Chroniqueur de la Pucelle
ORGANT 83
Cent fois plus sotte eiicor que l'Ignorance ;
Ses yeux étaient ceints d'un voile d'airain;
De le percer elle lâchait en vain !
Elle tenait une lanterne obscure,
D'où s'élevait une fumée impure,
Et toutefois son cortège hébété,
A sa lueur cherchait la vérité.
Sa nuque était vers la terre affaissée;
Elle rongeait le mords avec les dents;
Et par ce mords sa langue embarrassée
Ne bégayait que des sons discordans.
Le sot Orgueil paraissait auprès d'elle; Il lui servait de digne champion, Et chaque jour, à sa gloire fidèle, Il combattait sa rivale, Raison.
Le Paladin dormit à la séance; En ce moment, un songe aérien Vola vers lui du Mont Olympien.
Il emporta son esprit vers la France, Et lui fit voir l'image des combats, Et les lauriers qu'il ne moissonnait pas.
En ce moment, les troupes s'ébranlèrent; Les deux partis l'un vers l'autre marchèrent, La charge sonne, on vole; mille cris, De mille coups à l'instant sont suivis. Charles criait ; Nivernois, Picardie, Soyons vainqueurs, ou perdons tous la vie ! Les bataillons heurtent les bataillons ; On porte, on pare, on rend mille horions. Pamion reçoit un coup de cimeterre.
Et voit rouler son nez sur la poussière. Charlt'Sj suivi d'un escadron picard.
Se précipite, et combat au hasard.
Les ennemis, comme la foudre il perce; Il frappe, il tue, il écarte, il renverse.
Vous avez vu les fougueux Aquilons Livrer la guerre aux fragiles moissons.
Bouleverser les campagnes humides.
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Et sous les eaux chasser les Néréides : Ainsi (levant Charlol et ses Picards, Les ennemis fuyaient de toutes parts.
Or(](inl,-en proie aux vapeurs de Morpliéc, Cioyait aussi lutter dans la mêlée.
Heureux sommeil, dans tes bras séducloiirs, Présente-moi de plus douces erreurs!
Transporte-moi dans ces lieux enchanteurs. On les Amours veillent près d' f'Jmilic, Sur le duvet mollement assoupie.
Là, sur la foi des ombres de la nuit (0 songe heureux, que n'es-tu véritable!), Montre-la moi dans un désordre aimable, lin bras, un sein, une fesse hors du lit; Que je l'entende, en une erreur pareille, Me confesser quelque tendre secret. Et que le bruit d'un baiser indiscret, Entre mes bras en sursaut la réveille.
Le sang coulait sur les rives du Rhin, Orcjinit voyait l'agile Renommée Courir les rangs, un laurier à la main. Et les Guerriers de l'une et l'autre armée, Avec chaleur balancer le destin.
Alors Pépin, fi'ère du Roi de France, Tombe mourant à l'aspect d'une lance.
A ce malheur, Organt. saisi d'elTroi, Courut venger le frère de son Roi ; Car il dormait, et ne soupçonnait guère Être si loin du monde sublunaire.
On écoulait alors un madrigal; Le Paladin, en style fort brutal.
Change la scène, et fond sur l'Auditoire : Vite on détale, et tous les beaux Esprits Fuyaient chantant sur le ton de Piis.
Organl. s'éveille, et rougit de sa gloire. Heureusement son âne il retrouva.
Monta dessus, et dans l'air s'éleva; Bientôt après son procès s'informa.
OniiAM'
Quand le Gardien^ l'oreille délogée, Se présenta dans le saint Apogée, Des esprits purs les regards curieux, Sous les (lots d'or de ses blondins cheveux Percèrent tôt, et la troupe enjouée Fit circuler une longue huée.
Monsieur David, sur un sujet si beau, Un couplet fit, plein d'un sel hébraïque, De Ihilacun l'àne en fit la musique.
Et tous les deux, montés sur un tréteau. L'un modulant sa harpe prophétique, ■ L'autre l'éclat de sa voix énergique, Vilipenda le bon Ange confus, Et divertit le peuple des Éhis.
Le gros Cochon. d'Anloine le compère, Fit le trio ; car jaloux il était Que le Psalmisle, et r.àne, son confrère, Eussent pour eux tout l'honneur du couplet! Vous eussiez dit trois de l'Acadéinie.
Le bon (Jardien n'enlendit raillerie.
« Corbleu, dit-il, on vous conseillerait « De plaisanter, si toute ma vailhnce, « De mon oreille avait suivi la chance. « Je n'en sais rien ; mais je m'en sens, je crois, « Encore assez pour vous cogner tous trois. « Si la valeur était dans les oreilles, « De vous braver je me garderais bien; « Car il n'en est aux vôtres de pareilles « Dans le contour d'e l'ost Olympien.
« Mais je ne suis ni Baiidei , ni Psalmisl'\ « Et ni Cochon, de par Snitii-.'ean-Bap'hie : « Donc, pour avoir ma revanche en ce point, « Je vous attends tous trois au coup de poing ». Un tel discours enllamma le courage Du saint Roi Jnif-^ il s'élance à l'instant, Se met en garde, et le combat s'engage. Nos deux lutteurs, une jatnbe en avant, Les yeux ci fou, sous leurs poignes nerveuses,
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Font loiir à tour gémir leurs tètos creuses.
L'Ange reçoit sur son nez ômoussé,
Un vaillant coup, dont il est renversé
Si rudement, (jue les cieux en frémirent.
Des cris de joie et de peur s'entendirent.
Il se relève, et baissant un front dur,
Prend son élan, et va d'un coup plus sûr
Frapper le Juif dans sa ronde bedaine,
Et l'envoya, sans pouls et sans haleine,
A quinze pas. L'intrépide Gardien
Court attaquer l'âne musicien.
Pour le Cochon, il avait fui d'avance;
Pour un cochon, c'était trait de prudence.
L'âne entonna l'hymne pour le combat,
Et présentant ses fesses déliées,
Lâche au Gardien ses grègues déployée?;
Adroitement l'Ange sur lui sauta,
El le baudet par les airs l'emporta.
En répétant le couplet du Psahniste,
Qui chantait lors sur un ton bien plus triste.
Mon cher Lecteur, laissons battre les Saints, Et revenons à ces pauvres humains.
J'ai trop long-temps voyagé par les nues. En vous leurrant de visions cornues.
Et de maint conte à sommeiller debout.
Il faudra bien enfin que je vous parle De VAumônier, de Vitikin, de Charle, De Caroline, et Nlcelte sur-tout.
Dame Folie a brisé mes cordages.
Comme un vaisseau qui flotte sur les eaux, Par un gros temps détaché des rivages, Ma frêle nef s'avance au gré des flots : Puissent les vents nous être favorables, Et nous mener, par des sites aimables, Devers Ithaque, ou, pour mieux dire, au but. Et de son port, dans celui du salutl
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