‹ [Œuvres complètes] (volume 5)Chapitre 6 sur 71 · INTRODUCTION VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VII

La ressemblance est évidente avec le récit de Mérimée : une créature vivante, apparaissant dans un lieu abandonné et supposé hanté, est prise pour un fantôme. Mais la supériorité de Mérimée n'est pas douteuse. Le récit de Nodier est composé lourdement et maladroitement. C'est d'abord la légende, puis l'apparition, et enfin la laborieuse explication, qui dure pendant des pages, qui oblige Xodier à remonter au déluge et nous fait oublier le gracieux et troublant fantôme.

Mérimée est beaucoup plus adroit. L'explication naturelle, il la prépare dès le début et sans avoir l'air d'y toucher : don Ottavio et le conteur se ressemblent, puisqu'ils sont tous deux fils du même père. Ensuite, la légende est intercalée dans le récit; elle n'est contée qu'après la première apparition, laquelle d'ailleurs dure une seconde et non pas une nuit. A la fin du conte, il suffira à Mérimée de quelques mots pour satisfaire notre raison.

Nodier, sentimental et romanesque, s'est enfoncé lourdement dans cette histoire de revenants. Il faut beaucoup de bonne volonté pour accepter la ressemblance entre les deux Inès et surtout l'identité de leurs deux blessures. Mérimée, sceptique et léger, donne à l'aventure un tour piquant. La ressemblance entre les deux héros est traitée plaisamment. La laborieuse mise en scène que Nodier a dû prendre à son compte et qui nuit à l'émotion, Mérimée en a fait la ruse de deux amants pressés de se rencontrer, et a ainsi accru notre plaisir devant cette machination ingénieuse.

Si vraiment c'est la crainte de rivaliser avec Nodier qui a empêché Mérimée de publier sa nouvelle, il a eu

Page 1