‹ Œuvres complètes, revues sur les éditions originales ... étude sur Diderot et le mouvement philosophique au XVIIIe siècleChapitre 53 sur 116 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Page 445.— Si les Malais, dit M. Poivre', eussent été plus voisins de la Chine, cet empire eût été bientôt conquis.

Je le crois.

Et la forme de son changée.

Je le nie. On ne s'est jamais demandé pourquoi les lois et les mœurs chinoises se sont maintenues au milieu des invasions de cet empire; le voici : c'est qu'il ne faut qu'une poignée d'hommes pour conquérir la Chine, et qu'il en faudrait des

4. Voir les Voyages d'un Philosophe; imprimés à l'insu de l'auteur, ea 1708, Livre qui à eu sa grand retentissement.

INTITULÉ L'HOMME. 829 peuvent-ils, en conséquence, apercevoir des rapports différents entre ces mêmes objes?

Je n'entends pas apparemment le sens de cette question, car celui qu'elle présente naturellement ne permet pas la réponse négative de l'auteur.

Qu'est-ce que l'esprit, la finesse, la pénétration, sinon la facilité d'apercevoir dans un être, entre plusieurs êtres que la multitude a regardés cent fois, des qualités, des rapports qu'aucuns n'ont aperçus? Qu'est-ce qu'une comparaison juste, nouvelle et piquante, qu'est-ce qu'une métaphore hardie, qu'est-ce qu'une expression originale, si ce n'est celle de quelques rapports singuliers entre des êtres connus qu'on nous rapproche et fait toucher par quelque côté?

Tous n'aperçoivent point toutes les propriétés des êtres. Aueuns ne les sentent et ne les aperçoivent rigoureusement de la même manière. Très-peu saisissent tous les points par lesquels on peut établir entre eux des points de contact. Beaucoup moins encore sont capables de rendre d'une manière forte, précise, intéressante et les qualités d'un être qu'ils ont étudié et les rapports qu'ils ont aperçus entre différents êtres.

Page 449.— Un coup fait de ia douleur à deux êtres dans le rapport de ? à À ; un coup double produira une douleur double dans l'un et l'autre ou dans le rapport de 4 à ? ou de2à1%.

Combien d'inexactitudes et d'afirmations hasardées dans tout celal

Qu'est-ce qui vous s dit que le plaisir et la douleur soient dans le rapport constant des impressions?

Un mouvement de joie s'excite dans deux êtres par un récits la suite du récit double l'impression dans l'un et l'autre, et voilà Jean qui rit de plus belle et Pierre qui se trouve mal, Le plaisir s'est transformé en douleur, la quantité qui était positive est devenue négative. v

Le coup simple les fait crier tous deux; le coup double rend le eri de l'un plus aigu et tue l’autre.

Eee monsieur, non, les objets ne nous frappent point dans

constante et uniforme, et c'est là ce-qui consti= ins Le différence des êtres robustes et délicats : l'un s'évanouit et perd la tête, lorsqu'un autre est à peine ému.

1: Cene chiation west pas textuelle ; mais l'idée est exactement rendue.

INTITULÉ L'HOMME. ss

savoir comment l'intérêt, l'éducation, le hasærd, donnent de la chaleur à l'homme froid, de ln verve à l'esprit réglé, de l'imagination à celui qui n'en a point. Plus j'y rève, plus le paradoxe de l'auteur me confond. Si cet artiste n'est pas né ivre, la meil. leure/instruction ne lui apprendra jamais qu'à contrefaire plus ou moins maussadement l'ivresse. De là tant de plats imitateurs de Pindare et de tous les auteurs originaux. Pourquoi les vrais originaux n'ont-ils jamais fait que de mauvaises copies ? le mot original, pourriez-vous me dire ce que c'est? Si vous me dites que c'est l'éducation ou le hasard des circonstances qui fait un original, pourrai-je m'empêcher de rire? * … Sélon moi, un original est ün être bizarre qui tient sa façon de voir, de sentir et de s'exprimer de son caractère. Si original n'était pas né, on est tenté de croire que ce qu'il a fait n'aurait jamais été fait, tant ses productions lui

Mais en ce sens, direz-vous, tous les hommes sont des originaux; car quel est l'homme qui puisse faire exactement ce qu'un autre fait?

Nous avez raison, mais VOUS vous seriez épargné cette objection, si vous ne m'eussiez pas interrompu, car j'allais ajouter que son caractère devait trancher fortement avec celui des autres hommes, en sorte que nous ne lui reconnaissions presque aucune sorte de ressemblance qui lui ait servi de modèle, soit dans les temps passés, soit entre ses contemporains. Ainsi, Collé, est un original dans sa versification et ses chansons; Rabelais, estunoriginal dansson Pantagruel ; Patelin, dans sa Farce; Aristo-

dans ses Mufes; Charleval, dans sa Conversation du père Cannaye et du maréchal d'Hocquincourt ; Molière, dans presque toutes ses comédies, mais plus peut-être dans les burlesques que dans les autres; car qui dit original, ne dit pas toujours beau, il s'en manque de beaucoup. Il n'y 4 presque aucune sorte de beautés dont il n'existe des modèles antérieurs. Si Shakespeare est un original, est-ce dans ses endroits sublimes? Aucunement ; c'est dans le mélange extraordinaire, incom, hensible, inimitable, de choses du plus grand goût et du plus mauvais goût, mais surtout dans la bizarrerie de celles-ci. C'est me j'énn le tire, n'est pas original,

Tâchez de m'expliquer nettement ce phénomène. Ces heureux hssards auxquels vous attaches de si puissants effets, elle y était exposée tous les jours. Surtout n'oubliez pas que le spectateur qui accueillait le père d'applaudissements, ne demandait pas mieux que d'en user de même avec la fille ; mais il n'y avait pas moyen, elle était trop mauvaise, elle le disait elle-même.

Tout individu n’est donc pas propre à tout, pas même à être bon acteur, si la nature s'y oppose.

La Riccoboni était disgraciée de la nature : on le disait à Paris, on en eût dit autant à Londres, à Madrid, partout où elle eût été aussi mauvaise. Vous qui faites sonner si haut ces espèces d'expressions proverbinles communes à toutes les nations, prétendez-vous que celles-ci et tant d'autres où le refus de la mature ete vice d'organisation sont employés, sont vides de sens ?

Et moi done, vous m'allez voir tout à l'heure le pendant de a Riccoboni. J'étais jeune, j'étais amoureux et très-amoureux. Je vivais avec des Provençaux qui dansaïent du soir au matin, et qui du soir au matin donnaïent la main à celle que j'aimais et l'embrasssient sous mes yeux; ajoutez à cela que j'étais jaloux. Je prends le parti d'apprendre à danser : je vais clandesfinement, de la rue de la Harpe jusqu'au bout de la rue Montmartre, prendre leçon; je garde le maltre fort longtemps. Je le quitte de dépit de ne rien apprendre; je le reprends une seconde, une troisième fois, et le quitte avec autant de douleur et aussi peu de succès, Que me manquait-il pour être un grand danseur? L'oreille? je l'avais excellente. La légèreté? Je n'étais pas lourd, il s'en fallait bien. L'intérët? on né pouvait être animé d'un plus violent, Ce qui me manquait? la mollesse, la flexibilité, la grâce qui ne se donnent point.

Mais après avoir tout fait inutilement pour apprendre à danser, j'appris à tirer des armes très-passablement, sans peine” et sans autre motif que celui de m'amuser.

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