‹ [Œuvres complètes]Chapitre 68 sur 135 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MENDO, LE CURÉ.

MBNDO. Quand j'entends parler d'un vol ou d'un assassinat, je ne puis m'empêcher de pâlir, comme si j'étais le coupable. Jusqu'ici mes mains sont pures de sang... mais un jour si...

LE CL'RÉ. Grâce au ciel, ce village est peuplé d'hommes simples et bons. Il y a plus de dix ans que l'on n'a entendu parler d'un crime commis dans Monclar.

MENDO. N'importe ; cette horrible idée se présente sans cesse à mon esprit. Toutes les nuits, le même rêve me réveille en sursaut. Je me vois au milieu de la place du marché, à mes pieds est un jeune homme, les yeux bandés, les mains jointes, en prière. L'alcade me présente la hache et me dit : Frappe!...

LE CLHÉ. Ija prière, Mendo, te délivrera de ces visions. Quand j'entrai dans les ordres, je voyais la nuit, dans mes rêves, l'image de ma cousine (jui me disait de jeter mon froc, et de m'enfuir avec elle en Amérique. Le jeûne et la prière ont éloigné de moi pour toujours ces fantômes incommodes.

MENOO. Ah! toujours ils m'assiégeront!

LE cunÉ. Pense, Mendo, que tu pourrais encore être plus malheureux dans ce monde*. Un inquisiteur, qui condamne un homme sur des preuves assez faibles, crois-tu qu'il soit plus tranquille que toi .* Un juge, qui vient de signer la sentence de mort, croistu que sa conscience le laisse en repos? Et cependant, il n'a rien négligé* pour s'instruire. — Mais il est si difficile de reconnaître la vérité!... Quel autre que Dieu peut se vanter de connaître un coupable? L'opinion des hommes te tourmente... mais, vivant loin des hommes, tu es peu connu d'eux. Peu d'habitans de ce village sont assez vieux* pour avoir connu la profession de ton père...

MENDO. Oh! monsieur le curé! mon père!

LE CURÉ. L'alcade et moi savons seuls, je pense, qu'une loi injuste te force à prendre le métier de ton père. Mais, quand même on eût imprimé sur ton front le signe d'une profession que les hommes ont déclarée infâme, alors même, Mendo, tu devrais offrir tes souffrances à Dieu, glorifier son nom, et attendre patiemment qu'il daignât* te retirer à lui. Excommunié maintenant sur cette terre, un jour tu seras associé aux élus. — Tu ne crains pas les distinctions* de rang dans le ciel?

MENDO. C'est mon unique consolation*!

LE cuHÉ. Tu n'as pas de fils, ainsi tu ne laisseras pas de malheureux après toi. Tu dois encore en remercier le ciel.

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