‹ [Œuvres complètes]Chapitre 44 sur 135 · Jeune preiuier · texte numérisé non relu

Jeune preiuier

tiques avec tant de grâce, qu'elle fit tourner la tête aux scnnies eux-mêmes. Tous les officiers du corps de Quiroga en avaient fait la dame de leurs pensées. Deux jeunes officiers du bataillon d'Amérique se prirent de querelle à son sujet. Elle avait donné à l'un d'eux une cocarde de rubans verts faite de ses propres mains, et l'autre, disait-on, avait voulu l'enlever à son camarade. Les deux rivaux sortirent pour se battre. Clara l'apprit, et se rendit aussitôt sur le champ de bataille. On n'a jamais su de quel moyen elle s'est servie* pour calmer leur fureur. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle rentra le soir dans Cadiz, donnant le bras aux deux militaires réconciliés, qu'elle les mena souper chez elle, et que jamais querelle ne vint troubler depuis* leur amitié.

Sa réputation littéraire commença par la petite pièce intitulée Une femme est un diable. Le public ignorait complètement le sujet de la comédie, et l'on peut juger de la surprise d'un parterre espagnol qui voyait pour la première fois sur les planches des inquisiteurs en grand costume. Cette bluette eut un succès fou ; c'étaient des écoliers qui voyaient fesser leur régent.

Cependant les cagots qui commençaient à se rallier crièrent au scandale. Trois ou quatre duchesses ou marquises, désespérées de voir leurs salons désertés pour celui de dona Clara, obligèrent leurs maris à faire des plaintes au gouvernement. Mais Clara avait aussi des protections puissantes. La comédie fut conservée* et l'on se contenta d'y ajouter, pour la morale, le prologue que nous donnons en

tète de la traduction. Clara se proposait de faire représenter la seconde partie d'UNE femme est un diable; mais son confesseur, aumônier du régiment de la Constitution, en fut tellement choqué, qu'il obtint d'elle que ce petit ouvrage serait jeté au feu.

Depuis ce moment sa réputation ne fit qu'augmenter, et ses comédies se succédèrent rapidement jusqu'à sa fuite en Angleterre, lors de la Restauration*. Cependant comme elles n'ont été imprimées qu'en 1822, et qu'elles ne furent jouées qu'assez tard sur le théâtre de Madrid, on n'en connaissait presque rien à Paris, où depuis quelque temps* on semble rechercher les ouvrages étrangers.

On avait fait à Cadix une édition de ses œuvres* complètes en deux volumes petit in-quarto; mais, aussitôt après la déconfiture des constitutionnels, les juntes royalistes se hâtèrent de la mettre à l'index. Aussi l'original est-il extrêmement rare. La traduction que nous donnons aujourd'hui peut être considérée comme très fidèle, ayant été faite en Angleterre sous les yeux de dona Clara, quia même eu la bonté de me donner une de ses pièces inédites pour joindre à son recueil. C'est la dernière du volume*, LE Ciel et l'Enfeh, qui n'a été représentée qii'à Londres et sur un théâtre de société*.

Joseph L'ESTRANGE.

LES

ESPAGNOLS EN DANEMÂRCK

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