‹ Œuvres complètes;Chapitre 85 sur 144 · CHAPITRE XIX Des Tribiits et de l'Agriculture · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX Des Tribiits et de l'Agriculture

Le tribut sur les terres, s'il n'est point invariable et léger, et s'il cesse d'avoir pour objet la représentation déterminée par le territoire et l'activité réglée par la contribution, est une absurdité morale. Si vous chargez d'impôts l'agriculture, mère des mœurs, vous découragez le cultivateur ou le rendez avare. Ce n'est point le propriétaire qui en porte le faix, c'est le bras du laboureur et son journalier. Les baux se crient à l'enchère, et la misère se les dispute encore, comme la faim s'arrache des ossements. C'est une infamie de dire que les terres déchargées d'impôts et soumises au simple tribut seront moins bien cultivées, et que la paresse refusera à la glèbe le sucqu'eo

•ùt tiré l'impôt. Ce n'est jamais le courage qui manque au paysan, ce sont des bras; laissez-lui ses enfants dont vous faisiez de mauvais soldats ; laissez-lui les bons habitants des campagnes masqués en valets; qu'il puisse s'enrichir par lui-même et non par des traitants; sa vertu engraissera bientôt ses sillons, et vous ne verrez plus de pauvres ; l'agriculture, devenue une source d'abondance, sera honorée comme elle mérite de l'être; le riche propriétaire ne paraîtra plus bizarre, en labourant ses champs, et en mêlant sa sueur à la sueur de ses pères; le propriétaire malaisé, qui traîne dans les villes son orgueilleuse misère, bêchera autour de sa chaumière, il y trouvera un asile contre les impôts, contre la nécessité du célibat, celle de se ruiner, et de mettre tout à fonds perdu.

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