ARGUMENT
Comment V Aumônier George, jadis fessé, rencontra sa ma.îlresse ■lourdise ; comment il se brouille avec icelle; comment le Comte Blois délivra sa sœur.
Mon cher Lecleur, prenez une bouteille Auprès de vous, et si vous fais dormir; Buvez un coup, cela l'esprit réveille, Ou tout au moins l'endort avec plaisir. C'est un remède exquis, aimable, voire.
Dont se servait, quand il lisait Cotlin, L'ami BoUeûu, de caustique mémoire.
Et maint moderne, en lisant le Cousin ; Au lieu d'écrire, il ferait mieux de boire; Il rirait mieux, et nous bâillerions moins, S'égargnerait nos ennuis et ses soins, Et le plaisir aurait, s'il n'a la gloire; Car, mes amis, l'un vaut l'autre, à mon sens : L'un est aimable, et l'autre une cruelle, Qui dans ses bras étouffe ses amans.
Dans l'un et l'autre, à l'égal on chancelé; Mais il vaut mieux chanceler dans le vin, Que sur le Pinde, une lyre à la main.
Prenez pour vous cet avis d'importance, Dira Piis. Êtes sot comme nous.
Soit, j'en conviens; mais le Docteur Amphoux,
Dans un B , prêche la continence.
Plis et moi sommes sols, j'en conviens ; Mais malgré tout, bien que chacun le sache. Soit vanité, soit complaisance lâche, Nous ne saurions dissoudre nos liens.
Mais quant à moi, je n'ai pas la manie De m'ériger en maître d'harmonie, Et de vouloir que le Faune dansant Accoure au bruit de mon sistre écorchant:
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Do croire enliii, si lo goût me coinlaniiic,
Qiio le |)ul)!ic a des oreillos tràiio.
Sur ce point-là, Piis m'est diiïôrent.
At/ien, amen. Viens, Dieu de la boulcille,
Prends ma trompette à ta bouche vermeille;
Inspire-moi, fais briller mes écrits
Du Ion charmant dont brûlent les rubis.
Çà, revenons, à l'histoire discrète De TAumônier <jui convoita Nicetlc, Lequel avons au cabaret laissé.
Bien sot naguère, et sur-lout bien fessé. Je vais chanter, surina vielle comique, Ce qui suivit cette encombre tragi(jue.
Quand une fois le bizarre destin A s;ir ([uelqu'un appesanti sa main, C'est pour long-temps, et le cruel entasse A chaque instant disgrâce sur disgrâce.
OUjuipe un jour perdit son perro([uet, Deux jours après, son petit chien barbet. Son chat ensuite, et d'outrage en outrage, Bientôt après perdit son j)ucelage, Et dit ensuite avec quelque sujet :
Cruel destin, n'es-tu pas satisfait?
George de même, et pour une accolade, Se vit roué d'une horrible gourmade.
Ce ne fut tout; car le surlendemain.
En se levant, pour tout bien il ne treuve Que sa culotte et son missel latin.
11 fait tapage; il appelle la uc/ye; Il apprend lout. Je ne vous peindrai pas De sa fureur les terribles éclats.
Le Diable il jure, et le pouvoir magique, Qu'on lui paiera ce déloyal affront.
Parlant ainsi d'une voix énergi(pie, Ses yeux remplis d'un feu diabolicpje, S'arrondissaient, et sortaient de son iront. Seul en son gîle alors il se relire; Sa voix s'entend au ténébreux Empire,
OHGANT 89
Et sur le chamj) on voit les toits voisins
Environnés de cinquante Lutins.
Georqe, bientôt, avec l'air d'un vieux Relire.
Impétueux, vole par la fenêtre.
Droit sur un char traîné par deux mulels.
Ces deux coursiers étaient nos deux valets.
Par qui, naguère, avint cetluite affaire,
Qui du Frocard maltraita le derrière.
Mes amis chers, ceci vous apprendra A ne jamais vous mettre en ce cas-là ; Car vous voyez que la prompte vengeance. D'un pied léger vers le crime s'élance. George en fureur, au bruit de maint pétar, Menace, jure, et fait voler son char.
Il rencontra dame Balourderi'\ Qui s'en venait alors de l'Italie, Selon Paris, où l'avait appelé Le bruit naissant d"un Concile assemblé. Genrije sentit, en la voyant paraître.
Doux mouvement dont il ne fut le maître. Les deux amans, l'un vers l'autre empressés, Quelques ijistans se tinrent embrassés.
George lui dit : <( Qu'es-tu donc dever.ue, " Ma Déïté, depuis (ju'on ne t'a vue? " Je t'avoùrai que, séparé de toi.
« J'étais, hélas I moi-même loin de moi. " Cent fois le jour, je maudissois l'Église i< Qui m'enlevait ma chère Balourdise.
" Mais où vas-tu? viens-tu vers ton amant « Te délasser des romains protocoles?
« Hélas! ce cœur est peut-être inconstant! « X'allais-tu point à nos Étals des Gaules >>?
« Quoi! lui dit-elle, ah! peux-tu bien penser i> Que de mon cœur ton nom put s'effacer? « Quand mes sermens et ce dernier baiser « Ne seraient point garans de ma tendresse, " Ignores-tu que toujours ta maîtresse « Aima l'Église, et les Moines sur-lout?
OF.rVRKS (;0MI>LÉTKS DE SAINT-JUST
« C'est im penchant éternel, invincible,
u El sûrement vous m'affligez beaucoup
<' De me piquer en cet endroit sensible ».
Par un baiser i\u.à sa bouche il frappa.
Le Moine dur la sotte consola.
Il raconta ses prouesses sans nombre,
Depuis le jour ([uc la Belle il ([uitta;
Mais il glissa sur la dernière encombre.
Comme il parlait, un cri les airs perça.
Soudainement George les yeux baissa,
Et vit à terre une troupe hardie
De Paladins, qui, pour Dame ravie
Par icelui, prenant Balourderie,
Le défiaient par un cri menaçant,
Et leurs écus de leurs armes cho(iuant.
Lui, peu friand des honneurs d'une joute,
Etait d'avis de poursuivre sa route ;
Mais Balourdise était femme de cœur.
Et délicate envers le point d'honneur.
« Quoi, lui dit-elle, oses-tu bien prétendre
« A mon amour, sans oser le défendre?
« Va-t'en combattre, ou je fuis sur-le-champ;
« Sois brave, ou bien ne sois pas mon amant.
(( Quoi, tu te tais! quoi, vous branlez la tête!
M Quoi, vous riez! C'est ainsi qu'on me traite!
« Point ne m'aimez». « Si fait, dit George; mais'»
« Quel est ce mais, reprit-elle en furie?
« Va, tu n'es l)on qu'à panser des mulets.
« Voilà l'effet du s;iint vœu qui te lie!
« Lâche Frocard, Moine indigne, je voi
« Le peu d'amour que Ion conir a pour moi.
« Faut-il qu'un Moine, hélas! me soit parjure »?
La Dame alors emporte son injure.
En maudissant de bouche son amant, Mais comme Moine encor le chérissant.
Nos Paladins, voyant fuir Balourdise, Crurent au sire avoir fait lâcher prise. Vers le lever de lastre de Vénus,
ORCANÏ 91
Tel un renard aux jarrets étendus, Lequel traînait dans sa gueule imprudente, A ses petits une poule sanglante, Aux jappemens des mâtins accourus, Lâche sa proie, et trompe leur attente. Nos deux amans, après de tels adieux, Tout stupéfaits, s'envolaient par les cieux.
Ces Paladins étaient Henri de Guise, Paul Ençiuerrand, et le Comte de Blois. Unis de gloire et damitié tous trois, Ils avaient fait ensemble l'entreprise De délivrer Marriuerlle d'Eoreux.
Depuis trois ans, cette jeune Princesse, Dans un désert, sur un rocher affreux, Où se brisait l'océan orageux, Pleurait Terreur d"'une tendre faiblesse. On la croyait morte depuis long-tems.
La cruauté de ses lâches parens, Sur ce rocher l'avait seule exposée Avec le fruit d'une innocente erreur.
Pour y mourir, au gré de leur fureur.
De faim, de honte, ou plutôt de douleur. De maints Héros la valeur abusée Avait long-temps cherché dans l'univers Le bord heureux, l'impitoyable rive Qui retenait Marçiuerite captive; Mais vainement. En croisant sur ces mers. Quelques Marchands d'Anlioche et de Damiette Furent un jour portés par la tempête Vers ce rocher, où l'amour malheureux A relégué Marçjuente d'Evreux.
« Oh! si le sort vous mène en ma patrie, Dit Marguprite à ces Marchands d'Asie, « Allez à B/ois; mon frère en est Seigneur; « Découvrez-lui le destin de sa sœur, <( Car il l'ignore avec toute la terre; « Quand je partis, il était à la guerre, a Et mes parens, sans doute, sur mon sort,
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K Auront jelé le voile do la mort ».
Lejuslo Ciel, vers les côtes de France, Fit naviguer, au bout de quelques mois, Les Naulonniers, qui, par reconnaissance, Ou par l'attrait de quelque récompense, Cherchent le Comte en la cité de Bloh.
Les yeux sans cesse étendus vers la France. Dans son désert, Marfiuerile d^f^vreux Se nourrissait d'une frêle espérance, Depuis le jour de ce naufrage heureux.
Dans les ennuis de sa longue détresse, Elle croyait, tantôt que les Marchands Ont oublié ses maux et leur promesse; Tantôt l'espoir adoucit ses tourmens; Elle disait ; « Je reverrai peut-être u Ces champs fatals où le Ciel m"a fait naître; « J'embrasserai l'urne de mon amant, « Celte urne, Ciel, dont mon cœur est l'image ! « Tu i)leureras, fatal et tendre enlant, " Tu pleureras sur ce cher monument " Où gît le cœur dont le tien est l'ouvrage! ■' Son crime fut un malheureux amour, (c El le moment qui t'a donné le jour. (' Le sort cruel refuse à ta misère " De proférer jamais le nom de père.
« Tu ne pourras dans le monde espérer « D'autre bonheur que celui de pleurer. « Si la douleur consume enfin ma vie, " Sans nom, proscrit, tu fuiras ta patrie; <' Dans le tombeau, je ne pourrai plus, moi, « Te consoler, ni pleurer avec toi; « Le préjugé te refusera même, .> Et la douceur et le soulagement " De confier, dans ta misère extrême, " De tes malheurs le secret flétrissant. « Ciel! est-ce là la funeste espérance '■ Dont je me flatte on retournant en France? " Ah! rien ici n'outrage tes malheurs;
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« Tu n'y vois point les monstres détestables « Dont la fureur nous a trouvés coupables. « Après mon lait, tu vivras de mes pleurs »!
Ainsi parlait la faible Marguerite, Plaignant de pleurs, serrant contre son sein Ce tendre fruit de sa flamme proscrite, Qui la pressait d'une innocente main.
Et souriait à son cruel destin.
Une autre fois, d'/Trrew.r étend la vue Sur cette humide et déserte étendue.
Chaque vaisseau i\m point dans le lointain, Lui rend l'espoir, et l'emporte soudain. Un soir enfin qu'en proie à sa détresse, Sur le rivage elle se désolait, Un bruit s'entend, et voici qu'il paraît Trois paladins armés de toute pièce.
(( Guise, ô mon frère, ô mon frère, Enguerrand »! D' Foreur alors tombe sans mouvement; Mais le plaisir la rend à la lumière.
« Je te revois, je t'embrasse, ô mon frère »! Monsieur de Biais, de pleurs de sentiment, Baigne la sœur, et la mère, et l'enfant. Sans se parler, long-temps ils demeurèrent, Et dans leurs bras tous quatre se pressèrent. Sous un rocher cVEoreux les conduisit, Et pour repas des figues leur servit.
« 0 mes amis! leur dit-elle; ô mon frère! « Vous la voyez la roche hospitalière, « Qui, dans ma peine, en son sein m'a reçu; « Ici trois ans ma douleur a vécu; '( Ici naquit cette faible victime, «' Ce faible enfant dont la vie est le crime. <' Et mes parens, ils sont sans doute morts? « On ne saurait vivre avec les remords ».
« Ils ne sont plus, lui répondit le Comte. " Dieu les frappa d'une vengeance prompte; « J'eus à pleurer dans le même moment >< Tant de malheurs, et celui de survivre
94 ŒUVRES COMIM.KTKS DE SAINT-JUST
w A ton désastre, cl no pouvoir te suivre. « Au premier bruit que ton fatal amant, « Par un forfait, avait perdu la vie, « Il accourut du fond de la ISeustrie, « Un Chevalier, son père apparemment, (' Qui dans le sang de mon père coupable (> Lava l'affront par un coup hononble. « Bientôt ma mère expira de chagrin : « Avec la vie expire l'infortune! « Moi, je ne dus une vie importune K Qu'à la rigueur de mon triste destin.
« Je te crus morte avec la Renommée, <i Qui m'apporta ce récit dans l'armée, « Et j'ignorais, avec tout l'Univers, <c Les incidens de ce cruel revers.
Cl Mais apprends-nous ce funeste mystère, « Enseveli dans l'urne de mon père ».
D'Fvreux repart ; » De mon cruel amour « Un tel récit va rallumer la cendre, (' Et dans mon cœur réveiller le vautour. « 0 souvenir impitoyable et tendre 1 M 0 mon amant! ô mon cher Archamhau, « Puisse ma voix s'entendre du tombeau!
« Dans nos foyers, près de ma mère oisive, « J'avais passé mon enfance captive :
<( Je vis le jour, pour la première fois, « Lorsque je fus à tes noces à Blois. « J'avais quinze ans; innocente, inconnue, (■< De maints Héros mon nom fixa la vue; « Mais ArcJiamhau, venu pour mon malheur, « Seul eut mon âme, et seule j'eus son cœur. « Il était fils d'un Guerrier de Neustric, « Pauvre, mais grand; obscur, mais vertueux, « Grand par lui-même, et non par ses aïeux. « Que vous dirai-je? il me donna sa vie, <( Et mon amant était noble à mes yeux!
<' De ma vertu la rougeur indiscrète « Lui découvrit ma fatale défaite.
« Et je lisais sur son front amoureux
« Ses sentimens, et les miens avec eux.
« Ah! j'ignorais que s'aimer fût un crime!
« Il l'ignorait sans doute comme moi;
« 11 me donna, je lui donnai ma foi;
« De mes faveurs je parai ma victime;
« Mais inquiète, et sans savoir pourquoi!...
« Plaisirs cruels, de combien de détresse
<( Mon triste cœur a payé votre ivresse!
u Je devins grosse, et mon crime innocent
« Trahit bientôt mon malheureux amant.
(( Baigné de pleurs, il va trouver ma mère,
« Pour implorer sa générosité.
<( Il était pauvre, et mon père irrité,
<( En le voyant, saisit un cimeterre... »
« Frappez, dit-il ; mais vous êtes mon père.
« Je dois mourir, sinon de votre main,
« D'amour, d'horreur, de honte et de chagrin.
« Mais épargnez votre fille adorable.
« Je l'ai séduite, et voici le coupable,
« Ce faible cœur, qui seul a fait le mal,
« Et qui croyait le vôtre plus loyal ».
« Ma mère alors, implacable tigresse, u De son époux gourmande la faiblesse, « Et de sa main, sa main court arracher « L'acier fatal qui semblait trébucher.
« Mon père cède à sa bouillante rage; « Ma mère vole, épouvantable image!
« Ah! mon amant! ah! ce sein adoré '< De mille coups est déjà déchiré!
« 0 juste ciel ! ô jour que je déteste ! « J'ai pu te voir après ce coup funeste! « Il expirait, et ses derniers accens « Étaient : Seigneur, épargnez vos enfans!
« Cher .4 rchambau, peut-être que ton ombre « Cherche (ÏEvreux sur le rivage sombre. « Trop faible, hélas! ton amour ne croit pas « Qu'elle aura pu survivre à ton trépas :
06 oj:rvi{ES gomi'i.ktks dh saint-jlst
«> Mais.i'iii vécu pour ccl autre loi-nième,
« PoLii' nous donuoi' quelque jour uu vengeur;
0 Et j'ai connu, par ma misère extrême,
" Qu'on ne meurt [)oint d'un excès de douleur.
« Alix accourt devers une tourelle,
<i Où j'attendais mon amant expiré.
u Elle me peint celle scène cruelle.
0 Le fer en main, mon père entre égaré.
« Alix s'élance; il me frappait sans elle.
« Evanouie et froide entre ses hras,
« De sa fureur je ne me souviens pas.
<> Le lendemain, plaintive et malheureuse,
(( On m'envoya sur celte rive affreuse.
o Un mois entier je parcourus les mers;
« Depuis ce temps, morte à tout l'Univers,
« Livrée en proie à ma douleur profonde,
u Mon cœur n'avait pour confidens muets
« De tant d'amour et de tant de regrets.
« Que les cieux sourds, que les rochers et Fonde.
<i L'onde où mes pleurs se mêlaient nuit et jour.
« Sur ce rocher, mon sein a mis au monde
« Cet innocent, fruit d'un coupable amour;
« Avec mon lait, il a bu l'infortune
« Que le Destin nous a rendu commune.
<-< C'était ici que je croyais mourir;
• Ma crainte était de le laisser, peut-être,
u Ce faible enfant, avant de se connaître;
<' Et pour tromper ma crainte et mon loisir,
i< J'avais tissu ce berceau, pour l'y mettre,
t' Et sous le Ciel, en mourant, l'envoyer
<' Chercher sur inonde un bord hospitalier.
« Le veut un jour s'éleva sur ces plages;
« Le ciel noirci se couvrait de nuages,
« Et dans les (lots se brisaient les éclairs;
« Des cris confus s'élevaient dans les airs.
« Je vois de loin sur la mer écumante
« Trois vaisseaux prêts à périr tour à tour :
« De plus en plus redouble la tourmente;
OIIGA.XT
Et l'horizon, clans son vasie contour, Aux Nautoniers, tous glacés irépouvante, Ne présentait que des montagnes d'eau, Que ce rocher, et qu'un vaste tombeau.
La mer mugit, et la vague qui brûle, Sur lés vaisseaux fond, éclate, et recule. Je m'écriai, pour épuiser mes pleurs :
Est-ce trop peu de mes propres malheurs ! La nuit survint; les éclairs, le tonnerre Brillèrent seuls durant la nuit entière. Je recueillis à l'aube, sur ce bord, Quelques Nochers échappés à la mort; Leur vaisseau seul, respecté du naufrage, Sous des rochers qui cintrent le rivage, Par le hasard avait été jeté; Asile aifreux, mais plein de sûreté.
Je les rendis, par mes soins, à la vie, Et je vois bien qu'ils n'ont pas oublié Le vœu d'aller bientôt dans ma patrie, Que m'avait fait leur tranquille pitié ». Monsieur de /Unis embrassait Marguerite^ Paul Enr/uerrand de pleurs baignait sa main; Henri de Guise, esprit tendre et chagrin, Disait, versant des larmes à'HéracAlie : Jaloux de voir son œuvre trop parfait, Dieu sur la terre envoya l'Inlérêt; L'enfer ouvrit son gouffre épouvantable, Et nous vomit ce monstre impitoyable.
Dans ces beaux jours écoulés à jamais, Et dont nos cœurs conservent la chimère, Jours fortunés de candeur et de paix.
Où Dieu sans doute habitait sur la terre, L'Indépendance avec l'Égalité Gouvernaient l'homme, enfant de la Nature, Et destiné, par son essence pure, A la vertu comme à 'a liberté.
L'autorité de criminelles loix, De ses penchans n'étouiTait point la voix.
OiaVRES C0MPIJ-:TES de SAINI-jrST
-< Les cœurs égaux, d'un accord unanime,
u Brûlaient sans honte et se damnaient sans crime.
« Mais dans le monde arrive l'Intérèl; « L'Égalité tout à coup disparaît, a L'Ambition dresse sa tète immonde, « L'Amour en pleurs abandonne le monde; « La Tyrannie invente les sermens; « Le Désespoir égare les amans; « L'or fait des lois, et l'Intérêt amène « Le déshonneur, les forfaits, et la haine. « Ah! fallait-il, ô Ciel, dans ta rigueur, « Captiver l'homme, et lui laisser un cœur »!