‹ Œuvres complètes, revues sur les éditions originales ... étude sur Diderot et le mouvement philosophique au XVIIIe siècleChapitre 58 sur 116 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Page 198. — Les plus sublimes vérités, une fois simplifiées et réduites aux moindres termes, se réduisent en faits, et dès lors ne présentent plus à l'esprit que cette proposition + le blanc est blanc, le noir est noir.

Der est-elle toujours possible? On résout

par analyse ou par synthèse. La synthèse des- LE cdd mme tue, éloignée, et l'analyse remonte de cette conclusion éloignée sux premiers principes, Il est vrai que dans l'une et l'autre méthode, chaque pas est identique à celui qui le précède ou le suit, mais cette identité est-elle toujours facile à saisir? Estelle également évidente pour tous les esprits? La suite des pas n'est-elle pas souvent três-longue, et tout esprit est-il en état de la suivre et de l'avoir présente? La conviction n'est pas Ia certitude et la mémoire de toutes ces identités, et cela dans l'ordre démonstratif; car la démonstration ne résulte pas seulement de chacune d'elles, ni même de leur somme, mais de leur encliainement. Fermat, je crois, qui n'était pas une tête étroite, disait de le démonstration du rapport du cylindre à ln sphère, trouvée par Archimède : Mernini me vim illius demon atrationis nunquam percepisse totam; j'ai mémoire de n'avoir senti toute la force de cette démonstration. Il n'y à point

de géomètre, si grand qu'il soit, qui ne vous avoue qu'il s'est luimême perdu quelquefois sur la longueur de ses démonstrations.

Mais celui qui peut entendre la solution du problème de ln précession des équinoxes était-il en état de la trouver? Non. Cette réduction d'une vérité éloignée à un fait simple n’est pas Fouvrage de tout esprit. Il n'y a point de mauvais édit du souverain qu'on ne puisse réduire à cette conclusion : Donc, sire, votre bon plaisir est que nous brûlions nos moissons ; mais ÿ #-t-il beaucoup d'hommes capables, je ne dis pas de faire, mais d'entendre cette proposition?

Ce n'est pas seulement en géométrie, c'est dans tout art et toute science que les vérités sont identiques. La science de l'univers entier se réduit à un fait dans l'entendement divin. Les vérités sont donc identiques en économie politique, pour-

Page 106. — Le système de Newton est partout enseigné.

C'est-à-dire, qu'on y expose sans démonstration les conclu sions de son système, mais les démonstrations sont restées et resteront toujours lettres closes pour la généralité des hommes.

Anterrogez D'Alembert, et il vous dira qu'il y a tel corol- Jaire si profond qu'il n'est pas bien sûr de l'entendre.

Tout ce chapitre XXHE n'est qu'un tissu de paralogismes dont les images et le style n'empêchent point le dégoût,

Jbid. — La découverte du carré de l'hypoténuse, citée en exemple, est bien d'un ignorant en mathématiques. Jamais il n'y eutde démonstration si simple, mème au moment de l'invention *.

— L'unique privilége du génie est d’avoir frayé la route,

— Etce privilége, d'où lui vient-il?

— Du hasard.

Cela est aussi trop plaisant.

y a* donc des vérités réservées à certains hommes parti culiers.. Soit que vous parliez de leur découverte, soit que vous parliez de leur difficulté, je n'en doute pas,

Page 197, — Or, concevoir leurs idées, c'est avoir la même aptitude à l'esprit.

Quelle assertion, grand Dieu! Inventer une chose ou l'entendre, et l'entendre avec un maître, c'est la même chose!

J'ai connu un homme qui n'avait pas lu quatre fables de La Fontaine, deux ou trois scènes de Racine ou de Corneille, qu'il croyait les avoir faites; il était si voisin des idées de ces auteurs, que ce n'était qu'une réminiscence pour lui, Les uns trouvaient sa folie plaisante, d'autres s'indignaient d'une vanité aussi outrée. C'était l'homme d'Helvétius qui ne voyait rien audessus de son petit talent.

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