INTRODUCTION XLVII
également de nos écrivains du xviii'^ siècle. Enfin, il se peut que, pour écrire le Carrosse du Saint-Sacrement, Mérimée ait utilisé quelque histoire du Pérou, et les pièces de Galderon, et les nouvelles de Cervantes à nouveau; mais il imite surtout deux écrivains français, deux grands maîtres, Molière et Lesage. L'étude des textes prouve ainsi que Mérimée, frais émoulu du collège, est hanté par l'exemple de ceux qui, à la scène ou dans un roman, surent créer des types et faire vivre des personnages; on découvre chez lui beaucoup plus de souvenirs classiques que de réminiscences espagnoles : le Misanthrope, V Avare, Tartuffe, le Bourgeois gentilhomme et Gil Blas ont été ses premiers modèles.
Que conclure? D'abord Mérimée, dans le Théâtre de Clara Gazui, imite aussi volontiers les écrivains français ou les écrivains anglais que les écrivains espagnols : à l'heure où le romantisme revendique si généreusement, et si étourdiment, les modèles étrangers, c'est là sa marque et son élégance. Ensuite, il se plaît aux contrastes les plus inattendus, aux sociétés les plus étranges : Lewis, chez lui, voisine avec Alarcon, Ali-bey avec Sepulveda. On s'étonne, parfois on s'inquiète : tant d'érudition est-elle de bonne source? telle référence est-elle exacte? telle note n'est-elle pas fausse à dessein? Un peu de méfiance naît à la longue et avertit le chercheur trop patient qu'il convient de ne pas tout prendre au sérieux, de ne pas vouloir élucider, coûte que coûte, un texte où la fantaisie se mêle agréablement à la réalité. Le grand mérite du Théâtre de Clara Gazul est de nous montrer comment, en 1825, procèdent les jeunes romantiques : l'érudition, dont ils aiment à se parer, ne les gène pas