CHAPITRE PREMIER
De la nature de la Constitution Française.
Un État qui fut libre d'abord, comme la Grèce avant Philippe de Macédoine, qui perd ensuite sa liberté, comme la Grèce la perdit sous ce prince, fera de vains efforts pour la reconquérir; le principe n'est plus; la lui rendît-on même comme la polili<iue romaiae la rendit aux Grecs, l'offrit à la Cappadoce pour affaiblir Mithridate, et comme la politique de Sylla la voulut rendre à Rome elle-même, c'est inutilement; les âmes ont perdu leur moelle, je puis ainsi parler, et ne sont plus assez vigoureuses pour se nourrir de liberté; elles eu aiment encore le nom, la souhaitent comme l'aisance el l'impunité, et n'en connaissent plus la vertu.
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Au contraire, un peuple esclave ([ui sort soudain de la tyrannie n'y rentre point de longtemps : parce que la liberti' a trouvé des âmes neuves, incultes, violentes, ijuelle les élève par des maximes qu'elles n'ont jamais senties, i|ui les transportent, et (|ui, quand on en a perdu Taiiiuillon, laissent le cœur lâche, orgueilleux, indiflerenl, au lieu que fesclavage le rendait seulement timide.
Le calme est l'àme de la tyrannie, la passion est Tàme de la liberté; le premier est un l'eu qui couve, le second un feu qui se consume, l'un s'échappe au moindre mouvement, l'autre ne s'affaiblit (pi"à la longue et s'éteint pour toujours ; ou n'est vertueux qu'une fois.
Quand un peuple devenu libre a établi de sages lois, sa révolution est faite; si ces lois sont propres au territoire, la révolution est durable.
La France a coalisé la démocratie, l'aristocratie, la monarchie; la première forme l'état-civil, la seconde la puissance législative, et la troisième la puissance exécutrice.
Là où il y aurait une parfaite démocratie, ce qui est la liberté outrée, point de monarchie; là où il n'y aurait eu qu'une aristocratie, point de lois constantes; là où le prince eût été ce qu'il était autrefois, point de liberté.
Il fallait que les pouvoirs lussent tellement modifiés que ni le peuple, ni le corps législatif, ni le monarque ne jirissent un ascendant tyrannique. Il fallait un prince dans i-e vaste empire; la république ne convient (ju'à un territoire étroit. Quand Rome s'agrandit, elle eut besoin de magistrats dont l'autorité fut immense.
La France s'est rapprochée de l'état populaire autant (ju'elle l'a pu, et n'a pris de la monarchie que ce qu'elle ne pouvait point n'en pas prendre; toutefois la puissance exécutrice est restée suprême, afin de ne pas brusquer l'amour des rois.
Quand Codrus mourut, les b'bns esprits qui voulaient fonder la liberté déclarèrent Jupiler roi d'Athènes.