CHAPITRE IX Des principes de la Monarchie
Peut-être était-ce un paradoxe en politique qu'une monarchie sans honneurs, et un trône qui, sans être électif comme en Moscovie, ni disponible comme à Maroc, fût une magistrature héréditaire plus auguste que l'empire même.
J'ai dit que la monarchie était sans honneurs parce que le monarque n'en est plus la source, mais le peuple, dispensateur des emplois; elle a toutefois une vertu relative qui sort de la jalousie et de la vigilance dont elle-même est le motif et l'objet.
Je i)arle de l'esprit fondamental de la monarchie; elle paraîtra toujours populaire, quel que soit son penchant vers la tyrannie, comme le peuple se trouvera zélé pour la monarchie, (|uel que soit l'amour de la liberté.
La monarchie n'aura point de sujets, elle appellera le peuple ses enfants, parce que l'opinion aura rendu le despotisme ridicule, mais elle n'aura pas plus d'enfants que de sujets, le peuple sera libre.
Son caractère sera la bienveillance, parce qu'elle aura la liberté à ménager, l'égalité à reconnaître, la justifie à rendre.
Elle observera les lois avec une espèce de religion pour n'avoir point à se départir de sa volonté, ou pour réprimer celle de tous autres; elle sera compatissante quand elle essayera la tyrannie, sévère quand elle soutiendra la liberté.
Le peuple la chérira parce que son cœur s'endormira à la mollesse, et ses yeux à la magnificence; cependant son
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imagination se fera un préjugé de la liberté, l'illusion sera une patrie.
CIIAPITIIE X
Des /cipporls île Ions ces principes.
J'ai cru au premier coup d'œil, comme beaucoup d'autres, (|ue les principes de la constitution de France, incohérents par leur nature, s'useraient par le mouvement et ne se lieraient pas; mais (juand j'ai pénétré l'esprit du législateur, j'ai vu sortir l'ordre du chaos, les éléments se séparer et créer la vie.
Le monde intelligent dans le(iuel une républiijue particulière est comme une famille dans la république ellemême offre partout des contrastes, et (|uelquefois des bizarreries si marquées, (|u'elles ne peuvent être qu'un bien relatif dans le grand dessein de la constitution géné^ raie, à peu près comme dans le monde physique les imperfections de détail concourent à l'harmonie universelle.
Dans le cercle étroit (ju'embrasse l'àme humaine, tout lui semble déréglé comme elle, parce qu'elle voit tout détaché de son origine et de sa fin.
La liberté, l'égalité, la justice sont les principes nécessaires de ce qui n'est pas dépravé, toutes les conventions reposent sur elles comme la mer sur sa base et contre ses rivages.
On ne présumait pas que la démocratie d'un grand empire put produire la liberté, que l'égalité pût naître de l'aristocratie, et la justice de la monarchie; la nation a reçu ce qui lui convenait de liberté pour être souveraine; la législation est devenue populaire par l'égalité, le monarque a conservé la puissance dont il avait besoin pour être juste. Qu'il est beau de voir comment tout a coulé dans le sein de l'état • monarchicpie, que les législateurs ont judicieusement choisi pour être la forme d'un grand gouvernement; la démocratie constitue, l'aristocratie fait les lois, la monarchie gouverne!
Tous les pouvoirs sont issus des principes et s'élaborent sur leur base immobile; la liberté les a fait naître, l'égalité les maintient, la justice règle leur usage.
DE 1700 A i-n 27'.t
A Rome, à Athi-nes, à Garthageles pouvoirs étaient quelquefois une seule magistrature; la tyrannie était toujours près de la liberté ; aussi on établit des censures de diverses manières; en France il n'est point de pouvoir à parler sagement, les lois commandent seules, leurs ministres sont comptables les uns envers les autres et tous ensemble à l'opinion, qui est l'esprit des principes.