Louis le Débonnaire
ORGANT 137
[Car il n était lyran que par les autres),
'( Je plains les Francs qui naîtront après moi.
<( Les voià donc, ces enfans des Apôtres,
« Ces hommes saints, ces Ministres de paix!
« Grand Dieu, je vois leur sacrilège audace,
« Avec fureur s'armer contre ma race,
« Et me punir de mes propres bienfaits ! »
Le bon roi Charte, à ces tristes peintures,
Et des forfaits, et des peines futures,
Devint plus fou qu'il ne Tétait avant;
Et pour changer ce destin effrayant,
D'un pesant coup de sa fatale épée,
Fit en éclats voler l'urne trompée.
Tout se mêla. Charle, malencontreux,
Vit ses enfans encor plus malheureux.
De l'avenir l'histoire confondue
Mit dans le monde une horrible cohue;
Dessous le dais on vit des Matelots;
Un Prince Pâtre, un Pâtre Secrétaire,
Un Soldat Pape, et cette pauvre affaire
Est la raison de mille quiproquos.
Que l'on a vus depuis lors sur la terre.
Le Saint Louis, Pèlerin conquérant,
Était Curé d'une paroisse avant;
Philippe III . un Bourgeois Gentilhomme;
Son fils le Bel, Nonce, et digne de Rome.
Ses successeurs, n'importe guère quoi.
Valois guerrier, ou Ministre, et non Roi;
Le bon roi Jean, Soldat d'infanterie;
Charle huitième un beau Berger galant;
Louis onzième, Avocat ou Sergent;
François premier. Roi, mais plus défiant,
Moins preux, plus sage, et vainqueur à Pavie.
Ce Charle neuf, dont le cœur enragé,
A bu le sang de son peuple égorgé.
Était avant Inquisiteur d'Espagne;
Médicis, rien; Henri trois, Lieutenant;
Mayenne, Abbé; Guise, non mécontent.
Hcnvl régnait moins iiiaIheurcus(Mncnl ; Son lils n'était qu'un Baron de campagne; Le /lichelicu, moins altéré de sang, Était meilleur, sans en être moins grand; Cot)di\ Soldat, réparait sa naissance, Et la raison mûrissait sa prudence; Louis le (Jrond était Peintre en pastel, Moins de brillant, un éclat plus réel.
Quelque Censeur reprendra ma palette, Pour achever cette image imparfaite.
Le temps présent est une tendre fleur, Fleur délicate, et (ju'une main sensée Ne doit cueillir (ju'après qu'elle est passée. Et cependant notre brave Exippreur, Voyant les maux dont sa main sera cause. En gémissant, repasse dans son cœur, Et l'avenir et sa métamorphose.
Denis, voyant (ju'il était insensé, Le conduisit dans une ile voisine. Lieux où tout rit, mais d'un rire forcé. Des plaisirs faux la cohorte enfantine, D'un filtre doux cherchait à l'enivrer.
Les Jeux, l'amour, les festins, la bombance Cbarmaient parfois notre Empereur de France. S'il, était seul , on le voyait />leurer. Dans ces instants, il maudissait sa vie, Et sa raison renaissant par saillie.
Avec sang froid il descendait alors Au fond d'un cœur brûlé par les remords; H maudissait les Séjeans et la Reine, Il essayait de rompre enfin sa chaîne.
Mais les plaisirs revenaient sur ses pas, La volupté le berçait dans ses bras, Et le bon Sire oubliait l'entreprise, Ivre de vin, d'amour, et de sottise.
OUGANT 139