‹ Œuvres complètes, revues sur les éditions originales ... étude sur Diderot et le mouvement philosophique au XVIIIe siècleChapitre 12 sur 116 · RÉMONDANT PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

RÉMONDANT PAR LUI-MÊME

Je na croyais pas, monsieur, qu'une plaisauæerie sur ies parti sans déraisonnables de Ja raison dût vous mettre en dépense d'une profession de foi. Quoique vous nommiez ainsi ce second dialogue, je w'imagine pas que ce soit votre dernier mot. J'y reconnais bien ee que vos maitres ont dit en plusieurs manières : ce sont leurs sentiments: mais sont-ce les vôtres? Vous avez voulu exercer votre Esprit en répondant à une plaisanterie par ane autre (quoique J'avoue qu'elle est déplacée dans cette matière, et que j'ai eu tort de vous @n donner l'exemple), ou, encore plein de raisonnements spécieux, ous vous persuadez de croire comme eux, parce que vous crai- £nez de croire autrement. Leur système esl si commode, qu'il doit vous inspirer de la défiance : on n'est point vertueux à si bon marché.

Quoi qu'il en soit, si malheureusement ce que vous avez écrit est d'abondance de cœur comme d'esprit, je ne suis pas lâché que Nous Vayez fait. Ces opinions, ces maximes philosophiques fermen- Hient avec violence dans votre esprit: à présent que vous les avez répandues au dehors, vous pourrez raisonner avec plus de sang-froid. Si vous voulez examiner avec moi dans ces dispositions les réponses du prosélyte, je ne doute pas que vous ne rabatliez beaucoup de leur justesse; el que vous ne conveniez que ce qui paraît ploin de forcé dans la chaleur de l'enthousiasme, en perd beaucoup au tribunal d'un Jugement froid et rassis. C'est là que je vous traduis, pour discuter avec moi, sans algreur, les raisonnements de votre candidac philosophe. Permettez que je lui dise, non à vous :

4e Sivous étes de bonne foi, avouez que vous vous êtes moins pecupéa vous instruire de La religion, qu’à lire les écrits de ses advorsaires; que vous avez penché tout d'un côté; que vous avez désiré trouver Ja vérité dans les objections, et craint de la rencontrer

la sainteté du

mariage; mais le bon sens indigne des déclamations perpétuelles des célibataires mondains, par goût et par libertinage, contre ceux qui embrassent cot état dans des vues de religion et de pénitence.

8 L'Anglotérre n'a pas gagné, pour les mœurs, plus que la France, à la philosophie du temps; c’est dans ces deux pays qu'elles sont le plus dépravées. Au reste, malgré le respect des Anglais pour la philosophie, ils n'ont pas paru disposés, en dernier livu, à élever au ministère les célèbres qu'on accable de mandements.

4° Qu'entendez-vous par l'hommage le plus pur et le plus digne? YŸ an a-1-il un au-dessus de celui de la religion chrétienne? L'amour et la foi. Voilà les deux fondements de cette religion. Peut-il y avoir de religion sans amour? Or peut-on aimer ce qu'on ne connait pas; et peut-on connaître autrement que par la foi?

5° J suit celle qu'il a trouvée écrile au fond de son cœur. Ah! mon cher, si vous prenez ce qui est écrit dans votre cœur pour Ja loi de Dieu, vous lui faites écrire bien des sottisés. Vous y trouvérez écrit l'orgueil, l'envie, l'avarice, la malignité, la lubricité, et l'alphabet de tous les vices. Les égarements de toute espèce où la nature bumaine s'abandonne, livrée à elle-même, ne prouvent que trop que ce n'est pas au bien que notre cœur nous porte; et que l'homme avait besoin d'un autre guide. J

6* ILest clair qu'il y a différentes preuves pour différents ordres de choses; qu'il n'en faut demander pour chaque objet que dans la classe qui lui est analogue. Maïs la croyance leur est également due, quand dans leur ordre elles ont le degré de perfection. C'est l'üsage de la religion de les administrer telles: c'est celui de ses adversaires de tout confondre par le renversement dont vous vous plai= gnez. Ils demandent des preuves mathématiques dans des choses qui n'en sont pas susceptibles; ils admettent les historiques quand elles leur sont favorables; ils les rejettent quand elles les contre disent. Pour les faits, il ne peut y avoir d'autres preuves quelles historiques; la religion est fondée sur la révélation qui est an fait; ot c'est la raison même qui adopte ce fait, fondé sur l'authenticité des monuments et l'unanimité des suffrages.

7e Eut-ce que Dieu parle? La demande est singalière; et pourquoi ne parlerait-il pas? Pourquoi celui qui a créé la parole ne perlerait-il pas? pourquoi celui qui a fait l'œil ne verrait-il pas? pour quoi celui qui à fait l'oreille n'entendrait-il pas? 11 parle par ses ouvrages, soit ; il manifeste ce qu'il peut, mais non pas ee qu'il veut.

AUX "GRANDS PRINCIPES. n

I peut parler par inspiration, til l'a fait it peut” parler sous des formes sensibles, et il l'a fait. Qui peut lui refuser cs pouvoir, et se soustraire à sa volonté énoncée ?

8° Ah! mon cher, vous n'êtes plus ce jeune homme de bonne oi, qui éhorche la vérité modestement; vous avez pris votre parti, et parti violent. Celte tirade fanatico-déiste l'emporte sur la licence de vos maitres: elle est presque mot pour mot dans un de leurs ouvrages; mais vous y avez ajouté des invectives qu'ils n'ont pas eu F'andnce de proférer, et qui sont toujours des raisons contre ceux qui s'en servent. Îls sont, dites-vous, une foule qui se vantent que Diew leur « parlé; mals sont-ils une foule qui le prouvent? Est-ce à Zorvastret Est-ca à Mahomet? Non, puisqu'ils ne le prouvent pas. Æni-ce à Moïse? Oui, parce qu'il le prouve par les preuves les plus solides, les plus authentiques dont un fait puisse être appuyé. On veut vous séduire. Et qu'en revient-il aux auteurs du projet? Quelle sédaction que celle qui vous indique les moyens d’être l'ebjet de la complaisance de votre maitre, et vous empéche de devenir celui de son indignation? Vous croyez être en relation intime et directe avec Auis qu'il parle à voire conscience, Ingrat! vous ne la devez, cetté conscience, qu'aux premiers principes de la religion où vous êtes né, Sans eux elle serait peut-être celle du cannibale qui dévore ses pareils; celle du Madégasse qui vit dans le sang, et meurt le poiguard à la main; celle du nègre qui vend son père et ses enfants; celle du Lapon, qui prostitue sa famille. Aussi privilégiés que vous, fs prétendront de même que c'est Dieu qui les inspire; et yous le rendre ainsi auteur et complice des abominations qui font la honte de notre espèce; oui, la révélation se retirera de vous, puisque vous Ja rejélez; mais vous resterez dans l'horreur du vide et des ténèbres, jouet misérable de vos opinions et de celles d'autrui.

9e Vous avez rejeté et invectivé la révélation; mais vous ne l'avez pas confondue : on peut être riche en expressions, et pauvre en preuves. Vous ne croyez pas aux histoires qui la rapportent : ne croyez donc aucun fait, car il ne vous parvient que par l’histoire, Lil est aussi certain qu'Euclide n'était pas Américain, qu'il l'est que le triangle estla moitié du parallélogramme; il est aussi certain qu'il y avait un chandelier d'or dans le temple de Jérusalem, qu'il l'est, qu' ya des lumpes dans nos églises; le méme genre de témoinage qui m'assure que Démosthènes était oratour en Grèco, me rend certain que saint Paul était prédicateur de l'Évangile; le pyr-

AUX GRANDS PRINCIPES. 9 de Dieu trouve dans les plus petites choses; ec le ridicule de ceux

que vous donnez de la justice n'est point =. peut être fidèle à des conventions très-injustes. C'est 1 ERA la cause, que de faire consister la justice dans l'obserration des lois, puisque les lois elles-mêmes ont été faites sur a justice. Vous qui voulez que Dieu vous révèle tout, et qui ne voulez de religion que voire conscience, quelle lumière y a-t-il répandu, si vous pe connaissez point de justice naturelle, si la vôtre dépend des conventions d'autrui? Vous oubliez que, suivant vos principes, cette éclaire le sauvage, le philosophe, le Lapon, l'Iroquois. La sont la conformité de notre volonté à celle de Dieu. 46* Une plaisanterie n'est pas uns raison. À qui persuaderez-vous que, depuis David jusqu'à Pascal et Fénelon, la religion révélée n'a és pour séctaleurs que des ignorants et des imbéciles? La prévea= don la plus outrée ne l'a jamais prétendu; mais a été forcée de toavenir que la même foi, annoncée aux simples et aux pauvres si, chers à la Divinité, avait subjugué, chemin faisant, ce que chaque

sièele à produit de plus grand en puissance et en génie. 47e Ce n'est pas désarter la socièté, que de l'instruire par ses

leçons et l'édilier par ses exemples. Quand même on ne la déser-

terait pas, elle force bientôt coux qui ne veulent pas participer à sa

Cruption, de l'abandonner, Trouvez-vous d'ailleurs que ceux dont

Les autorisent le suicide, aient bonne grâce de vouloir 7 ceux qui 56 Irouvent mal du monde de s'en retirer?

AB» Quel est l'homme qui ze méprise Ini-méme? Celui qui se connait que les autres. Qui que nous soyons, chétifs mortels, mous sommes toujours si peu de chose! Hélas ! le mépris réciproque des bommes prouve ce qu'ils valent.

A9" La voix de la nature vous dit de vous rendre heureux ; mais

ot Ja religion ne vous dit pas autre ehose. Elle fait plus; elle + ne faîtes point cela, pour n'être point à présent et éterpéllement malheureux: faites ceci, pour être actuellement et éternellement heureux. Vous cherchez le bonheur : mais cherchez-le denc, mon dans vos sens insatiables, mais là où il est, et où il sera muné et semper. Vous voulez que tous les hommes soient éclairés, pour étro vertueux : mais qui les éclairera? Un autre homme sujet à l'erreur? Où allumera-t-il sa lumière? Ahl mon

der, liéssez-vous éclairer par celui qui à dit : fiat fur.

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