CHAPITRE XII Des femmes
Chez les peuples vraiment libres, les femmes sont libres et adorées, et mènent une vie aussi douce que le mérite leur faiblesse intéressante. Je me suis dit quelquefois dans la capitale: hélas! chez ce peuple esclave, il n'est point une femme heureuse, et l'art avec lequel elles ménagent leur beauté ne prouve que trop que notre infamie leur a fait quitter la nature; car h la modestie d'une femme, on reconnaît la candeur de son époux.
Chez ce peuple philosophe et volage, tout le monde n'aimait plus que soi à force de mépriser les autres et de se mépriser soi-même; tout le monde portait un cœur faux sous l'hermine et la soie, et les caresses des époux même étaient dissimulées.
Dans vingt ans je verrai sans doute avec bien de la joie ce peuple, qui recouvre aujourd'hui sa liberté, recouvrer peu à peu ses mœurs.
Nos enfants rougiront peut-être des tableaux efféminés de leurs pères. Moins énervés que nous par la débauche et le repos, leurs passions seront moins brutales que les nôtres,
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car dans de? corps aiïaiblis par le vice on trouve toujours des âmes dures.
Quand les hommes n'ont plus de patrie, bienlùt ils deviennent scélérats; il faut bien poursuivre, à tel prix que ce soit, le bonheur qui nous fuit; les idées changent, on le trouve dans le crime.
0 Législateurs! donnez-nous des lois qui nous forcent à les aimer; l'indilTérence pour la pairie et l'amour de soimême est la source de tout mal; l'indifférence pour soimême et l'amour de la patrie est la source de tout bien,
chapitrf: XIII
Des Spectacles.
Les Grecs ont été les plus savants hommes du monde danscet art; il fut chez eux l'enfant de la liberté, et ne fut souffert à Rome (pi'après la perte des mœurs; les Proconsuls, les Généraux arrivaient chargés des dépouilles du monde. La liberté romaine était noyée d'or et de délices.
Les riches de la Grèce dissipaient aussi leur opulence en jeux, en spectacles; la loi qui les y forçait était bonne pour cette aristocratie, elle l'empêchait de troubler lEtat; mais les spectacles inouïs, en formant les arts, détruisirent les lois ; on sait quel fut le sort d'Athènes.
La France, dont l'état est tout autre que celui des Grecs, doit être un jour la plus commerçante ou la plus molle des nations.
Elle a des spectacles comme les autres peuples de ce continent; mais ils influent très peu sur le caractère piîblic; on y porte l'ennui, on en emporte le dégoût ; la liberté des théâtres fera disparaître les chefs-d'œuvre anciens.