‹ [Œuvres complètes]Chapitre 56 sur 135 · F110SI>£K MÉRIMÉE · texte numérisé non relu

F110SI>£K MÉRIMÉE

curiosité naturelle à mon sexe m'a fait prêter l'oreille, il faut 1 avouer, et, la cloison étant fort mince, j'ai tout entendu. Savez-vous ce qu'il disait? Il complotait*, monsieur Juan Diaz, avec un jeune homme, étourdi comme vous; il complotait d'inviter* le général à diner pour l'assassiner ou se rendre maîtres* de sa personne, en attendant que les régimens français qui sont en marche puissent arriver ici, et vous exterminer tous tant que vous êtes d'Espagnols dans cette île.

D. JUAN. Ciel*!... Le Résident!

MADAME DE TOURViLLE. Le petit jeune homme* qui était avec lui avait l'air de ne pas y consentir; il lui a remontré* combien sa conduite était affreuse... mais ce coquin de Résident l'a menacé de le faire fusiller, et il a bien été obligé d'y consentir, quoique malgré lui, j'en suis sûre.

D. JUAN. Il ne manquait plus que ce malheur*!

MADAMi: DK TOURviLLE*. Vous ne lui ferez pas de mal, n'est-ce pas, à ce petit jeune homme?... Quant au Résident, c'est un vieux scélérat bien taré, et qui est digne de tout votre courroux.

D. JUAN. Je vais chez le marquis de La Romana, veuillez m'y accompagner*.

MADAME DE TOURViLLB. Au moius ne mauquez pas le Résident. Je suis encore tout émue de son infâme trahison... il faut le faire fusiller tout de suite, sans l'écouter... Pour l'autre...

D. JUAN. Son affaire est claire.

LES ESPAGNOLS KN DANEMAUCK 127

MADAME DE TOLUVILLE. VoUS m'uveZ piOnÛs dc lui

faire grâce... Mais écoutez, bon jeune homme... écoutez, mon enfant...

D. JUAN. Ah! ma bonne mère!

MADAME DE TOUKViLLE. Je vais VOUS amener ma fille, et, pendant que vous ferez votre paix avec elle, je m'en vais instruire de tout votre général ; de cette fa von, nous ferons d'une pierre deux coups.

D. JLAN. Allez vite auprès d'elle. Je reviens dans un instant*.

MADAME DE TOURViLLK. Nou, restez. Je vous l'amène dans un instant*. — Elle est d'une innocence, cette pauvre Élisa!... Ma foi, entre nous, je ne sais si son premier mari a été son mari... c'était un vieux peuard*.

D. JUAN. Entrez vite.

MADAME DE TOURViLLE. Une cmbuscade. Ne dites mot. Rangez-vous du côté de la porte. (Kiie frappe.) C est moi, c'est ta mère; ouvre, Elisa. Kiie entre*.

D. JUAN seul. Jc uc sais si c'est le bon Dieu ou le diable qui mène nos affaires, mais ma tête se fend*! Je n'y puis plus tenir. Jamais je ne fus misa pareille épreuve. Écoutons... sa mère semble la presser..., elle résiste.

MADAME DE TOURVILLE. Au secours, coloucl ! à moi î

D. Juan etilr« dans l'apparlemenl. et en wrl l.ienl6l entraînant tnadanie Ue *>)ulanf!re8 ; madame de Tourville.

D. JUAN. Oh ! vous ne m'échapperez plus. Vous êtes à moi pour la vie, votre mère y consent.

MADAME UK TOL'MviLLE. Ah! cc tendre spectacle m'arrache des larmes de joie. Allez, mes enfants, aimez-vous, soyez heureux, c'est votre mère qui vous bénit. (Has 4 Don Juan. I Je vais chez votre général. Kiie »ort.

I). JUAN. Au nom du ciel, regardez-moi, Elisa?Que vous ai-je fait? Est-ce que vous ne m'aimez plus?... Donnez-moi votre main... Ah! vous avez beau faire,

vous prendrez cet anneau. (ll s'efforce de lui maître un anneau au doigt.) Maintenant il n'y a plus à s'en dédire, vous avez mon anneau. Hommage à la marquise de***.

.MADAME DE COULANGES. VoUS VOulcZ doUC tOUt Sa-

voir? — Laissez-moi; reprenez cet anneau, et gardez-le pour une marquise. Savez-vous, Don Juan, cc ([ue je suis venue faire ici? On me donne six mille francs par an pour surprendre vos secrets. Que vous en semble, Don Juan?

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