XL INTRODUCTION
ennuyeux. Cette manière de noyer un fait historique dans un océan de détails insignifiants est, dans son genre, aussi ennuyeuse que la manière d'éparpiller des mots dans un alexandrin vide d'idées'. La manière de Shakespeare, comme celle de Racine, ne sont ni bonnes ni mauvaises en elles-mêmes; c'est le talent de l'auteur qui la fait valoir, et il y a longtemps que l'on a observé que la Phèdre de Pradon est mieux conçue que celle de Racine ; mais, comme disait Courier, dans les lettres, dans les arts, le goût est tout. C'est ce qui fait faire, c'est ce qui soutient les bons ouvrages. L'ennui et l'impatience nous ont empêché de continuer la lecture de la pièce. Je tairai le nom de l'auteur^. » Ainsi Vitet ne trouve pas grâce devant ses juges. — Le 4 mars, Charles Rémusat lit chez Delécluze un « drame », la Féodalité. « J'ai été continuellement amusé, écrit Delécluze le 6 mars, mon esprit a toujours été occupé, mais rien ne m'a touché le cœur, rien ne m'a laissé d'impression profonde et durable'. » Et le même reproche revient toujours sous sa plume. « En France, on fait des pièces de théâtre, qui ne sont bonnes que pour la lecture*. » Il ajoute pour corroborer
1. On est surpris de voir avec quelle sévérité injuste Delécluze parle des admirables scènes historiques de Vitet.
2. On peut voir comment Delécluze a resserré ce passage dans les Souvenirs de soixante années, Paris, M. Lévy, in-12, 1862, p. 319.
3. Ici encore le Journal est resserré dans les Souvenirs de soixante années, p. 271 ; Delécluze emploie d'ailleurs les mêmes termes.
4. Il reconnaît que « c'est le cas de plusieurs pièces de Shakespeare et d'une bonne partie de celles composées par Schiller et Goethe ». Mais il fait remarquer que, s'il condamne les drames à lire, ce n'est pas comme ouvrages littéraires (leurs mérites sont grands), c'est comme ouvrages dramatiques.