AVERTISSEMENT
« Le marquis de La Romana, général espagnol, naquit dans l'île de Majorque, d'une famille illustre, et était neveu du célèbre général Ventura Caro.
« Son éducation fut très soignée. Il possédait plusieurs langues, et montrait pour les sciences une passion et une aptitude dont les armes changèrent bientôt la direction. Il fit, avec son oncle, la campagne de 1793 contre les Français, et se distingua dans plusieurs occasions, entre autres à la défense du poste de Biriatori; plus tard il fut blessé. En 1795, il concourut à la défense de la Catalogne. La paix lui permettant de voyager, il vint d'abord en France, et parcourut ensuite les principales villes
de l'Europe.
« En 1807, l'empereur Napoléon ayant obtenu du roi Charles IV 15,000 hommes pour seconder dans
le Nord les opérations de son armée, le marquis de La Romana en prit le commandement. Aussitôt après l'arrivée* de ces troupes à leur destination, plusieurs corps entrèrent en ligne, et rendirent d'importans services. La cavalerie .surtout eut des engagemens très-brillans avec l'ennemi.
« Le marquis de La Romana était encore sous les drapeaux français dans l'île do Fionie, lorsqu'il apprit les événemens de Madrid du 2 juin 1808*, et, en même temps, que les projets de Napoléon sur le trône d'Espagne avaient cessé d'être un mystère. Le marquis de La Romana résolut de rentrer dans sa patrie, et de se réunir aux défenseurs de l'indépendance nationale; mais il fallait négocier avec les envoyés espagnols à Londres et avec le gouvernement anglais à l'insu du prince de Ponte-Corvo, aujourd'hui roi de Suède, commandant en chef de l'armée française. Il y parvint au moyen du capitaine de vaisseau don Rafaël Lobo, qui faisait partie de l'escadre anglaise dans la Baltique*, et il fit embarquer secrètement toutes ses troupes, ne laissant (jue quehjues centaines d'hommes en Zeeland et en Jutland, lesquels furent bientôt entourés et désarmés par les troupes danoises.
« De retour en Espagne, le marquis de La Romana se joignit aux insurgés. Ses talons et son courage no purent évitera son parti do nombreuses défaites. Celle d'Espinosa fut des plus désastreuses. Néanmoins il ne perdit pas courage. Vers la fin de
1808*, il rallia les corps dispersés dans le royaume de Léon, et en forma Varmêe de gauche. Au commencement de 1809, il eut une affaire très vive avec un des corps français qui poursuivaient l'armée anglaise, alors en pleine retraite. Il disputa le terrain avec la plus grande valeur*, mais il perdit ses meilleures troupes. Les Anglais enfin parvinrent à se rembarquer ; le marquis de La Romana se replia sur la province d'Orense, où il prit position, ce qui lui permit d'entraver les opérations de l'armée française en la harcelant journellement dans sa marche. C'est en suivant ce système qu'i^ s'empara de Villa- Franca et passa dans les Asturies, où il continua le même genre d'attaques. La province de Valence le nomma membre de la junte de Séville. Il quitta alors son commandement militaire, et se rendit à sa nouvelle destination. Son expérience et ses lumières furent justement appréciées par ses collègues, et il contribua puissamment à toutes les mesures importantes qui furent prises à cette époque. En 1810, par suite de l'entrée des Français en Andalousie et du départ de Séville de la junte *, il alla prendre le commandement de l'armée stationnée sur les bords de la Guadiana, puis fit sa jonction avec le duc de Wellington, lorsque ce général se retira dans les lignes de Torres-Vedras.
« La Romana défendit ensuite avec le général Hill* la rive gauche du Tage, dont le maréchal Masséna, malgré ses habiles manœuvres, ne put
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s'emparer. Sa santé s'était beaucoup affaiblie par les fatigues de la guerre, et il mourut à Cartaxo, en Portugal, le 28 janvier 1811.
« Ses compatriotes et les Français eux-mêmes rendaient justice à sa bravoure, à ses talcns et à sa loyauté. Les premiers l'ont placé au rang de leurs généraux modernes les plus distingués. »
(Biographie nouvelle des Contemporains.)
PROLOGITE