INTRODUCTION XXXVII
m'a semblé que c'était une des meilleures œuvres de Mérimée. Mais, ce soir-là, son ingrat et malheureux débit m'empêcha de m'en apercevoir.
« Un peu après avoir fini, il se leva et me dit à demivoix, d'un ton brusque :
— « Avez-vous compris, vous?
« Je dus avoir l'air assez niais. J'aurais peut-être fini par trouver une réponse encore plus niaise, mais il ne m'en donna pas le temps :
— « Vous n'avez rien compris, c'est parfait. « Et il me laissa complètement abasourdi. »
L'épreuve de la lecture ayant été favorable, Mérimée songea à publier la nouvelle dans la Revue des Deux Mondes. Il annonce cette intention dans une lettre à l'Inconnue datée de Paris, mercredi soir 5 août 1869 :
« A Saint-Gloud, j'ai lu l'Ours devant un auditoire très sélect, dont plusieurs demoiselles qui n'ont rien compris, à ce qu'il m'a semblé; ce qui m'a donné idée d'en faire cadeau à la Revue, puisque cela ne cause pas de scandale. Dites-moi votre façon de penser là-dessus, en tâchant de vous représenter très exactement le pour et le contre. Il faut tenir compte des progrès en hypocrisie que le siècle a faits depuis quelques années. Qu'en diront vos amis ? Aussi bien faut-il se faire des histoires à soimême, car celles qu'on vous fait ne sont guère amusantes. »
Le directeur de la Revue des Deux Mondes, de même que l'Inconnue, dut donner un avis favorable, car Mérimée écrit à celle-ci de Paris, le 7 septembre 1869 :
« Buloz est parvenu à me séduire. A Saint-Cloud, l'Impératrice m'avait fait lire l'Ours — cela s'appelle à présent Lokis (c'est ours enj'moude) — devant de petites demoiselles qui, ainsi que je crois vous l'avoir dit, n'y ont rien compris du tout. Cela m'encourage et, le 15 de cç