VI INTRODUCTION
Mais c'est surtout à Nodier que Mérimée est redevable. Son conte, il faut le dire, ressemble étrangement à Inès de las Sierras. C'est peut-être pour cette raison qu'il ne le publia pas. Il avait déjà, à propos de la Guzla, eu maille à partir avec Nodier qui se plaignait d'avoir été pillé*.
Voici l'anecdote contée par Nodier. Au temps de l'occupation, trois officiers français voyagent en Espagne. La veille de Noël, ne trouvant pas à se loger dans une auberge, ils se dirigent vers un château en ruines. En chemin, on leur raconte que, chaque veille de Noël, le château est visité par le spectre d'Inès de las Sierras qui fut jadis tuée par son mari d'un coup de poignard. Ceci n'empêche point nos trois officiers de réveillonner dans le château. Mais voici qu'apparaît une femme qui répond au nom d'Inès, qui ressemble à un vieux portrait qu'ils ont vu tout à l'heure dans une des salles et qui porte la trace d'un coup de poignard à l'endroit précis voulu par la légende. L'apparition, après avoir chanté et dansé, s'évanouit.
Puis, dans une seconde partie du conte, Nodier se donne beaucoup de peine pour nous expliquer cette apparition de façon naturelle. Cette Inès de las Sierras qui a surgi, c'est bien une créature de chair, descendant de l'ancienne Inès et portant le même prénom. Blessée et abandonnée par son amant, ayant perdu la raison, elle était venue se réfugier dans le château.
1. Cf. Yovanovitch, la Guzla de Prosper Mérimée. — De plus, lorsqu'il avait remplacé Nodier à rAcadémie française, l'éloge qu'il avait fait de son prédécesseur avait paru terne et volontairement insuffisant. Mérimée n'aimait pas Nodier : tout opposait les deux écrivains.