‹ Œuvres complètes, revues sur les éditions originales ... étude sur Diderot et le mouvement philosophique au XVIIIe siècleChapitre 59 sur 116 · Holrésius dit à «1 y aurait donc · texte numérisé non relu

Holrésius dit à «1 y aurait donc

La mélancolie est une habitude de tempérament avec laquelle on naît el que l'étude ne donne pas. Si l'étude In donnait, tous les hommes studieux en seraient attaqués, ce qui n'est pas

vrai,

Abid. — La gloire est le besoin de quelques-uns.

Si la gloire est leur besoin, ce ne sont donc plus ni les femmes, ni un bon lit, ni une bonne table, ni ls richesse, mi les honneurs, ni aucune des voluptés sensuelles.

Triste ou gai, on est studieux, mais le caractère gai dissipe et distrait, Rabelais entre deux bouteilles oublie sa bibliothèque. A cbté d'une jolie femme, la montre de Fontenelle ne plus l'heure’. Le mélancolique au contraire fuit la société, il n'est bien qu'avec lui-même, il aime la retraite et le silence, qui signifie presque, il pense et médite sans cesse.

Au sortir de la méditation, l'homme gai retrouve sa gaieté, et le mélancolique reste mélancolique.

Jbid. — Ce n'est communément ni la femme svelte, ni Ja femme replète que l’homme préfère; s'il est jeune et pressé, d'est la femme facile. Si la fureur de jouir ne le promène plus, le je ne sais quoi qui l’enchaîne, à son insu, est l'image de quelque vertu dont il a le modèle dans son imagination, et qu'il trouve empreinte sur le front dle la femme qu'il aime.

Page 205. — Je ne voudrais ni assurer ni nier que l'homme sauvage ait ou n'ait aucune idée de justice, et qu'il pût massacrer son semblable avec aussi peu de répugnance qu'il perce de sa flèche le cerf ou le taureau.

Je sernis assez porté à croire que le sauvage qui enlève au sauvage Is provision de fruits qu'il a faite, s'enfuit, et que par sa fuite il s'accuse lui-même d'injustice, tandis que le spolié, par sa colère et sa poursuite, lui fait le même reproche.

Les lois ne nous donnent pas les notions de justice; il me semble qu'elles les supposent.

Au reste, cette question est une de celles auxquelles je voudrais svoir pensé plus longtemps avant que de prononcer.

Lorsque vous avez défini l'homme, vous avez dit que c'était un animal qui combine des idées. Quelles idées combine-1-il, si ce

4 Réponse do Fontenelle à 1s duchewss du Maine qui lui demandait La dits

ronce qu y nrait entre elle ét une pandule 1 « Gout quo La pendule marque loe euros ot que Votre Altésse Les fit oublier, »

A1 dit : Le hasard fait les hommes de génie. Dites : 1 les place dans des circonstances heureuses.

Ai dit : A n'y a riea dont on ne vienne à bout avec de la contention d'esprit et du travail. Dites : On vient à bout de beaucoup de choses.

Al dit : L'instruction estla source unique de la différence entre les esprits. Ditez : C'est une des principales.

Ai dit: On ne fait rien d'un homme qu'on ne puisse faire d'un autre. Dites : Cela me semble quelquefois.

1 dit : L'influence du climat est nulle sur les esprits. Dites : On lui accorde trop.

Il dit : C'est la législation, le gouvernement qui rendent seuls un peuple stupide ou éclairé. Dites : Je l'accorde de la masse ; mais il y eut un Säadi, de grands médecins, sous les califes.

Al dix : Le caractère dépend entièrement des circonstances. Dites : Je crois qu’elles le modifient.

H dit : On fait à l'homme le tempérament qu'on lui veut; et quel que soit celui qu'il a reçu de la nature, il n'en a ni plus ni moins d'aptitude au génie. Dites : Le tempérament n'est pas

un obstacle invincible aux progrès de l'esprit.

Al dit : Les femmes sont susceptibles de 1a mème éducation nee. Dites : On pourrait les élever mieux qu'on ne

mr Tout ce qui émane de l'homme se résout, en dernière analyse, à de la sensibilité physique. Dites : Comme condition, mais non comme motif.

I dit : U en coûte ‘souvent plus pour entendre une démon stration que pour trouver une vérité. Dites : Mais cela ne prouve point l'égalité du génie.

I dit : Tous les hommes communément bien organisés sont également propres à tout. Dites : À beaucoup de choses,

Al dit : L'échelle prétendue qui sépare les esprits est une chimère. Dites : Elle est peut-être mains longue qu'on ne l'imagine. h .

Et ainsi de toutes ses assertions, aucune qui soit ou absolu ment vraie où absolument fausse.

11 fallait être bien entêté ou bien maladroit pour ne s'en être pas aperçu ct n'avoir pas effacé des taches légères sur lesquelles l'envie des uns, la haine des autres appuiera sans mesure, et

-358 RÉFUTATION DE L'OUVRAGE D'HELVÉTIUS relègueront un ouvrage plein d'expérience, d'observations

ns faits, pete classe des systématiques, si justement décriés Vide

Poux tot con er Ct sensé, ave ses défants Je livre

ils n'ont été tirés que par des circonstances peu nr mort et qu'il faut renoncer à la douce satisfaction de le perdre, retrait à son vivant, ss

Je pue nos a np me

parut qu'une paraphrase assez insipide de quelques ms Rd livre de l'Esprit; je le reléguai dans la classe de ces ouvrages médiocres dont la hardiesse faisait tout le mérite, et qui ne sortaient de l'obscurité que par In sentence dit magistrat qui les condamnait au feu. J'ai changé d'avis; je fais cas ettrèsgrand cas de ce traité Die l'Homme ; j'y reconnais toutes les sortes de mérite d'un bon a be RE risent l'honnète homme et le bon citoyen. J'en ha lecture à mes compatriotes, mais surtout it, afin qu'ils connaissent une fois toute l'influence d'une bonne législation sur l'éclat et la félicité de l'empire, et la nécessité dune meilleure éducation publique; afin qu'ils se vention qui ne montre que leur ineptie, c'est que le savant, le philosophe, l'est qu'un sujet factieux

stre, Je la recommande aux parents, afin qu'ils ne désespèrent pas trop aisément de leurs enfants; aux hommes vais Delais tou afin qu'ils sachent que la distance qui les sépare du commun de leurs semblables n'est pas aussi grande que leur mn Le

qu'il est difficile que l'auteur n'ait pas eu quelque erreur. A-t-il été retenu par la mauvaise honte de se rétracter!.

A-t-il voulu faire sensation et publier un ouvrage qui fût contredit etillustré par des critiques, méme sensées ? ÀA-Lil préféré d'avoir

son coin séparé parmi les philesophes et par des opinions singu= lières, que d'être confondu dans la foule avec des vérités plus communes et des idées moins piquantes?

IL est lui-même l'exemple d'un phénomène qu'il a remarqué; c'est comment d'excellents esprits sont tombés #1 restés dans des erreurs palpables, Il leur suffisait d'en avoir été longtemps défenseurs. On ne convertit point eelui qui « composé des in-folio Surune inoptic; cet homme serait un héros dans son genre, s'il avait le courage de condamner au feu le travail de toute sa vie,

Un professeur en théologie trouva une réponse très-subtile à je ne sais quelle difficulté qui lui fut proposée contre la vérité de lareligion; etle voilà qui, d'inerédule qu'il était, devint croyant,

comme si cette objection mème solidement résolue, n'en restait plus à résoudre; mais sa vanité était intéressée à la regarder comme la plus importante, et c'est ce qu'il fit. On retrouve à chaque pas la scène du maitre de danse et du maître en fait d'armes, où nous allons rire tous les jours de nous-mêmes,

11 dit : La justesse de l'esprit dépend de la comparaison des idées et de l'attention avec laquelle on observe. Dites : Tout esprit n'est pas propre à comparer toutes idées ; tout esprit n'est pas capable d'attention.

11 dit : Poursuivez toujours le bonheur, ne l'atteignez jamais; c'est sous peine de retomber dans l'ennui, en l'éprouvant fort inférieur à votre attente. Dites : Je sais bien que c'est à la peine hassaisonner le plaisir ; je sais que sa possession répond rarement à motréattente; aveccela, monsieur Helvétius, je ne suivrai pas votre conseil : si la nature, le travail ou l'occasion m'offre le moyen d'être heureux, je le saisirai, je le saisirai vite, je ne craindrai pas de manquer de désirs, Je ne laisserai pas à mon imagination le temps de me surfaire une jouissance que je trouverais moins

douce; je tendrai mes bras au plaisir qui vient, mais je ne veux pss les tenir tendus trop longtemps, € est une position qui fatigue. Je courrai après le plaisir qui s'éloigne, mais je ne m'excéderai pas, j'arriverais avec la lassitude et le dégoût. Hlusions d'avare ou de coquette, sottes illusions, plate duperie ; aussi la coquette vieillit-elle avec douleur et regret, l'avare meurt-il désespéré.

INTITULÉ L'HOMME. sm

arrive que vous répondez juste à l'objection qu'on ne vous fait pas, et que vous en levez une à laquelle vous ne répondrez jamais. C'est que l'homme à grande mémoire a trop de la même couleur brune sur sa palette, trop de pente à l'employer, et qu'il peint noir où gris.

Il dit : Ne vous plaignez pas du trop peu de mémoire. Détes: Mais si je me plains du trop qui me raye de la classe des hommes à talent, vous me le permettrez.

It dit : Les Sapho, les Hypathie, les Catherine furent des femmes de génie: Ajoutez: Et de ce petit nombre j'en conclarai une égale aptitude au génie dans l'un et dans l'autre sexe, et qu'une hirondelle fait le printemps.

A4 dit : Les hommes ‘ont été grands dans tous les recoins de terre où ils n'ont éprouvé aucune influence étrangère qui les ait

Dites : Également grands, je n'en crois rien.

Itdit: La nature de l'esprit consiste à observer des rapports, Ajoutez: Je le veux ; mais est-ce l'oreille qui observe et compare des mpports? Non. Est-ce l'œil qui observe et compare des rapports? Non. Ils reçoivent des impressions, mais c’est ailleurs que la comparaison s'en fait. Cette opération n'est d'aucun des “sens, à qui appartient-elle donc? Au cerveau, je crois. À quoi bon avoir fait le procès aux sens, si vous ne démontrez pas qu'on

peut tout avec un cerveau communément bien organisé? Quoi, un vaisseau de Ja tête un peu plus ou moins dilaté, un de ses os un peu plus où un peu moins enfoncé, le plus faible embarras decireulation dans le cervelet, un fluide un peu trop ou pas assez fluide, une petite piqûre dans la pie-mère rend un homme stupide ; et la conformation totale de la boîte osseuse et du fromage mou qu'elle renferme et des nerfs qui y sont implantés ne fera quoi que ce soit aux opérations de l'esprit! Je crains bien que Nous n'ayez négligé dans votre calcul les deux principaux ressorts de li machine, la cervelle et le diaphragme.

Ildit : Que m'importe la diversité de l'organisation? Il me suffit qu'elle préexiste, même à la naissance. Dites : Qui, cela

Pour que vous ayez tort et que votre conclusion soit fausse. Ces causes naissent différentes ‘en sont pas moins également capables des mêmes effets; Shine pas.

1 dit : L'usage des mauvai aliments grossiers, des appétits désordonnés ne font rien à l'esprit. Ajoutez : Bien

férent le repos à toutes les jouissances qu'on n'obtient que par des soins. Qu'attendre de celui qui a mis son bonheur dans la paresse? Nier-vous l'existence des vrais paresseux? Nous le sommes tous par intervalles, et il y a des hommes nés las.

Il dit qu'il est étonnant que des hommes s'occupent sérieusement de tours et d'arts futiles. Dites qu'il ne faut pas s'étonner que ns s'occupent de ce qui enamuse un grand nom bre d'autres, Chez les Romains, le peuple quittait les pièces de Térence pour des sauteurs, des funambules et autres bateleurs de cette espèce. Le poëte qui s'en plaignait avait raison ; le

: qui en eût été surpris, aurait mal connu le peuple.

11 dit qu'il veut détruire le merveilleux et non le mérite de l'esprit. Dites qu'on ne détruit point le merveilleux d'une chose utile, grande et rare par quelque cause que ce puisse être,

Si Helvétius avait eu autant de justesse que d'esprit et de ssgacité, combien de choses fines et vraies il n'aurait pas dites! Al est heureux qu'il se soit trompé, Il y a toujours quelque chose à apprendre dans les ouvrages des hommes à paradoxe, tels que lui et Rousseau ; et j'aime mieux leur déraison qui me fait penser, que des vérités communes qui ne m'intéressent point. S'ils ne me font pas changer d'avis, presque toujours ils témpèrent la témérité de mes assertions.

IL dit : Le mot esprit juste comprend dans sa signification étendue toutes les différentes sortes d'esprit. Ajoutez, vous Est-ce qu'il y a différentes sortes d'esprit? Vous ne pouvez le nier sans contredire l'expérience, ni l'accorder sans renoncer à wos principes. Il y a des esprits vifs, des esprits lourds, mais ou ces instruments différents sont capables ou ils sont incapables des mêmes ouvrages. Quidquid direris, argumentabor.

At dit : Les jansénistes disaient que les jésuites avaient introduit le plaisir dans un ballet, et que pour le rendre plus piquant ils l'avaient mis en culotte" ; il faut rendre justice aux jésuites, cette accusation est fausse. Dites, vous : Il faut rendre

4 « Les jésuites donnèrent à Rouen. em 1250, un ballei dont l'objet était de

et, pour rendre le Plaisir plus piquant, L alors les janséaists, los jécuites Tout sis en culotte.» (De l'Homme} section 11, chapitre zvr.)

On peut se promettre un courage qu'on n6 2e retrouve pas, une vertu qui nous abandonne au moment.

On peut se croire incapable d'un crime qu'on commet, et capable d'une grande action qu'on ne fait pas.

L'homme enivré de l'attente d'un bonheur éternel, s'ignore lui-même et fléchit le genou devant les idoles qu'il bravait au fond de son cœur, mais loin du chevalet.

Ne pensons ni trop bien ni trop mal de nous, sans y être autorisés par des épreuves réitérées. Atiendons le dernier moment pour prononcer sur notre sort et sur notre vertu.

Me Makaley* disait que jamais la vue d'un despote ou d'un prince n'avaitsouillé la pureté dé ses regards. Me Makaley avait vu son roi.

11 dit que des expériences sans nombre prouvent que partout les hommes sont essentiellement les mêmes. Dites que s'il parle d'une société d'hommes policés et libres comparée à une autre société d'hommes policés et libres, peu s’en faut que cela ne soit vrai; que s'il veut dire que partout un homme est un homme et non pas un cheval, c'est une platitude; et que s'il entend par là que dans une société quelconque un homme en vaut essen= tellement un autre, c'est une erreur, La définition de l’homme et de l'homme d'esprit n'étant pas la même, et toute définition contenant deux idées, dont l'une est le genre prochain et l’autre la différence spécifique ou essentielle, l'homme d'esprit est essentiellement différent de l'homme, et aussi essentiellement différent que l'homme l'est de la bête.

L'organisation bonne ou mauvaise constitue entre les hommes une différence que rien peut-être ne saurait réparer. Les anstomistes, les médecins, les physiologistes vous le démontreront par un nombre infini de phénomènes : ouvrez leurs Ouvrages, et vous verrez que ce ressort, quel qu'il soit, de toutes nos opérations intellectuelles souffre d'une manière presque miraculeuse de la moindre altération qui survient dans le reste de la machine; vous verrez un léger accès de fièvre ou donner de l'esprit ou rendre stupide. N'avez-vous jamuis eu le mal de tête? Vous n'avez pas dit un mot des fous; cependant Ia

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