‹ Œuvres complètes, revues sur les éditions originales ... étude sur Diderot et le mouvement philosophique au XVIIIe siècleChapitre 52 sur 116 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

ci l'auteur, sorti du paradoxe que les désits et les aversions se réduisent en dernière analyse à la poursuite des plaisirs sensibles et à la fuite des peines physiques, revient au paradoxe de l'inégalité des talents.

Page 434. — Les mémoires extraordinaires [ont les érudits, et la méditation les hommes de génie.

Le second est faux. Il y a des hommes à qui l'on peut dire : Médite, médite tant que tu voudras, lu ne trouveras rien, Frappe là jusqu'à demain, on ne 1e répondra pas, il n'y a per sonne. Et le premier est un résultat d'organisation particulier. ‘Appliquez celui-ci à l'érudition, celui-là à la méditntion, et vous aurèz un pauvre penseur et un érudit du commun : l'un n'inventera rien, l'autre perdra le don naturel.

Page 438. — Qu'un Français passe quelques unnées à Londres ow à Florence, il saura bientôt l'anglais et l'italien.

Cela est contraire à l'expérience, quelles qu'en soient les raisons. De toutes les nations européennes la française est celle qui montre le moins d'aptitude aux langues vivantes étrangères.

La nature donne donc plus de mémoire que n'en exige la découverte des plus grandes vérités,

Je l'ignore.

Nulle induction concluante à tirer des sympiômes extérieurs, Celui-ci ne sent que faiblement et parait transporté ; celui-là est pénétré d'une sensation profonde et parait immobile et froid.

Ilen est arrivé à Helvétius comme aux chercheurs ou de la

‘du cercle ou de la pierre philosophale : c'est de Asisser le problème insoluble, et de rencontrer, chemin faisant, quelques vérités précieuses. Son livre en est un tissu. Les hommes n'en seront pas plus égaux; mais la nature humaine en sera mieux connue, L'éducation ne nous donnera pas ce que la nature nous aura refusé; mais nous n'aurons plus de confiance dans cette ressource, Tous nos désirs, toutes nos affections ne s'en résoudront pas davantage en voluptés sensuelles ; mais le fond de la caverne sera mieux éclairé. L'ouvrage sera toujours utile et agréable.

Ibid, — Si entre les hommes les plus parfaitement organisés il en est si peu de spirituels, c'est que l'esprit n'est pas le résultat de la finesse des sens combinée avee la bonne édutation : c'est qu'il est encore autre chose que l'excellence et des sens et de l'enseignement ne donne pas.

Page 135. — Les femmes de génie sont rares,

— D'accord.

— Elles sont mal élevées.

— Très-mal... Mais leur organisation délicate, mais leur assujettisement à une maladie périodique, à des grossesses, à des couches, leur permettent-ils cette force et cette continuité de méditation que vous appelez la créatrice du génie et à Asquelle vous attribuez toute importante découverte? Elles font les premiers pas plus vite, muis elles sont plutôt lasses et S'arrétent plus promptement. Moins nous en espérons, plus sous sommes faciles à contenter, Les femmes et les grands s'illustrent à peu de frais ; ils ne sont entourés que dé flatteurs.

Le petit nombre de femmes de génie fait exception et non

Abid.® — C'est qu'il ne faut pas examiner les sens relativement à l'effet général de leur concours, sans y faire entrer l'organe corrélatif, La tête. Séparer dans cette comparaison un

4. = De quelque manière qu'an Interrogn l'expérience, lle répondra toujours que là plus ou moins grande supériorité des enfants est indépendante de la plus où moins grande perfection des organes des eus. » De l'Homme,

découverte, aride et montagneuse, plate où plongée dans des nuits de dix-huit heures et ensevelie sous les neiges pendant huit mois?

Les commerçants de Paris vous diront quel vent règne en Italie.

Ceux qué la fureur de l'histoire naturelle conduit aux Iles, y perdent subitement leur enthousiasme et tombent dans l'innction et la paresse.

Les jours de chaleur nous accablent; et nous sommes inca-

de travailler et de penser. .

Si le climat et les aliments influent sur les corps, ils influent nécessairement sur les esprits.

Pourquoi nos jeunes peintres, revenus d'Italie, ont-ils à peine passé quelques années à Paris, qu'ils peignent gris?

Il n'y a presque pas un homme, dans quelque contrée que ce soit, dont l'humeur ne se ressente plus ou moins de l'état nébuleux ou serein de l'atmosphère.

Une atmosphère sereine donne-t<lle de la gaicté, une atmosphère nébuleuse de la tristesse? on s'en spercevra plus ou moins dans le caractère et dans les ouvrages.

Ne donnons pas trop d'énergie à'ces causes, mais n'en réduisons pas l'effet à rien.

Le climat influe sur le gouvernement sans doute, mais le gouvernement influe bien d'une autre manière sur les esprits; J'en conviens; cependant sous le mème gouvernement et sous diférents climats il est impossible que les esprits se ressemblent.

Les plantes des montagnes sont sèches, nerveuses et éner giques; les plantes de la plaine sont molles, succulentes et faibles.

Les habitants de la montagne sont secs, musculeux et courageux; les habitants de la plaine sont gras, lâches, mous et 5 et hommes et animaux, Les habitants des montagnes deviennent asthmatiques; les habitants de la plaine périssent hydropiques. Comment! le local exercera si puissamment son empire sur lsmachine entière; et l'âme qui n'en est qu'une portion, et l'esprit qui n'est qu'une qualité de l'âme, et les productions de l'esprit en tout genre ne s'en ressentiront pas! En quelle contrée trouve-t-on les crétins? Dans la contrée # a

physionomies, si l'anatomiste expérimenté les connaissait, ne Jui diraient-elles pas tout ce que les physionomies extérieures

Jui annonéent à lui et à d'autres personnes avec tant de certitude qu'elles m'ont protesté ne s'y être jamais trompé?

Avec un peu plus d'attention, l'auteur aurait soupçonné que dans a combinaison des éléments qui constituent l'homme d'esprit, il en avait omis un, et peut-être le plus important, et son soupçon n'aurait pas été trop mal fondé.

À | Get élément, quel estil? — Le cerveau.

le Un seul fait bien connu aurait- modifié toutes ses assertions ;

| c'est que le rachitisme qui étend la capacité de la tête outre

mesure, rend l'intelligence des enfants précoce.

| Page 138. — Mais supposons dans l'homme un sens eztrémement fin ; qu'en arriverait-il?

Je vais vous le dire : c'est qu'il serait réduit à la condition - animale; il ne serait plus un être se perfectionnant en tout Rae tp Je 'ephque.

Pourquoi l'homme est-il perfectible et pourquoi l'animal ne l'est past

F L'animal ne l'est pas, parce que sa raison, s'il en a une, est dominée par un sens despote qui la subjugue. Toute l'âme du

chien est au bout de son nez, et il va toujours flairant. Toute

l'âme de l'aigle est dans son œil, et l'aigle va toujours regardant, Toute l’âme de la taupe est dans son oreille, et elle va écoutant.

Mais il n’en est pas ainsi de l'homme. Il est entre ses sens une telle harmonie qu'aucun ne prédomine assez sur les autres pour donner la loi à son entendement; c'est son entendement au contraire, ou l'organe de sa raison qui est le plus fort. C'est un juge qui n'est ni corrompu ni subjugué par aucun des témofns;il conserve toute son autorité, et il en use pour se per- {fectionner : il combine toutes sortes d'idées et de sensations, parce qu'il ne sent rien fortement.

aan mhanoents

‘extrême degré, ne leur laisserait qu'autant d'exercice que la uen conservation de l'individu en exigersient; dans tous les autres instants, il serait comme la taupe l'antre retentit du moindre petit bruit, un être écoutant, et trs écoutant.

| Ibid. — Un tel hominé parviendrait à des résultats incommunicables aux autres.

Pourquoi done? Si nous ne pouvions orriver à ses résultats par le discours, pourquoi n'y arriverions-nous pas par l'éducation et par l'expérience? Mais il y a plus : ce qu'il apercevrait serait relatif à la ‘longueur, largeur, profondeur, solidité et autres qualités physiques, sur lesquelles il pourrait s'expliquer très-clairement; et telle serait la différence entre un sens perfectionné et un sens nouveau. « L'homme au sens perfectionné ne nous entretenant que de qualités connues, serait toujours intelligible; l'autre nous entretenant au contraire de qualités inconnues, ne pourrait jamais être entendu...» ‘

Nous sentons tous diversement, et nous parlons tous de

Si l'on saisit assez généralement les vérités contenues dans les ouvrages des Locke et des Newton, qu'est-ce que cela prouve? Que tous assez généralement étaient capables de les | découvrir? Je le nie.

Page 139.—A proprement parler, les sensations d'un homme | sont incommunicables à un autre, parce qu'elles sont diverses. Si les signes sont communs, c'est par disette.

de suppose que Dieu donnât subitement à chaque individu | une langue de tout point analogue à ses sensations, on ne s'entendrait plus, De l'idiome de Pierre à l'idiome de Jean, il n'y aurait pas un seul synonyme, si ce n'est peut-être les mots exister, être, el quelques autres qui désignent des qualités si simples, que la définition en est impossible ; et puis toutes les sciences mathématiques *.

Page 140. — S'il est des siècles où semblables à ces oiseaux rares apportés par un eoup de vent, les grands hommes apparaissent tout à coup dans un empire, qu'on ne regarde point cette apparition comme l'effet d'une cause physique *.

J'y consens; mais qu'on n'oublie pas que ce qui est à peu près vrai dans la comparaison d'une nation à une autre, est de toute fausseté dans la même société et dans la comparaison d'un

RP pm rene eee peer, 4, « . mais morale. Dans tous les gouvernemonts où lon résompense les aalents, ne à une pre

Aid. — L'avocat gagne ou perd le même nombre de cœrses ; le médecin tue où guérit le même nombre de malades ; le génie rend le même nombre de productions.

Les deux premières comparaisons font pitié, et la dernière est où d'un homme de mauvaise foi, ou d'un homme qui ne

"sait ce que c'est que le génie et qui n'en a pas un grain. Dans les deux premières comparaisons, Helvétius confond le talent avec la pratique. Pendant une année, un avocat perd toutes les causes qu'il plaide, l'année suivante il les gagne toutes; ainsi du médecin, Pour l'homme de génie, il est si peu maître de lui-même, qu'il ne sait ce qu'il fera; et voilà la raison pour Isquelle les académies étouffent presque les hommes de cette trempe en les assujettissant à une tâche réglée. Mais je laisse ee texte qui me mènerait trop loin.

Page 442. — La perfection de l'organisation extérieure suppose celle de l'intérieure.

C'est-à-dire qu'un bel homme est toujours spirituel, qu'une belle femme est toujours une femme d'esprit. Comment peut-on être absurde jusqu'à ce point?

Ibid.—C'est dans une cause encore inconnue qw'il faut clere cher l'explication du phénomène de l'inégalité des esprits.

Qu'est-ce que cela signifie? Il y à donc de l'inégalité entre

| les esprits? et cette inégalité a donc une cause?

— Oui, le hasard et l'instruction.

— Cette cause n'est donc pas inconnue.

Page 1