‹ Œuvres complètes, revues sur les éditions originales ... étude sur Diderot et le mouvement philosophique au XVIIIe siècleChapitre 92 sur 116 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Page 320, — Les mœurs ct les actions des animaux prou= vent qu'ils comparent, qu'ils portent des jugements; ils sont à cet égard plus ou moins raisonnables, plur où moins ressemblants à l'homme.

Après cet aveu, je ne conçois pas comment Helvétius accorde tant à l'organisation dans la comparaison de l'homme à l'animal, ét comment il peut réduire son influence à rien dans La comparaison de l'homme à l'homme.

Page 321. — J{ faut que le raisonnement par lequel j'ai

détruit le préjugé des revenants, pour opérer son effet, se présente aussi habituellement et aussi rapidement que Le préjugé même.

Et quand cela serait, vous trembleriez encore. Est-ce que la pensée a quelque pouvoir sur le mouvement intériehr?-Le tic ést pris. Votre tête dit : il n'y s point de revenants; non, il n'y a point de revenants ; et votre cœur se trouble, et vos entrailles S'émeuvent, et le frissonnement se répand dans tous vos mem bres, vous avez peur. Hobbes se moque de lui-même, sa frayeur lui fait pitié; et sa frayeur dure*.

4. Bayle n'aimait point Hobbes, qui le lui rendait bien; il prétend que le phlio— nophe anglais avait peur des fantômes ot des démons ot il tâche do lo prouver ed sautesant cote ningalière thèse qu'il devait en être ain, parce que la croyance à a magie et aux diableries est une conséquence nécesmaire de la von-crayance eù Dieu.

INTITULÉ L'HOMME, is

A1 fait Le voyage de Londres, La manière honnête dont il « traité tous les étrangers en France et son mérite personnel lui concilient l'accueil Je plus distingué des hommes de lettres et des grands ; et la nation anglaise devient à ses yeux la première des nations '.

Maïs si l'intérês fait honorer le vice dans un protecteur, le ressentiment fait décrier le mérite dans un persécuteur,

Témoin Helvédus. 11 publie son ouvrage de l'Esprit; au lieu d'en recueillir l'honneur et les éloges qu'il est en droit de s'en promettre, le voilà exposé à une longue suite de disgrâces qui flétrissent son cœur eL qui aigrissent son humeur. Aussitôt il me voitplus dans sa patrie que la plus méchante et la plus vile des nations.

Cependant il loue Catherine IL, qu'il n’a point approchée et dont les bienfaits ne séduisirent point son jugement; mais il était assez bon pour s'approprier les marques de bonté que J'en avais reçues et s'en faire un devoir de reconnaissance per= sonnel. Helvétius, nimait téndremént ses compagnons d'études. Ce n'était pas un génie facile, mais c'était un beau génie, un grand penseur et un très-honnête homme.

Page 325. — L'intérêt éclaire le souverain sur le mérite; le Péril et le bevoin passés, il ne le distingue plus.

Je ne crains pas qu'on m'accuse de flatter les souverains; mais Turenne, enterré à Saint-Denis et honoré par le souverain dans ses cendres; le vainqueur des Tures dans la dernière

guerre, Romanzoff?, comblé de gloire et de richesses par l'imest de Russie, et tant d'autres élèvent la voix contre le reproche d'Helvétius.

Ce dont je les accuserais plus volontiers, ce ne serait pss d'ingratitude, mais c'est d'avoir souvent accordé au viee et à la bassesse la même récompense qu'à l'héroïsme et à la vertu et confondu l'homme rare avec le faquin.

Jamais le mérite reconnu ne tombe dans l'avilissement ; on oublie, mais on n'avilit point Catinat.

scaeilli avec faveur par le moazrque prétendu philosophe. Diderot, qui savait À quoi s'en tenir aur cette philosophie, AE td 3 bee D ce 00 LE Re et jen ea 448 ai par Prés,

4. Le yoyagn à Londres fat exécuté en 1104, un an arant le voyage en Prusse. 4. Karamaii l'appelle lo Turenne ruse.

INTITULÉ L'HOMME. h7

Cela est-il bien vrai? Un puissant se conduira comme si les droits de la propriété n'étaient rien, mais nous le fera-t-il jamais croire? Celui qui dira au lion : Seigneur, en les dévorant vous leur faites beaucoup d'honneur, sera aussi scélérat, mais ne sera pas plus crédule que le renard de la fable. Le distributeur des honneurs, des richesses, des châtiments s'attache les

obtient des applaudissements, mais il n'asservit pas même les âmes qu'il a corrompyes. Si vous croyez que l'on s'honore du titre d'esclave, que l'on méprise sincèrement l'état d'homme libre, vous vous en rapportez aux grimaces d'un malheureux dont un mot romprait le fil qui tient le glaive suspendu sur sa tête,

Je ne connais rien de plus contradictoire à vos principes que tout ce que vous avancez ici. Est-ce que l'esclave en faveur n'est pas sans cesse dans les tanses du péril? Est-ce que l'esclave opprimé n'est pas toujours souffrant? Comment se peut-il faire que l'homme qui craint et l'homme qui souffre aient un vrai mépris pour l'homme qui ne craint ni ne souflre? Vous avez pris l'inaction, le silence ou l'hypocrisie pour la véritable expression du sentiment, qui las, tôt ou tard, de sa contrainte, s'échappe par un coup de poignard qui fait ruisseler le sang moir du tyran.

Sile monstre pouvait commander à l'opinion, il serait en sûreté. Et que prouvent les opinions religieuses que vous m'objectez? 11 s'agit de l'homme, et vous me parlez de Dieu, d'un être fantastique, maître du juste et de l'injuste, dont j'adore les jugements et que je remercie des coups de fouet dont il me déchire, parce qu'ils sont le gage de: sa commisération pour moi et presque l'assurance d'une félicité éternelle,

Le tyran est un homme que je hais au fond de mon cœur ; Dieu est un tyran auprès duquel je me fais un mérite de ma patience, et je me résigne.

Page 927,— Sans la force, que peut le bon sens?

out avec le temps. Une, erreur tombe et fait place à une erréur qui tombe encore; mais une vérité qui malt et une vérité qui lui succède sont deux vérités qui restent.

4 «Vous leur fites, seigneur, En les croquant besucoup d'honneur.

La Fontagse, fables, livre VII, Fable à : Les Animaux malades de la pete.

ANTITULÉ L'HOMME. |

NOTES

| Page 367 1, — Presque toutes, les disputes théologiques cessent au où elles ne donnent aucune préférence aux digaités de * Si, lorsqu'on dit au monarque : « Sire, il est janséniste ; Sire, il est moliniste, » le monarque répondait : « Mais at-il des mœurs? est-il éclairé? Je lui donne cette abbaye: rien n'empêche que je ne le nomme à cet épiscopat vacant. » ce n'est pas le public, c'est le théologien même qui jetterait du mépris y qe la dispute; il n'en serait plus question que dans es “insignifiantes du bachelier, 858. — Si Poniatowski eût imité Trajan*, il se serait Ds, Jon na aa il eût été l'idole de son pays, et sa conduite généreuse aurait étrangement déconcerté les puissances copartageantes de la Pologne. 11 fallait assembler une diète, prendre le sceptre et la couronne, les déposer et dire : « Si vous en connaissez un plus digne que moi de régner sur vous, momméz-le...» Ou il eût obtenu d'un consentement unanime de Ja nation une autorité qu'il sbdiquait, ou il eût laissé à un autre le soin de sauver la patrie du péril qui ls menaçait.

SEGTION X.

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