CHAPITRE
Du Peuple et du Prince en France.
Si le peuple Français n'est jaloux du prince, la liberté périra; si le peuple est envieux du prince, la constitution elle-même périra.
Montesquieu dit quelque part : « Le peuple Romain disputait au sénat toutes les branches de la puissance législative, parce qu'il était jaloux de sa liberté, et il ne lui disputait point les branches de la puissance exécutrice, parce qu'il était jaloux de sa gloire. » M. Bossueî, évêque de Meaux, dit à peu près la même chose dans son admirable Histoire universelle : mais cela n'est pas la vérité même.
En effet, le peuple Romain, si éclairé, si habile, si prompt dans l'exécution des affaires publiques ou particulières, n'était-il donc qu'une canaille incapable d'agir pour sa gloire; cette armée qui jura de vaincre et non de mourir, et sans citer ces exemples dont l'histoire est pleine, la sagesse qu'on lui suppose d'avoir su apprécier la prudence du sénat, n'indi(jue-t-elle point qu'il en avait et qu'il raisonnait lui-même; pourquoi donc cet amour de la souveraineté, cette indilférence pour l'exécution? c'est que le peuple, loin de se croire inférieur au sénat, connaissait
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sa véritable dignité; (|iianil il envia les honneurs et le maniement du trésor de la république, il s'empara de l'exécution, et perdit sa souveraineté que saisirent les tyrans.
La' justice nous est rendue au nom du prince; elle était rendue à Home au nom du peuple; mais comme le prince n'est point souverain, c'est une loi de simplification; il n'en est pas moins vrai (\ue cet attribut du prince met dans ses mains la liberté civile qui ne dépend essentiellement que du souverain; il faut que les Romains aient eu une grande idée do ce droit de rendre la justice, puisque les procès s'expédiaient dans la place publique, et qu'on ne pouvait décréter l'arrêt de mort d'un citoyen que dans les grands Etats. // fallait une loi, dit Montescjuieu, pour impose}- une peine capitale : la loi suppose une volonté souveraine; le droit de mort appartenait donc au souverain, qui n'en abusa jamais, parce qu'il en sentait l'importance et l'atrocité. Parmi nous un tribunal prononce la peine civile ou capitale. Ho! entrailles de la nature, nous ne vous connaissons plus, nos fonctions publiques ne sont plus que des métiers vils et superbes; à Rome c'étaient souvent des commissions spéciales; on nommait un (luèteur pour connaître d'un crime ou de certaines affaires; l'affaire instruite, il n'était plus rien; le peuple romain n'était plus l'esclave du gouvernement; parmi nous, tout officier public est un tyran.
On est surpris quand on rén(''chit sur l'opinion publique des peuples; les idées les plus saines se renversent; je ne sais ce que pourrait me répondre le plus indépendant des hommes d'aujourd'hui, à (jui je demanderais compte de sa liberté.
Je suis avide de savoir quel droit civil la France recevra un jour, qui soit propre à la nature de sa liberté.
Toute loi politique qui n'est pas fondée sur la nature est mauvaise; toute loi civile qui n'est point fondée sur la loi politique est mauvaise.
L'assemblée nationale a fait quelques fautes; la stupidité publique l'a voulu.