SCÈNE IV La chambre à coneher de Don Juan Diaz
Entre madame de Coiilangcs*.
Il est encore avec le général.. Je tremble en mettant le pied dans cette chambre... Voilà la première bonne action que je fais, et je tremble!... Il me semble le voir partout... (Eiiejeiie le» yeux sur la table. i Une
lettre commencée. .. Il écrit peut-être à une amante qu'il a laissée en Espagne... et quand il sera de retour auprès d'elle, jamais il n'écrira un mot à la pauvre Elisa!... Voici son cachet; il est chargé d'armoiries... et mon nom est si obscur!... Un cygne, et pour devise : « Sans tache... » Il ne démentira pas sa devise!... Un portrait de femme, c'est sans doute sa mère...
Knlrc Don Juan.
n. .irAX à part. QucUc agréable surprise! On a donc juré de m'empêcher de dormir?
MADAME DE COULANTES sans le voir. Ce SOnt IcS mêmCS
traits, mais sa figure n'a pas l'expression dédaigneuse de cette bouche.
I). JUAX a part. Quc diable fait-elle?
MADAME DE COULANTES l'apercevant. Ah!
n. JUAN à genoux. Vous voycz à VOS gcnoux le plus enflammé de tous les amans, charmante Eliza*, laissez-moi vous prouver...
MADAME DE couLANGES à part. Jamais je u'aurai le courage...
D. JUAX. ... Toute la passion que vous avez allumée dans mon cœur... Fermons cette porte, et...
MADAME DE COULANGES le repoussant. ScigUCUr Don Juan,
il est bien temps de parler d'amour, quand le couteau est suspendu sur votre tête...
D. JUAN. Mais vous êtes dans mes bras...
MADAME DK COULANGES de même. LaisSCZ- moi , VOUS
dis-je; écoutez-moi.
D. JUAN. Qu'avez-vous, madame?... Vous semblez bien agitée.
MADAME DE COULANGES. ToUS VOS projetS SOnt COIÎ-
nus. C'en est fait de vous et de votre général.
D. JUAN à pari. Ciel ! — (Haut.) Quels projets?... je ne sais, en vérité, ce que vous voulez dire.
MADAME DE COULANGES. Vous correspoudez avec les Anglais; vous venez vous-même d'avoir une conférence avec eux sur ce vaisseau qui croise en vue de nos fenêtres. Le général a fait des signaux, ils ont été observés... on a les yeux sur vous... vos ennemis vous entourent... c'est à vous de faire vos efforts pour leur échapper.
D. JUAN. Mais... en vérité, madame, je suis désespéré de ma méprise... j'ai lieu de rougir...
MADAME DE COULANGES. VoUS u'aVCZ paS HcU dc
rougir devant moi... Prenez garde à vous, et disposez de moi, si je puis vous être utile.
D. JUAN. Vous savez tout... Que nous vous devons de reconnaissance! Comment pourrons-nous jamais?...
MADAME DE COULANGES. Parlez, avez-vous besoin de moi?
D. JUAN. Ah! faites-nous connaître celui qui nous épie : il ne vivra pas long-temps.
MADAME DE COULANGES. Mousicur!... je uc sais comment*...
D. JUAN. Achevez votre ouvrage : sauvez-nous; assurez notre juste vengeance. Ah! madame, daignez parler.
MADAME DE COULANGES. Mais... je Il'ose...
D. JUAN. Ne craignez rien, madame. Ne suis-je pas là pour vous défendre?... 0 ciel ! si vous consentiez à me confier...
MADAME DE COULANGES. Je crois... que ce peut être...
D. JUAN. Le Résident français? Je cours lui brûler la cervelle.
MADAME DE COULANGES. Nou , uou ! . . . Je vcillais... j'étais à mon balcon, et...
D. JUAN. Votre mère nous a rencontrés, mais...
MADAME DE COULANGES. Oh! cc u'est point elle qui vous trahira; elle vous a pris pour des contrebandiers... Mais il y avait des hommes cachés... ils ont tout vu; je les ai observés.
D. JUAN. Ils sont donc envoyés par le Résident? Vive Dieu !
MADAME DE COULANGKS. Il CSt si bêtC... qUC VOUS
n'avez rien à craindre de lui... Enfin, réfléchissez, et arrangez-vous comme vous voudrez... Comptez sur moi, si je puis vous être utile... Adieu, kiic son. D. JUAN. Arrêtez, ange sauveur!... Mais elle s'est enfuie... Nous voilà dans une jolie position! Allons avertir le marquis.
FIN DE LA DEUXIÈME JOUIINÉë