‹ Œuvres complètes, revues sur les éditions originales ... étude sur Diderot et le mouvement philosophique au XVIIIe siècleChapitre 80 sur 116 · DE L'EMPLOI DU TEMPS · texte numérisé non relu

DE L'EMPLOI DU TEMPS

Page 188, — J'ai lu ce chapitre avec le plus grand plaisir; ÿe n'ai pas la force de le contredire en forme, mais je crains bien qu'il n'y ait un peu plus de poésie que de vérité. J'aurais plus de confiance dans les délices de la journée d'un charpentier, si c'était un charpentier qui m'en parlät, et non pas un fermier général dont les bras n'ont jamais éprouvé la dureté du bois et la pesanteur de ls hache, Ce bienheureux charpen— tier, je le vois essuyer la sueur de son front, porter ses meins sur ses hanches et soulager par le repos la fatigue de ses reins, baleter à chaque instant, mesurer avec son compas l'épaisseur de la poutre. Peut-être est-il fort doux d'être charpentier ou fcieur de pierre, mais franchement je ne veux point de ce bonheur-là, même avec l'agréable souvenir, à chaque coup de cognée ou de scie, du payement qui m'attendrait à la fin de ma journée.

Toutes les sortes de travaux soulagent également dé l'ennui, mais tous ne sont pas égaux. Je n'aime point ceux qui amènent rapidement ls vieillesse, et ce ne sont ni les moins utiles, ni es moins communs, ni les mieux récompensés.

La fatigue en est telle, que l'ouvrier est bien plus sensible à Îa cessation de son travail qu'à l'avantage de son salaire : ce m'est pas sa récompense, c'est la dureté et la longueur de sa tâche qui l'occupent pendant toute sa journée. Le mot qui lui échappe lorsque La chute du jour lui ôte la bèche de la main, ce n'estpas : « je vais donc toucher mon argent. n c'est: « m'en xoilà donc quitte pour aujourd'hui. »

Et vous croyez que quand il-est de retour chez lui, il est bien pressé de se jeter entre les bas de sa femme? Vous croyez qu'il y est aussi ardent qu'un oisif entre les bras de sa ES que le matin d'un dimanche ou d'une fête.

Jai pourtant fait une expérience que je vais rapporter : on en conclura tout ce qu'on voudra. Je revenais du bois de Bou-

huit ou dix heures de scie vous auraient bientôt adouci les ennuis del'OEil-de-Bœuf.

Je saïs très-bien que chaque état a ses disgrâces. Je lisais à quinze ans, je relisais à trente, dans Horace, que nous ne sentons bien que les peines du nôtre, et je riais et de l'avocat qui envie le sort de l'agriculteur, et de l'agriculteur qui envié lé sort du commerçant, et du commerçant qui envie le sort du soldat, et du soldat qui jure et tempète contre les dangers de son métier, la modicité de sa paye et la dureté de son caporal ou de son capitaine! ; avec tout cela je m'aime mieux étendu nenchalamment dans mon fauteuil, mes rideaux tirés, mon bonnet renfoncé sur les yeux, occupé à décomposer des idées, qu'à battre le ciment, quoique je ne fasse aucune comparaison de la répri= mande du piqueur et de la satire du critique rongé d'envie et plein de mauvaise foi, Certainement un coup de sifflet au théëtre fait plus de mal À un auteur que dix coups de bâton n’en font au manouvrier paresseux où maladroit; mais, au bout de huit jours, l'auteur silé n'y pense plus, et le plâtre pèse toujours également sur les épaules courbées du porteur d'oiseau*,

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