SCÈNE II Le château de Mendoza
INÈS, MENDO.
MENuo. Il est obligé de se cacher à cause de cette mauvaise affaire... mais dans quelque temps, lorsque la justice sera appaisée*, il reviendra.
INÈS. Mais pourquoi ne pas écrire? J'aurais déjà pu recevoir trois fois de ses nouvelles.
MENDO. Hum!
INÈS. Je ne le vois que trop, vous ne me dites pas ce que vous pensez. Esteban est mort ou infidèle. Plût à Dieu qu'il fût infidèle!
266 PHOSPEU MÉRIMÉE
MKNDO il i>Bri. Oui, cHi' jc pouiiais tc vcngcr.
INÈS. Que dites-vous?
MENDO. J'espère qu'il est vivant et qu'il t'aime toujours... mais plus d'une raison...
INÈS. Sainte Vierge ! n'est-ce pas Pedro que j'aperçois?
PEDRO entrant. Madame, je vous baise les pieds.
INÈS. Pedro. . . qu'as-tu fait de mon mari ?. . . Parle. . .
PEDiio. Hélas! madame...
INÈS. Il est mort!
PEDRO. Le seigneur ait pitié de lui, et lui remette ses péchés !...
INÈS. Elle me l'a tué! (Elle s'évanouit.»
MENDO. Coquin, tu as tué ma fille!
PEDRO. Madame... madame... revenez à vous! ne croyez pas un mot de tout ce que j'ai dit... le seigneur de Mendoza n'est pas mort...
INÈS. Mendoza?
PEDRO. Il vit et se porte bien, mais...
INÈS. Grâce à Dieu, je le reverrai donc!
PEDRO. Je ne sais si vous le reverrez...
INÈS. Pedro, dis-moi tout, ne me cache rien.
PEDRO. Vous voulez savoir la vérité?... Eh bien, il est à Elvas, avec cette duchesse, qu'il appelle sa chère Sérafine. Je l'ai vu avec l'écharpe portugaise, et l'on en dit bien d'autres sur son compte. Moi, quand j'ai vu cela, j'ai demandé mon congé. La duchesse m'a donné de l'argent pour dire qu'il était mort, et votre mari avait l'air d'y consentir. Mais
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plùt au oiel (jue ses ducats se fussent loudus dans ma main, et m'eussent brûlé jusqu'aux os!... J'ai manqué* par mon mensonge faire mourir ma bonne maîtresse. (Siioncc.»
INÈS saogioiant. Je n'en reviendrai pas!
MENDO à part. Ce que j'avais prévu est arrivé. — (Haui.i Inès!
INÈS. Mon père!
MENDO. As-tu encore les habits que tu portais à Monclar?
INÈS. Oui, mon père.
MENDO. Va les reprendre. — Quitte tout ce que ce parjure t'a donné. Ne garde rien à lui. — Nous ne devons pas rester plus long-temps sous son toit. Tu m'accompagneras à Badajoz. — L'abbesse des Ursulines te donnera un asyle.
INÈS. Donnez-moi votre bras... je suis bien faible...
MENDO. Viens... appuie-toi sur mon bras... moi je suis ferme... allons!
Ils sortent.