‹ [Œuvres complètes]Chapitre 64 sur 135 · SCÈNE III Une chambre du palais de l'Inquisition · texte numérisé non relu

SCÈNE III Une chambre du palais de l'Inquisition

MARIQUITA seule, asHise sur le pied de son lit.

Pauvre Marie, où es-tu? que deviendras-tu? Mari- (juita la folle à l'incjuisition ! cela me ferait rire... La pauvre folle sera pourtant biûlée... Oh! cela fait frissonner!... cela fait tant de mal de se brûler à la

chandelle, et tout son corps dans la flamme! (Pieunni.» Là! ils veulent me brûler, moi qui suis si bonne catholique ! moi qui n'ai pas voulu épouser le caporal Hardy, seulement parce qu'il était hérétique; et c'était un si bel homme, près de neuf pouces*! et puis si je l'avais suivi en Angleterre, le capitaine O'Trigger l'aurait fait sergent, comme il me l'avait promis*, et moi j'aurais été cantinière... Ah! que j'ai été bête ! — Damn thkih eyes, comme ils disaient, au diable ces cafards ! Ce sont tous des libertins. Il n'y en a pas comme les moines pour peupler les Enfans-Trouvés*. Peut-être que ces deux gros joufflus qui m'ont dit de belles paroles empêcheront le grand maigre de me mettre au feu ! brrrr ! ne pensons plus à cela. Le mal vient assez vite. Bah ! vive la joie ! chantons, pour nous distraire, cette chanson qu'ils prennent pour de l'hébreu. Elle chante*'.

« Us mirent Grain-d'orge sur le carreau pendant « qu'ils lui préparaient de nouveaux tourmens; et, « sitôt qu'il donnait signe de vie, ils le secouaient « et le retournaient.

« Puis', sur une flamme dévorante, ils desséchèrent « la moelle de ses os... » Hélas ! pauvre Grain-d'orge ! comme il devait souffrir! et c'est comme cela que je souffrirai, moi. Hélas! faut-il que je sois brûlée!

ANTONIO enirant. En cc moudc — et daus l'autre.

MAKiQUiTA 8'éioiernaDt avec ciïroi. Ha! déjà! quoi, déjà!

ANTONIO. Maria!

MAKiQuiTA deoi«me. Seulement un quart d'heure encore !

ANTONIO. Maria... je suis à toi... tout à toi... je ne suis plus l'inquisiteur... je suis Antonio... je veux être...

MARiQuiTA de même. Mou bourreau ! VOUS êtes mon bourreau!

ANTONIO. Non, non... pas ton bourreau... tonami... nous ne serons qu'un corps et qu'une âme... Soyons comme Adam et Eve.

MARiQuiTA Bapprochani. Comment, mon père, vous, mon amant!

ANTONIO. Amant, amant! oui, ton amant! aimonsnous toujours.

MARiQuiTA. Faites-moi sortir d'ici*.

ANTONIO. Oui, mais aime-moi d'abord.

MARiQL'iTA. Nous auious Ic tcmps ensuite. Sauvôns-nous, c'est le plus pressé.

ANTONIO avec délire. Mariquita, vois-tu, j'abjure mes vœux ; je ne suis plus prêtre, je veux être ton amant. . . ton mari, ton amant. Nous allons nous sauver ensemble dans les déserts... nous mangerons des fruits sauvages ensemble* comme les ermites...

MARIQUITA. Bah! il vaudrait mieux tâcher d'aller à Cadiz. Il y a toujours des vaisseaux pour l'Angleterre. C'est un bon pays. On dit que les prêtres y sont mariés. Il n'y a pas d'inquisition. Le capitaine O'Trigger...

ANTONIO. Cesse, mon épouse, ne parle pas de ces capitaines anglais... je n'aime pas à t'entendre parler d'eux.

MAitiQuiTA. Déjà jaloux? — Partons vile.

ANTONIO. Tout à l'heure. Mais montre-moi que tu m'aimes auparavant.

MARiQuiTA. Eh bien! vite. — Vous êtes bien innocent!...

ANTONIO. Innocent! innocent! moi le plus grand pécheur! un réprouvé! un damné! un damné! mais je t'aime, et je renonce au paradis pour contempler tes yeux.

MARiQuiTA. Partons, partons, et puis nous ferons l'amour ensuite, comme deux tourtereaux. Tiens.

(Elle l'embrasse.)

ANTONIO criant. Qu'cst-cc quc l'enfer quand on est heureux comme moi!

UAFARL cnlranl et se signant. VivC JésUS ! QuC Vois-jc?

ANTONIO. Rafaël !

UAFAi'L. Scélérat! c'est donc ainsi que tu profanes la croix que tu portes?

ANTONIO. Seigneur Kafael, je ne suis plus prêtre, je suis l'époux de Mariquita... Bénissez notre mariage... mariez-nous, m se met ù genoux.)

RAFAËL. La malédiction de Dieu sur ta tête!

ANTONIO le prenant au follet. Mai'ie-moi, OU jC te tUC ! (lU

luttent quelque temps. Antonio renverse Kafael; celui-ci tire un poignard. I

MARiQuiTA. Prends garde à toi, l'innocent!

ANTONIO lui arrache le poigfnard. TicDS, maudit ! lU le frappe.)

KAFAKL. Ma ! ... je suis mort ! et le diable m'attend ! . . . Antonio, tu es plus fin que moi... Qui l'eût dit!... Va, je te pardonne pour la ruse, et puis... parce que

je ne puis pas... me venger... Adieu... je vais commander la chaudière... En attendant... jouis de ton reste... Domingo... je l'ai enfermé... j'ai écarté les surveillans... mais tu m'as prévenu... Tu n'es pas si bête... que je l'avais...

ANTONIO altéré*. Tu Ile dis pas tcs pi'ières ?

RAFAEi. riant. Mes prièrcs!... ha ha ha!... m'y voilà.

(Il meurt.)

MAïuQuiTA. Je vais prendre sa robe, et nous partirons* sans être reconnus.

ANTONIO. En une heure, je suis devenu fornicateur, parjure, assassin.

MARiQi:iTA. En voyant cette fin tragique, vous direz, je crois, avec nous qu'uNE Femme est un Diakle.

ANTONIO. C'est ainsi que finit la première partie de La Tentation de saint Antoine. Excusez les fautes de l'auteur.

NOTES

1. Clara Gazul affecte de se servir du mol comédie, comedia, employé par les anciens poëtes espagnols pour exprimer tout ouvrage dramatique, ou bouffon ou sérieux.

2*. Un oflBcier du 42* régiment (anglais), qui jouait avec moi, m'apprit cette chanson, que je traduisis en espagnol, et sur laquelle je fis un air de ma façon. J'avais alors 13 ans (1812). C. G.

JOHN BARLEYCORN*,

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