XX INTRODUCTION
ment fait des gorges chaudes de cette nouvelle ; ils s'en sont donné à cœur joie sur le compte de Prosper Mérimée, s'intitulant, au dire de Y Indépendance, fou de S. M. l'Impératrice.
« Voyez, se sont-ils vertueusement écriés en chœur, « jusqu'à quel degré de servilisme, jusqu'à quel abaisse- « ment descendaient les sénateurs de l'Empire, pour com « plaire à l'épouse du maître! etc., etc. »
« Nous n'avons pas jugé nécessaire alors de nous occuper de la publication de cette nouvelle; nous étions persuadés qu'elle ne pouvait être qu'apocryphe. L'Indépendance belge, qui l'introduisait en France, nous était plus que suspecte de véracité ; nous n'avions pas oublié que ce journal , organe officiel des contrefaçons littéraires, a été et est encore le déversoir habituel des haines de la famille Hugo et la boîte aux calomnies des républicains français.
« Nous nous souvenions des insultes, des sarcasmes que cette feuille lançait contre la France, au début de la guerre, en échange des thalers que M. de Bismarck lui comptait; nous nous rappelions la joie qu'elle manifestait à la nouvelle de nos désastres et nous nous disions : pas un Français ne donnera dans le piège grossier que tend à ses lecteurs un journal aussi méprisé ! Mais quel n'a pas été notre étonnement de voir la Liberté donner la Chambre bleue dans son feuilleton du 12 septembre. M. Emile de Girardin, qui dirige toujours la Liberté, s'est-il donc laissé prendre à une contrefaçon aussi impudente? Il suffit pourtant d'une simple lecture pour se convaincre que jamais Prosper Mérimée n'a écrit une ligne de la Chambre bleue, et que jamais non plus cette nouvelle graveleuse n'a pu être composée pour S. M. l'Impératrice.
« Quoi donc! En admettant même que Prosper Mérimée fût l'auteur de cette nouvelle, qu'aucun écrivain français qui se respecte ne voudrait avoir signée, la plus simple délicatesse et la convenance la plus vulgaire ne devaient-elles pas empêcher M. Emile de Girardin de la