‹ Œuvres complètes, revues sur les éditions originales ... étude sur Diderot et le mouvement philosophique au XVIIIe siècleChapitre 47 sur 116 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Noïci son titre : La sensibilité physique est la cause unique de nos actions, de nos pensées, de nos passions, de notre sociabitité.

Remarques bien qu'il ne dit pas une condition primitive, essentielle, comme l'impénétrabilité l'est au mouvement, ce qui est incontestable, muis la cause, la cause unique, ce qui me semble presque aussi évidemment faux.

Page 408. — C'est pour se nourrir, se vétir, c'est pour parer sa femme ou sa maitresse. que ce laboureur fatigue.

Mais parër sa femme ou si maltresse, est-ce d'un animal qui sent ou d'un homme qui juge? Lorsqu'on l'embellit, c'est quelquefois pour susciter un plaisir physique dans les autres; pour l'éprouver soi, quand on aime, c’est un apprêt superflu.

Page 109, — Qu'est-ce qui nous fait aimer jusqu'au petit jeu? La crainte de l'ennui.

Maïs l'ennui est-il de l'animal ou de l'homme? Et celui qui joue pour se récréer? Et celui qui joue parce qu'il excelle au jeu?

Qu'est-ce qui nous fait aimer le gros jeu?

La paresse, qui, de tous les moyens de faire une grande forfine, choisit le plus hasardeux, mais le:plus court. L'avidité qui se jette sur la dépouille d'un autre, sans égard à son désespoir, L'orgueil, ète, Qu'est-ce qu'il y a d'animal et de physique dans ces différents motifs?

Pourquoi secourt-on celui qui souffre? C'est qu'on s'identifie dec lui.

sique, mais comme condition et non comme cause, but ou

Page: 412, — Développez le sentiment de l'amitié, et quand, à force de le défigurer, vous n'en aurez fait que de la peine ou du plaisir physique, ne vous étonnez pas si l'on vous regarde comme un homme atroce ou comme un raisonneur absurde,

Page 443, — Vous me parlez encore de la jouissance d'une belle esclave ou d'un beau tableau; et comment m'en parlervous? De la jouissance de l'esclave, comme un gourmand qui dévore un pluvier; du beau tableau comme un physicien qui considère le spectre solaire. Ge sont pourtant des plaisirs bien différents. =

Pour caresser l'esclave, pour admirer le tableau, il faut sentir, j'en conviens, mais c'est comme il faut exister.

Sans amour pour les belles esclaves et pour les beaur tableaux, cet homme eit £té indifférent à la découverte d'un trésor. Cela est faux en tout sens.

Et quand ce serait l'espoir de jouir demain de votre mat< tresse qui vous rendrait heureux aujourd'hui, le sgriez-vous d'un plaisir physique? Vous confondez le plaisir de l'attente et celui de la jouissance, comme vous avez confondu la douleur actuelle avec la douleur de prévoyance. Lorsque vous vous mourez de faim, qu'éprouvez-vous? La défaillance, la contraction de l'es- Lomac, une sensation particulière et cruelle des organes de la déglutition : qu'ont de commun ces symptômes avec la faim que vous prévoyez, avec vos inquiétudes, votre trouble, votre désespoir? Il y a si peu de rapport entre ces deux peines, et votre attention est tellement fixée sur le mal qui vous menace, que touts sensation corporelle en est suspendue. Ce n'est plus vous que vous apercevez, c'est l'image d'un homme agonisant, défail- Jantet'expirant dans des transes horribles : image eflrayante de ce que vous serez dans un jour, dans deux jours, dans trois Jours. Si vous voyiez un homme mourant de faim, vous ne balan— ceriez pas à dire, cet homme meurt de faim. Si vous voyiez un homme menacé de mourir de faim, le devineriez-vous? nulle ment. La faim est un besoin, ce besoin non satisfait devient une maladie; direz-vous que la maladie et la crainte de tomber salade soient une même chose? La faim est dans le gamer, l'asophage, l'estomac et toute la longueur du canal intestinal ;

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la crainte de la famine, comme toutes les autres craintes, est dans l'entendement.

Rien ne m'arrive que je n'y voie l'espérance d'un bien ou la crainte d'un mal.

— Mais parce que ce bien et ce mal supposent ls sensibilité physique, ils sont physiques?

L'auteur se trompe quelquefois parce qu'il est trop fin, et quelquefois parce qu'il ne l’est pas assez,

I y a un bonheur circonserit qui reste en moi et quine s'étend pas au delà. 11 y a un bonheur expansif qui se propaye, qui se jette sur le présent, qui embrasse l'avenir, et qui se repalt de jouissances morales et physiques, de réalités et de chimères, entassant péle-mêle de l'argent, des éloges, des tableaux, des statues et des baisers.

Page 144. — Vous supposéz un « homme i €. » Mais un homme impassible à votre manière est un de marbre. Vous demandez que ce bloc de marbre pense et ne sente pas; ce sont deux absurdités : un bloc de marbre ne saurait penser, et il ne saurait non plus penser sans sentir, que sentir sans penser, Qu'entendez-vous donc par impassible?

— Inaccessible à toute douleur corporelle.

— Soit. Qu'en concluez-vous? Qu'il n'aura ni plaisir ni peine? Je le nie. S'il se plaît à penser ou à étendre 565 connaissances, il pensera; s'il ne se plait pas à penser, il restera stupide.

— Mais s'il reste stupide, c'est que n'ayant aucun) intérêt à exercer cette faculté que je lui ai réservée, il ne l'exercera

— Et vous croyez qu'il ne pourra pas avoir l'intérêt de la curiosité?

— de le crois.

— Et vous eroyez qu'on ne fait rien pour soi seul?

— Je le crois.

— Et vous croyez qu'il n'y a aucune sorte de vanité concentrée? L

— Je le crois.

— Que bien que cet être chimérique soit ae ane férente de la mienne, il dédaignera mon éloge, connaît toute la force de mon esprit et toute l'étendue” ms lumières?

— Assurément.

— Et que quand Newton luttait contre Leibnitz, c'était par une rivalité de jouissances corporelles ?

— Ils en voulaient à mon estime, Je l'avoue. Et par conséquent à tous les avantages qu'elle promet,

— À des vins excellents ?

— Pourquoi non?

— À de belles femmes ?

— Pourquoi non?

— Mon ami, vous ex!

Page ibid. — Votre comparaison du pouvoir à une lettre de change est charmante !; mais cette lettre de: change est paysble en argent pour celui<i, en houris pour celui-là, en réputation ou cliquetis pour un troisième. Dites-moi, Helvétius, où plutôt demandons à Thomas qui fait tant de cas de la considération publique, que si c'était un fer rouge il ne balancerait pas à la vec les dents, s'il refuserait le laurier, d'Homère ou de Virgile, à la condition d'en être réduit pendant toute sa vie au vêtement le plus déguenillé, au plus étroit nécessaire, à un petit grenier sous le toit, en un mot à la privation absolue de tout cœæ qu'on éntend par les doucetirs sensuelles de la vie, de toutes les satisfactions attachées et à l'ambition, et à l'opulence, et à la volupté. Si Thomas répond que non, moi qui . ne suis pas aussi fanatique de gloire littéraire, j'accepte le lot et la condition ; j'accepte pour cette seule jouissance, l'impassibilité à toutes les autres, Je pense; j'écris l'Aiade avec des doïgts de marbre; quand je passe, vous vous écriez: Le voilà le bloc merveilleux qui a écrit l'{liade.… ot je suis satisfait.

Permettez-moi une autre supposition un peu plus sensée que la vôtre. Vous êtes roi, vous devez la couronne et la vie à un héros, votre sujet. Vous êtes reconnaissant, mais votre bien faiteur jouit du repos, de la santé, de la fortune et de la sagesse : iont ce que votre puissance lui prodiguerait de bonheur phy-

4. 4 Suis-je muni d'une tolle lotzre, je touche à Londres ou à Paris cent mille franes eu cent mille £eus, et par conséquent tous los plaisirs dont ectte somme eat représentaiire, Suis-je muni d'une lettre de commandement ou de pouvoir, je tire

À ru0 sur mes concitoyens talls quantité de denrées ou de plaisirs. Les tft de La richesse et du pouvoir sont à peu près semblables parco que la richesss est ua pouvoir, » De F'Homeme.

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