INTRODUCTION V
un culte pour Bayle, dont il était la seule ressource pendant son exil à Civita-Vecchia. »
Plus tard encore, Mérimée parle de Rome dans une lettre à l'Autre Inconnue, datée du 12 décembre 1867 :
«... Que faites-vous à Rome quand vos fonctions de sœur de charité vous donnent quelque loisir? Y a-t-il beaucoup d'étrangers, et qu'y font-ils? Je voudrais savoir tout cela. Je connais la rue que vous habitez et j'y ai demeuré il y a bien longtemps. Je vous y vois par les yeux de l'esprit, et j'aimerais bien à m'y retrouver avec vous et à errer par les rues de Rome, où on trouve à chaque instant quelque chose qui intéresse et sur quoi on aimerait à échanger des idées. Malheureusement, je n'ai plus d'espoir de voyage à présent. »
On peut dire que, jusqu'à la fin de sa vie, Mérimée garda la nostalgie de cette ville où il a placé l'action de // Viccolo.
S'il a, pour son décor, utilisé des souvenirs de voyage, il s'est inspiré, pour l'ambiance du sujet, des auteurs fantastiques qui l'ont précédé et, en particulier, d'Ann Radclifie. Après nous avoir longtemps tenus dans l'angoisse, Mérimée, comme Ann Radcliffe, nous donne une explication simple et naturelle des événements. C'est l'école du supernatural explained.
D'ailleurs, Mérimée lui-même, dans la Guzla, dans la Vision de Charles XI, dans la Chronique du règne de Charles IX et surtout dans la Vénus d'Ille, avait traité des sujets voisins. Dans cette dernière nouvelle, pourtant, remarquons-le, aucune explication rationnelle n'intervenait et le lecteur restait sous l'impression du merveilleux.