‹ [Œuvres complètes] (volume 5)Chapitre 16 sur 71 · Lettres à Viollet-le-Duc (édit. Champion, p · texte numérisé non relu

Lettres à Viollet-le-Duc (édit. Champion, p

INTRODUCTION XVll

qu'il a gardés de cette conversation de Mérimée, mais avec quelques erreurs de détail, comment une noble dame fit demander cette nouvelle à Mérimée. Et il ajoute en note, à la page 286 :

c Cette curiosité, intitulée la Chambre bleue, je crois, devait revenir tôt ou tard à la littérature, comme tout ce qui échappe à la plume d'un écrivain de bonne trempe. Mais il serait puéril d'essayer de défendre M. Mérimée en prétendant, comme on l'a fait, qu'elle n'est pas de lui. Il n'en reniait pas la paternité, comme on vient de le voir. »

Troubat n'envisageait la question que du point de vue littéraire. Mais le scandale était surtout politique. A ce moment, en effet, le ministre de la Justice, M. Dufaure, défendit la publication des papiers de la famille impériale. Quoique la nouvelle ne présentât évidemment pas le moindre caractère politique, Philippe Burty, à la suite de dénonciations passionnées, dut donner ordre à son imprimeur, M. Glaye, de détruire la composition. Seuls six exemplaires d'épreuves échappèrent à la destruction ' .

Gomme il devenait dès lors impossible de publier cette nouvelle en France, on songea à la Belgique et elle fut envoyée à V Indépendance belge, journal auquel bien des réfugiés français avaient collaboré pendant leur séjour à Bruxelles.

La nouvelle parut donc dans V Indépendance , les 6 et 7 septembre 1871. Elle était précédée de la note anonyme

1. Voir Georges Vicaire, ouvr. cité. L'un des exemplaires est en la possession du vicomte de Suzannet, qui nous l'a obligeamment communiqué La première page porte les indications suivantes, faites avec un timbre à date : « 2' [épreuve] 7 août 1871. » te Retour 12 août 1871. »

Dernières Nouvelles. b

XVin INTRODUCTION

suivante, due à Gustave Frédérix, alors critique du journal' :

« Nous avons la bonne fortune de pouvoir offrir à nos lecteurs une nouvelle inédite de Prosper Mérimée. Gela s'appelle la Chambre bleue. De l'inédit de l'auteur du Théâtre de Clara Gazul, de Colomba et de toutes ces œuvres qu'on n'oubliera pas, on conçoit que nous nous soyons empressés de le recueillir.

« Ges pages , qui arrivent maintenant au public, n'étaient pas écrites pour lui. G'est de la littérature de boudoir, du drame de château. Gela vient, non pas d'une bibliothèque ou d'un cabinet de travail, mais de cet amas de toutes sortes, dont on n'a pas vu les parties les plus curieuses, et qui formait : les papiers des Tuileries.

« L'iiistoire des lettres n'ofifre guère de chef-d'œuvre clandestin. Les belles choses veulent le grand air, le soleil et le bruit. La Chambre bleue n'est pas destinée à démentir cette vérité. Mérimée a écrit pour une lectrice dont le goût n'était pas sévère. Il avait fait pour Sa Majesté le public : la Prise d'une redoute., Mateo Ftdcone ; il a jugé suffisant de faire pour S. M. l'Impératrice : la Chambre bleue.

« Pourtant, l'auteur de Colomba n'est pas absent de cette nouvelle innocente que nous publions. On le retrouve avec son art de serrer le récit et de n'assembler que des détails nécessaires et vrais. Mérimée, a dit Musset dans un vers d'une image frappante.

Incruste un plomb brûlant sur la réalité.

« Gette image de l'emporte-pièce, qui s'applique si bien à tant de contes et de drames enlevés dans leur brièveté saisissante, peut être rappelée à propos de la Chambre bleue. Gette Chambre bleue, c'est du Mérimée retour de

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