‹ Œuvres complètes;Chapitre 73 sur 144 · CHAPITRE PREMIER De r indépendance et de La liberté · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER De r indépendance et de La liberté

Je veux savoir ce que c'est que l'indépendance de l'homme dans l'état de nature, ce que c'est que sa liberté dans la cité. Dans la loi de la nature l'homme n'est dépendant que quand il a commencé à se civiliser sans principes, et dans la cité l'homme n'est esclave que quand il préfère à sa conservation les délices et le bonheur.

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Lo cœur Iniiiiiiin marche do la nature à la violence, de la violence à la morale; il ne faut pas croire que l'homme ait cherché dabord à s'opprimer; l'esprit démêle encore une longue altération entre la simplicité primitive et l'idée de conquête et do conservation.

Ceci posé, on trouve que la liberté est une corruption de l'indt'pendance, et qu'elle n'est aimable qu'autant qu'elle ramène à la simplicité par la force de la vertu.

Autrement la liberté n'est que l'art de l'orgueil humain, et c'est malheureusement dans ce sens que Rousseau de Genève, tout sublime qu'il est, a toujours parlé.

Examinons si la cité de France a fait un pas vers la nature; non, ell.; en a fait un vers le bonheur. Dans l'état de nature, l'homme n'a point de droit, parce qu'il est ind(''pendant.

Ce langage est étrange sans doute, et d'autant plus qu'il semble chasser l'homme dans les forêts; mais il faut tout saisir dans sa source, poui' ne plus errer ensuite, et ce n'est que par la connaissance exacte de la nature qu'on la peut contraindre avec plus d'artifice.

Dans l'état de nature la morale se borne à deux points, la nourriture et le repos. Dans le système social il faut y joindre la conservation, puisque le principe de cette conservation pour la plupart des peuples est la conquête.

Or, pour qu'un Etat se conserve, il a besoin d'une force commune, c'est cette force qui est le souverain; pour que cette souveraineté se conserve, elle a besoin de lois qui règlent ses rapports infinis; pour que ces lois se conservent, il faut que la cité ait des mœurs et de l'activité; ou la dissolution du souverain est prochaine.

Les lois françaises sont bonnes en ce qu'elles font que la cité gagne et que le souverain dépense. Les magistratures, les offices civils, religieux, le militaire, sont payés par le trésor public; ce n'est que dans ce sens que cette foule innombrable de salariés est bonne à quelques choses. Peu importe que le magistrat rende la justice, que le soldat veille; un peuple sage n'a besoin ni de justice ni de soldat. : Montesquieu dit très bien, quutie sociélé ■ corrompue-

DE 1790 A 1792 30i;

doil pourtant se conserver, mais elle n'en doit pas moins chercher à se rendre meilleure, puisqu'autrement elle ne se conserverait point, mais ne ferait que reculer le coup mortel. Aussi, quoique la France ait établi des juges et des armées, elle doit faire en sorte que le peuple soit juste et courageux. Toutes ces institutions secondes ne remplacent point la vertu originelle, mais, par les impôts rigoureux ({u'elles nécessitent, elles empêchent que le peuple ne soit gâté par l'opulence, et ne se croie indépendant du contrat. Quand Rousseau dit qu'il regarde les corvées comme moins funestes à la liberté que les taxes, il ne fait pas attention que les unes énervent l'àme et que les autres n'énervent ordinairement que les plaisirs; l'homme libre préfère la pauvreté à l'humiliation.

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