqueriez bien d'autres choses. .le crains de ne pouvoir vous envoyer (ju'un catalogue assez volumineu.x, mais 1res peu intelligible. Au reste, si vous n'en êtes pas content, prenez le chemin de fer cl venez i'oir par les yeii.r de la tète, comme disait le grand Napoléon, ([ui ne croyait probablement pas aux miiacles magnétiques du jeune Alexis. Je ne suis pas de ceux ([ui crachent sur des boîtes de platine enrichies de diamants, surtout s'il se trouve des né'o-ocianls bordelais (lui les chanuent contre <[uel({ue grand cru, mais j'ai peur tle ressembler à la canaille de lettres et j'ai des scrupules. J'hésite encore et ne sais ce ([ue je ferai (juand mon enfant sera venu au monde. Je ne sais pas ce (|ui le retient. On a fait il y a ([uel([ue temps une admirable loi cjui oblige les éditeurs anglais à tlemandcr, voire à achetei" la permission de vous traduire. J'ai reçu l'autre jour un billet, ([ui a l'air en bonne forme, d'un éditeur anglais, leijuel me promet de bonnes guinées pour ma piose. ('ela m'a fait grand plaisir, mais donné piètre opinion de cet insulaire. Adieu, mon cher ami, n'oubliez pas M' île Lalande. Remerciezle bien île ses verres (non pas vers). I.,a foiine me plaît. I. a couleur un peu enfumée est très jolie et convenable au vin de Hoiileaux. Je vais m'en pi-oeurer

Archives photographiques

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