CHAPITRE XVI De Vannée de ligne
La nature d'une armée de ligne est la servitude ; quelle honnêteté peut-on attendre de ces hommes qui se font tuer pour de l'argent. Le soldat est véritablement un esclave, et l'esclave armé n'est bon que chez un peuple guerrier.
Quand la Germanie et l'Egypte ne furent plus con(juérantes, les esclaves conquirent leur liberté ou brouillèrent les lois.
L'insolence du soldat corrompt les mœurs d'un peuple
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libre ; mais comme il n'est point de vice que l'art du législateur, s'il n'est point un tyran, ne puisse plier à la liberté, il est possible que l'armée devienne l'école de la vertu, et le principe de l'éducation.
Supprimez et rendez à la glèbe cette innombrable foule de gens à la solde des lois (pour me servir de l'expression de l'immortel Rousseau) ; (|uc la jeunesse, au lieu d'user sa vie parmi les délices et le vice oisif des capitales, attende dans l'armée de ligne l'époque de sa majorité ; qu'on n'acquière le droit de citoyen qu'après un service de quatre années dans l'armée ; vous verrez bientôt la jeunesse plus sérieuse, et l'amour de la patrie devenu une passion publique. Les mœurs et les usages chez les nations libres dérivent des lois; dans la monarchie, du Prince ; dans le despotisme, de la religion ; c'est pourquoi dans le premier cas, tout concourt à la liberté ; dans le second tout tend à Tœil et à l'appui du monarque ; et dans le troisième tout €st superstitieux.