XVI INTRODUCTION
gage; il allait encore parfois beaucoup plus loin, comme en témoigne ce passage d'une lettre adressée à Violletle-Duc, le 17 décembre 1862 :
« J'ai envoyé à l'Impératrice une patate douce de ce pays (Cannes) qui pesait 7 kilogs 300 grammes. Je ne sais si elle était mangeable. Elle avait un air indécent, quoiqu'elle vînt du jardin d'un puritain écossais. En avezvous eu connaissance * ? »
Il est certain que, en août 1871, dans l'entourage des membres du gouvernement provisoire, on estimait que Mérimée ne s'en était pas tenu à des plaisanteries de ce genre. La Chambre bleue fut, dans des conversations particulières, commentée dans un sens scandaleux.
Aussi l'annonce de la publication prochaine soulevat-elle des protestations. De bonnes âmes voulurent innocenter Mérimée en prétendant que la nouvelle était apocryphe.
Le dernier secrétaire de Sainte-Beuve, Jules Troubat, se fait l'écho de ce scandale et remet les choses au point dans ses Souvenirs et indiscrétions publiés en 1873, mais écrits en 1871 :
« M. Mérimée, qui n'a jamais cherché à déguiser ses relations avec la famille impériale — elles étaient affichées en plein soleil — et à qui l'on ferait en vain aujourd'hui un crime et un scandale de certaine nouvelle récemment exhumée (il faut bien prendre les hommes comme ils sont, surtout quand de grandes et sérieuses qualités rachètent leur faiblesse), M. Mérimée a raconté lui-même, un soir, en petit comité, qu'il avait écrit une petite chose très drôle pour l'Impératrice et qu'il la lui avait même léguée par testament. »
Jules Troubat expose ensuite, d'après les souvenirs