OR GANT
Volait en l'air, et sa bouche enflammée
Tint ce discours : « Fiers ennemis de Dieu,
u Voici le Ciel, autrefois votre place;
« De mon forfait je u"ai point de remord;
«' Par un nouveau, couronnons notre audace,
u Et vengeons-nous de l'injure du sort.
« Il l'a voulu; par un coup de tonnerre
<' Précipités du séjour de lumière,
« Le noir Ténare, en ses flancs odieux,
« Servit d'asile à l'élite des Dieux.
« J'ai tout perdu, ma dignité suprême,
« Mon sceptre d'or, et ce trône immortel
« Qui dominait les Puissances du Ciel;
« Mais, malgré tout, je suis encor moi-même.
« Indépendant des arrêts du Destin,
« J'étais un Dieu, je le serai sans fin,
« Et les sillons de la foudre éclatante,
« Et les tourmens de la Gehene ardente,
« Ne peuvent point arracher à mon cœur
a Ni repentir, ni l'aveu d'un vainqueur.
« Je fus jadis, dans l'Olympe céleste,
« Le Dieu du bien; le mal et la fierté
« Sont mon essence et ma divinité.
« J'ai tout perdu, mon courage me reste
« Pour triompher ici de nos rivaux,
« Ou pour braver des supplices nouveaux. »
Qu'on se figure Amphitrite immobile, Roulant ses plis d'une haleine tranquille. Les Alcyons promenans leurs berceaux, Et les Tritons se jouant sur les eaux; Puis tout à coup les cieux qui s'obscurcissent, La mer en feu, les rochers qui pâlissent. Et les éclairs, et la foudre, et le vent, Qui méconnaît l'empire du Trident.
Ainsi l'on voit les Guerriers qui s'avancent, Avec le bruit des clairons belliqueux.
Réglant leur pas fier et majestueux; Mais tout à coup au signal ils s'éhncent :
ŒUVliES CO.MPLKTES DK SAi.M-.IUST
Leur choc affreux fit retenlii' le ciel; Des chars de feu les débris voltigèrent, Et des éclairs de l'acier immortel De tous côtés les nuages brillèrent.
Au même instant, les damnés, les élus, Diables et Saints se virent confondus.
Les escadrons se choquent, se dispersent. Sur les coursiers les coursiers se renversent.
Avant que Dmt^ de son souftle puissant,' Eût débrouillé TEmpiro du néant, Des élémens la guerre épouvantable, Et leurs combats et leurs rébeljiors N'exprimeni point le désordre etfroyable Que Mars souffloit parmi les bataillons.
On se pourfend, on s'écrase, on se perce; On jure, on crie, on s'avance, Ton fuit; On se mesure, on court, on se poursuit. Comme les flots que le vent bouleverse. Egale rage, égal acharnement.
Le sabre en main, là marche Foulriquanl, Tout devant lui fuit comme la poussière; Les Saintes, non; car ce Diable paillard Est chamarré, par devant et derrière.
De ces hochets quHf/oïse trop tard Redemandait à son cher Abailard.
De plus en plus redouble le carnage; L'on se blessait, mais l'on ne mourait pas.
Sur larc-en-ciel, entouré d'un nuage, En se signant, Jésus disait : Hélas!
Pourrai-je voir une telle furie?
Non. A ces mots, il appelle les vents, Trouble les airs, fait gronder les Autans, Et d'eau bénite il répand une pluie.
Il fallait voir tous les Diables rôtis Prendre la fuite en jetant de grands cris. Moins promptement les vents soumis se turent. Quand Neptunu^, armé de son trident, Leva le front sur l'humide élément.
En un instant les Diables disparurent.
Sur son éclair, Pierrot les poursuivait,
Tout agité d'une fureur tranquille,
Criant du ton que jadis il prêchait :
« Où courez-vous, troupe vaine et servile?
« Lâches, allez dans l'éternelle nuit
« Cacher au Ciel Topprobe qui vous suit.
« Quelle terreur glace votre courage?
« L'eau vous fait peur! Ah! je croirais bien plus
« Que vous craignez le destin de Malcus I »
Le Saint, du geste appuyant ce langage,
Contre un essaim des profanes Esprits
Laisse échapper la clef du Paradis ;
De cette clef des Diables s'emparèrent.
Et dans le Ciel bientôt se renfermèrent.