‹ [Œuvres complètes]Chapitre 63 sur 135 · SCÈNE II La cellule d'Antonio. On y voit une mndonc peinte · texte numérisé non relu

SCÈNE II La cellule d'Antonio. On y voit une mndonc peinte

ANTONIO seul, se promenant à grands pas.

C'en est fait!... tout est fini.... je suis perdu... damné!... J'aurais forniqué avec elle que je ne serais pas plus réprouvé!... .le ne puis plus prier. — D'ailleurs à quoi bon... maintenant?... Je ne prierai plus! Je suis damné... tant mieux! mais on attendant... Maria, Mariquita! je ne veux plus penser qu'à toi! je veux que nos deux âmes n'en fassent qu'une! (Une pause.) — Eh quoi! je sacrifierais mon salut éternel à une femme, peut-être à un ange déchu, au tentateur?... Trente années de prières, de mortifications seront perdues!... Si j'avais vécu dans le monde... je n'en serais pas moins damné*... j'ai mené une vie misérable... pour être damné!... (Une pause.) Je la vois

toujours. (Il met la main devant ses yeux. Une pause. Il s'agenouille devant

la .Madone.i Sainte mère de Dieu, prends pitié de moi!.., je suis... un... C'est elle-même, trait pour trait... ses

yeux noirs!... O Mariquita! ill fait un mouvement pour saisir le tableau. — Reculant avec effroi.) DicU ! tCS yCUX laUCCnt dcS

éclairs. Tu me reproches mon sacrilège!... irai-je?... Non, tu ne seras point témoin de mon péché. Va!

(Il retourne le tableau contre la muraille. Pause.)

Si, rendu au monde, abjurant mes vœux... Mais pourquoi entretenir de semblables pensées? Je quitterai cet habit, oui; je le profane! mais c'est à la

Trappe que j'irai... on y meurt vite, dit-on, c'est ce qu'il me faut!... Je mourrai en prononçant son nom. Mais pourquoi mourir?... pourquoi m'imposer une si rude pénitence? Qu'ai-je fait, après tout? Ne sommes-nous pas assez malheureux ici-bas, sans que la haire et la discipline ajoutent encore à nos souffrances?... Ne puis-je donc?... il y a eu des saints qui avaient des épouses, des enfans... Je veux me marier, avoir des enfans, être un bon père de famille. Tu as menti, Satan, ce n'est pas pour cela que tu m'emporteras! J'élèverai une famille pieuse, et cela sera aussi agréable à Dieu que la fumée de nos bûchers... Insensé, n'ai-je pas juré de renoncer au monde? Dieu lui-même n'a-t-il pas reçu mes vœux*? et son enfer n'est-il pas brûlant pour les parjures? (Une pau»e.) Je suis déjà trop coupable!... Plus de salut pour moi... Ma piété, un seul coup d'œil de cette femme l'a déracinée... je n'ai plus la force de me retenir au bord du gouffre... eh bien! je m'y veux élancer !... Enfer, ouvre-toi!... iii sort en courant, i

Page 1