XXXVIII INTRODUCTION
mois, la chose paraîtra dans la Revue. Je n'ai fait que quelques changements outre les noms et j'aurais voulu en faire beaucoup d'autres, mais le courage m'a manqué. Vous me direz ce que vous en pensez. »
Avec la même indulgence ironique à l'égard de luimême, il répète, le 12 septembre 1869, au comte de Gobineau :
« Comme je commence à entrer dans la seconde enfance, je me suis laissé aller à commettre une nouvelle un peu hasardée. Cela s'appelle Lokis et cela paraîtra dans la prochaine Revue. Je crains qu'elle ne vous fasse dresser les cheveux sur la tête, mais c'est vous qui y chercherez malice ' . »
La nouvelle parut dans la Revue des Deux Mondes le 15 septembre. Seule la princesse Julie se montra curieuse et demanda des explications. C'est à elle, en effet, que Mérimée fait allusion lorsqu'il écrit le 10 octobre [1869] à Tourgueniev :
« Je m'étais laissé embobeliner par Buloz, et je ne lui ai pas plutôt livré mon ours que la peur m'a pris. Heureusement personne n'y a rien vu d'immoral. Une princesse m'a écrit pour me demander si cet ours n'avait pas abusé de sa position : j'ai répondu en m'étonnant que pareille idée lui fût venue en tête, et je l'ai renvoyée à Cuvier. Veuillez remercier M. Schmidt, que je ne connais pas, mais qui doit avoir le goût excellent. >>
Mérimée avait en effet répondu à la princesse, un samedi soir :
«... Vous soulevez une question fort grave et que je n'ai jamais osé discuter. L'ours est mort sans faire de révélations. Les regards, les peurs et les envies expliquent