CHAPITRE XVII
Des Gardes Nationales.
C'était au milieu de l'anarchie, parmi la tempête de la liberté, que cette dangereuse institution calma tout; le peuple se lia de ses mains, se maîtrisa lui-même; l'ordre naquit de la confusion ; on apprit à se respecter parce qu'on tombait à chaque instant sons la dépendance l'un de l'autre; d'utiles terreurs soudain répandues formaient l'esprit public, et faisaient supporter le poids des armes et la fatigue des veilles. Chacun fut dépositaire de la loi, il ne resta plus personne pour la violer; d'un côté le peuple sentit sa gloire et fut généreux ; de l'autre il connut sa force et ne redouta rien.
Quelques-uns prédirent que le peuple se lasserait bientôt de tant de fatigues, autant valait-il dire qu'il se lasserait de son orgueil; il'était bien plus à craindre qu'il ne se ralentit point du tout. Il a fallu le réprimer plus souvent que l'exciter. On soumit bientôt l'armée au commandement
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du ministère civil; sans cela ro|tinion fut devenue militaire, et les magistratures auraient été sanglantes.
J'ai vu (les personnes se récrier sur riiumiliation où la garde citoyenne est selon eux tombée par l'appui de la perception des tributs ; c'était un reste de préjugé qui attachait de l'infamie aux coupables impôts établis par le despotisme. La protection des tributs, s'ils ont été librement consentis, est un titre de souveraineté, que le monarque lui-même exerçait autrefois. Quand la patrie! commande, rien n'est honteux. Le soldat d'un Etat libre est plus grand (]ue le visir d'un despote.
Quelle pénétration il a fallu pour rendre vertueux les sujets d'une monarchie, et pour produire une opinion qui liguât la force et les principes; c'est là, sans doute, le comble de l'habileté, et la raison la plus sage qui se puisse donner du calme (lui suivit l'insurrection.