CHAPITRE XI
Des bâlurds.
Toute patrie vertueuse se rendra la mère des infortunés à qui la honte aura refusé le lait et les caresses de la nature; il reste à l'orphelin des mains qui relèvent et qu'il baise; on lui parle quelquefois de sa mère, dont l'art a pu conserver les traits. Le bâtard, plus malheureux mille fois, se cherche dans le monde; il demande à tout ce qu'il voit le secret de sa vie ; et comme sa jeunesse est ordinairement trempée d'amertume, le malheur le rend industrieux dans un âge plus avancé.
Est-il rien de plus intéressant que ce triste inconnu? S'il
est une hospitalilé religieuse, c'est celle ([ui recueille celui que la nature lui envoie; c'est le bienfait le plus sublime qui se puisse rendre dans le monde. Il est le moins intéressé; il est perdu pour le cœur d'une mère.
Une fille que la faiblesse a trompée n'est point criminelle envers les lois de son pays; les lois seules sont coupables envers elle. Un préjugé la déshonore, elle n'est que malheureuse.
Les lois sont coupables encore envers le bâtard; elles persécutent un misérable, qu'elles devraient consoler.
Plus les mœurs sont gâtées, plus l'opinion est sévère; une bonne constitution confond les préjugés et guérit les mœurs.
Les lois régnent sans force partout où les mœurs civiles sont tyrannisées.