LETTRE XVI
Salzbourp:, 28 mai 1809.
Venez, mon ami, cet Haydn qui fut sublime dans la musique iustrunieulale, qui ne fut qu'eslimable dans l'opéra, vous invite à le suivre dans le sanctuaire où
La gloria di colui nlie tatto muove
lui inspira des cantiques dignes quelquefois de leur objet.
Rien de plus justement admiré, et eu même temps de plus vivement censuré que ses messes; mais, pour pouvoir sentir ses beautés, ses fautes, et les raisons qui Ty entraînèrent, le moyeu le plus expéditif est de voir ce qu'était la musique d'église vers Tan 1760.
Tout le monde sait que les Hébreux et les Gentils mêlèrent
la mnsique à lenr coite : c'est à celte association qne nons devons ces mélodies pleines de beauté et de grandiose, quoique privées de mesure, que nous ont conservées les chants grégorien et ambrosien. Les savants établissent, par de bonnes raisons, que ces chants dont nous avons les vestiges iont les mêmes qui servaient en Grèce au culte de Jupitei et d*Apollon.
Après Guy d'Arezzo, qui passe pour avoir trouvé, en i032, les premières idées du contre-point, on Tintroduisit bientôt dans la musique d'église ; mais jusqu'à Tépoque de Palestrina, c'est-à-dire vers Tan 1570, celte musique ne fut qu'un lissu de sons harmonieux presque enlièremeni privés de mélodie perceptible. Dans le quinzième siècle et la première moitié du suivant, les maîtres, pour donner de l'agrément à leurs messes, les faisaient sur l'air de quelque chanson populaire; c'est ainsi que plus de cent messes furent composées sur l'air connu de la chanson de VHomme armé.
La bizarrerie studieuse du moyen âge poussa d'autres maîtres à composer leur musique sacrée à coups de dés : chaque nombre amené ainsi avait des passages de musique qui lui correspondaient. Enfin parut Palestrina^ : ce génie immortel, auquel nous devons la mélodie moderne, se débarrassa des entraves de la barbarie : il introduisit dans ses compositions un chant grave à la vérité, mais continu et sensible; et l'on exécute encore de sa musique à Saint-Pierre le Rome.
Vers le milieu du seizième siècle, les compositeurs avaient pris un tel goût aux fugues et aux canons, et rassemblaient ces figures d'une manière si bizarre dans leur musique d'é-
* Né en 1529. neuf ans asrèa la mort àa Raphaël, mort en 1594.
glîse, que la plupart du temps cette musique pieuse était exîrêmenl boufTonue. Cet abus excitait, depuis longtemps, les plaintes des dévots; plusieurs fois on avait proposé de chasser la musique des églises. Enfin le pape Marcel II, qui régnait en 1555, était au moment de porter le décret de sup pression, lorsque Palestrina demanda au pape la permissioL lie lui faire entendre une messe de sa composition : le pape y ayant consenti, le jeune musicien fit exécuter devant lui une messe à six voix, qui parut si belle et si pleine de noblesse, que le pontife, loin d'exécuter son projet, chargea Palestrina de composer des ouvrages du même genre pour sa chapelle. La messe dont il s'agit existe encore; elle est connue sous le nom de messe du pape Marcel.
Il faut distinguer les musiciens grands par leur génie de ceux qui sont grands par leurs ouvrages. .Palestrina et Scarlatti firent faire des progrès étonnants à Tart: ils ont eu peutêtre autant de génie que Gimarosa, dont les ouvrages donnent immensément plus de plaisir que les leurs. Que n'eût pas fait Maniègne, dont les ouvrages font rire les trois quarts des personnes qui les voient au Musée, si, au lieu de contribuer à réducation du Corrége, il fût né à Parme dix ans après ce grand homme? Que n'eût pas fait surtout le grand Léonard de Vinci, celui de tous les hommes que la nature a peut-être jamais le plus favorisé, lui dont Tâme était créée pour aimer la beauté, s'il lui eût été accordé de voir les tableaux du Guide ?
Un ouvrier en peinture ou en musique surpasse facilement aujourd hui Giotto ou Palestrina ; mais où ne fussent pas allés ces véritables artistes s'ils eussent eu les mêmes secours que l'ouvrier notre contemporain ? Le Coriolan de M. de la Harpe, publié du temps de Malherbe, eût assuré à son auteur une ré-
putation presque égale à celle de Racine. Un homme né avec quelque talent est naturellement porté par son siècle au point de perfection où ce siècle est arrivé: Téducation qu il a reçue, I le degré d'instruction des spectateurs qui lui applaudissent, tout le conduit jusque-là; mais, s'il va plus loin, il devient ! supérieur à son siècle, il a du génie ; alors il travaille pour la postérité, mais aussi ses ouvrages sont sujets à être moins > goûtés de ses contemporains.
On voit que vers la 6n du seizième siècle la musique d'église se rapprochait de la musique dramatique. Bientôt on donna aux chants sacrés l'accompagnement des instruments.
Enfin, vers 1740, pas plutôt, Durante eut Tidée de marquer le sens des paroles*, et chercha des mélodies agréables qui rendissent plus frappants les sentiments qu'elles exprimaient. La révolution produite par cette idée si naturelle fut générale au delà des Alpes; mais les musiciens allemands, fidèles aux anciennes pratiques, conservèrent toujours dans le chant sacré quelque chose de la rudesse et de l'ennui du moyen âge. En Italie, au contraire, le sentiment faisant oublier les bienséances, la musique dramatique et la musique d'église ne firent bientôt plus qu'une ; un Gloria in excelsis n'était qu'un air plein de gaieté, sur lequel un amant aurait fort bien pu exprimer son bonheur ; un Miserere, une plainte remplie de tendre langueur.
Les airs, les duos, les récitatifs, et jusqu'aux rondos folâtres s'introduisirent dans les prières. Benoît XIV crut détruire le scandale en proscrivant les instruments à vent : il ne con- . serva que l'orgue ; mais l'inconvenance n'était pas dans les
■ Durante, né à Naples en 1693, élève de Scarlatti, mort en 1755, la même année que Montesquieu.
instruments, elle se trouvait dans le genre même de la mu sique.
Haydn, qui connut de bonne heure la sécheresse de Tancienne musique sacrée, le luxe profane que les Italiens portent de nos jours dans le sanctuaire, et le genre monotone et sans expression de la musique allemande, vit qu'eu faisance qu'il sentait être convenable, il se créerait une manière entièrement nouvelle : il prit donc peu ou rien de la musique de. théâtre; il conserva, parla solidité de l'harmonie, une partie de Tair grandiose et sombre de Tancienne école; il soutint, par tout le luxe de son orchestre, des chants solen nels, tendres, pleins de dignité et cependant brillants : des grâces et des fleurs vinrent adoucir de temps en temps cette grande manière de chanter les louanges de Dieu, et de le remercier de ses bientàits.
Il n'avait eu de précurseur dans ce genre que Sammartini, ce compositeur de Milan dont je vous ai déjà parlé.
Si, dans une de ces immenses cathédrales gothiques qu'on rencontre souvent en Allemagne, par un jour sombre pénétrant à peine au travers de vitraux colorés, vous venez à entendre une des messes d'Haydn, vous vous sentez d'abord troublé, et ensuite enlevé par ce mélange de gravité, d'agrément, d'air antique, d'imagination et de piété qui les caractérise.
En 1799 j'étais à Vienne, malade de la fièvre; j'entends sonner une grand'messe dans une église voisine de ma petite chambre : l'ennui l'emporte sur la prudence ; je me lève, et vais écouter un peu de musique consolatrice. Je m'informe en entrant; c'était le jour de Sainte- Anne, et on allait exécuter une messe d'Haydn, en béfa, que je n'avais jamais entendue. Elle commençait à peine que je me sentis tout ému, je me
iU ŒUVRES DE STENDHAL.
Irouvai en uage^ mon mal à la léte se dissipa : je sortis de rëglise au bout de deux heures, avec une hilarité que je ne connaissais plus depuis longtemps, et la fièvre ne revint pas, I) me semble que beaucoup de maladies de nos femmci nerveuses pourraient être guéries par mon remède, mais non par cette musique sans effet qu elles vont chercher dans un concert après avoir mis un charmant chapeau. Les femmes toute leur vie, et nous-mêmes tant que nous sommes jeunes, nous ne donnons une pleine attention à la musique qu'autant que nous l'entendons dans l'obscurité. Dégagés du soin de paraître aimables, n'ayant plus de rôle à jouer, nous pouvons nous laisser aller à la musique : or des dispositions précisément contraires sont celles qu'en France nous portons au concert; c'est même une des circonstances où je me croyais obligé d'être le plus brillant. Mais qu'en vous promenant le matin à Monceaux, assis seul dans un bosquet de verdure, assuré que personne ne vous voit, et tenant un livre, vous soyiez tout à coup détourné par quelques accords d'instruments et des voix parlant d'une maison voisine, vous distinguiez un bel air, deux ou trois fois vous voudrez reprendre votre lecture, mais en vain : votre cœur sera enfm tout à fait entraîné, vous tomberez dans la rêverie; et deux heures après, en remontant eu voiture, vous vous sentirez soulagé de la peine secrète qui vous rendait malheureux souvent sans que vous vous fussiez bien rendu compte à vous-même de la nature de cette peiùe secrète ; vous serez attendri, vous serez prêt à pleurer sur votre sort ; vous serez regrettant^. et ce sont les regrets qui manquent aux malheureux : ils m croient plus le bonheur possible. L'homme qui regrette sen*^ l'existence du bonheur dont il jouit un jour, et peu à peu il croiia de nouveau possible de réatteindre à ce bonheur.
VIE.de HAYDN. 135
La bonne musique ne se irompe pas, et va droit an fo|id de Tâme chercher le chagrin qui nous dévore.
Dans tous les cas de gudrison par la musique, il me semble, pour parler en grave médecin, que c'est le cerveau qui réagit fortement sur le reste de l'organisation ^ Il faut que la musique commence par nous égarer et par nous faire regarder comme possibles des choses que nous n'osions espérer. Un des traits les plus singuliers de celte folie passagère, et de Toubli total de nous-méme, de notre vanité et du rôle que nous jouons, est celui de Senesino, qui devait chanter sur le théâtre de Londres un vrai rôle de tyran dans je ne sais quel opéra : le célèbre Farinelli chanuit le rôle du prince opprimé. Us connaissaient tous deux Topera. Farinelli, " qui faisait une tournée de concerts en province, arrive seulement quelques heures avant la représentation ; enfin le héros malheureux et le tyran cruel se voient pour la première fois sur le théâtre r Farinelli, arrivé à son premier air, par lequel il demandait grâce, le chante avec tant de douceur et d'expression, que le pauvre tyran, tout en larmes, lui saute au cou et Tembrasse trois ou quatre fois, absolument hors de lui.
Encore une histoire. Dans ma première jeunesse, au milieu des plus grandes chaleurs de Tété, j'allai une fois avec d'autres jeunes gens sans soucis chercher la fraîcheur ci i*air pur sur une des hautes montagnes qui entourent le lac lîAayeur, en Lombardie : arrivés, au point du jour, au milieu . ie la montée, comme nous nous arrêtions pour contempler lés tles Borromées, qui se dessinaient â nos pieds au milieu
* On te sent bientôt une barre à restomac : ee font les nerfs do diaphragme qui sont irrites .
136 ŒUVRES DE STENDHA^.
du lac, nous sommes environnés par un grand troupeau de brebis qui sortaient de Fétable pour aller au pâturage. Un de nos amis gui ne jouait pas mal de la flûte, et qui portait la sienne partout, la sort de sa poche : « Je vais, dit-il, faire le Corydon et le Ménalque ; voyons si les brebis de Virgile reconnaîtront leur pasteur. » Il commence : les brebis et les chèvres, qui, Tune à la suite de Fautre, s*en allaient le museau baissé vers la montagne, au premier son de la flûte soulèvent la tête : toutes, par un mouvement général et prompt, se tournent du côté d*où venait le bruit agréable ; peu à peu elles entourent le musicien, et Técoutent sans remuer. Il cesse de jouer, les brebis ne s'en vont pas. Le bâton du berger intime Tordre d'avancer à celles qui se trouvent le plus près de lui : celles-là obéissent ; mais à peine le Auteur recommence-t-il à jouer, que ses innocentes auditrices reviennent Tentourer. Le berger s'impatiente, lance avec sa houlette des mottes de terre sur son troupeau, mais rien ne remue. Le Auteur joue de plus belle; le berger entre en fureur, jure, siffle, bat, lance des pierres aux pauvres amateurs de musique : ceux qui sont atteints par les pierres se mettent en marche ; mais les autres ne remuent pas. Ënfîn le berger est obligé de prier notre Orphée de cesser ses sons magiques : les brebis se mettent alors en route ; mais elles s'arrêtaient encore de loin, toutes les fois que noire ami leur faisait entendre ïi ûstrument agréable. L'air joué était tout simplement Tair à la mode de Topera qu'on donnait alors à Milan.
Gomme nous musiquions sans cesse, nous fûmes enchantés de notre aventure; nous raisonnâmes toute la journée, et nous conclûmes que le plaisir physique est la base de toute musique.
Et les messes de Uaydn ? Vous avez raison ; mais que vouïez-vous?i*écris pour m*amuser, el il y a longtemps que nous sommes convenus d'être naturels Tun pour Tautre.
Les messes de Haydn, donc, sont inspirées par une douce sensibilité : la partie idéale en est brillante, et en général pleine de dignité ; le style est enflammé, noble, rempli de beaux développements ; les Amen et les Alléluia respirent une joie véritable, et sont d'une vivacité sans égale. Quelquefois, quand le caractère d'un passage serait trop gai et trop profane, Haydn le rembrunit par des accords profonds et ralentissants qui en modèrent la joie mondaine. Ses Agnus Det sont pleins de tendresse ; voyez surtout celui de la messe n^ 4, c'est la musique du ciel. Ses fugues sont de premier jet ; elles respirent à la fois le feu, la dignité et Texallation d'une âme ravie.
11 emploie quelquefois cet artiOce qui caractérise les ouvrages de Paisiello.
Il choisit, dès le commencement, un passage agréable, qu'il rappelle dans le cours de Fouvrage : souvent, au lieu d'un passage, ce n'est qu'une simple cadence. Il est incroyable combien ce moyen si simple, la répétition du même trait, sert à donner au tout une unité et une teinte religieuse et touchante. Vous sentez que ce genre côtoie la monotonie ; mais les bons maîtres Tévitent : voyez la Molinara, voyez es Deux Journées, de Gherubini ; vous remarquez une caience dans l'ouverture de ce bel ouvrage, et votre oreille la distmgue parce qu'elle a quelque chose d'étranglé et de singulier ; elle paraît de nouveau dans le trio du premiei acte, ensuite dans un air, ensuite dans le finale ; et chaque fois qu'elle revient s'augmente le plaisir que nous avons à l'entendre. Le passage dominant w- sent tellement dans la
Frascatana, de Paisiello, qu*il forme à lai seul tout le Onale. Dans les messes de Haydn, ce trait est d'abord à peine remarqué à cause de sa grâce ; mais ensuite, à chaque fois qu*il revient, il acquiert plus de force et de charmes.
Voici maintenant le plaidoyer de la partie adverse, et je vous assure que ce n'est pas Ténergie qui manque aux accusateurs de Haydn. Ils Taccusent d'abord d'avoir détruit le genre de musique sacrée établi et adopté par tous les professeurs ; mais ce genre n'existait déjà plus en Italie, et en Allemagne on retournait vers le bruit monotone et surtout sans expression du moyen âge. Si la monotonie est de la gravité, certainement jamais genre ne fut plus grave.
Ou ne faites pas de musique à Téglise, ou admettez-y la musique véritable. Avez-vous défendu à Raphaël de mettre des Ogures célestes dans ses tableaux de dévotion ? Le charmant Saint Michel du Guide, qui donne des distractions aux dévotes, ne se voit-il pas toujours dans Saint-Pierre de Rome? Pourquoi serait-il défendu à la musique de plaire ? Si l'on veut des raisons théologiques , l'exemple (îos Psaumes de David est pour nous : a Si le psaume géinil, dit saint Augustin, gémissez avec lui; s'il enlounc les louanges de Dieu, et vous ausbi chautez les merveilles du Créateur. »
On ne doit donc pas chanter un Alléluia sur l'air d'un iiftserere. Là-dessus les maîtres allemands reculent d'un pas; ils permettent un peu de variété dans le chant, mais veulent que l'accompagnement soit toujours austère, lourd et bruyant; ont-ils tort? Je sais qu'un célèbre médecin de Hanovre, digne d'être le compatriote des Frédéric II, des Catherine, des Mengs, des Mozart, me disait en riant : t L'AIlemaiid du commua a beboin de plus d'efforts physiques, de plus de
mouvement» déplus de bruit pour être ému, qu'aucun autre citoyen de la terre; nous buvons trop de bière» il faut nous écorcher pour nous chatouiller un peu. »
Si Tobjet de la musique, à Tégllse comme ailleurs, est de donner plus de force, dans le cœur des spectateurs, aux sentiments exprimés par les paroles, Haydn a atteint la perfection de son art. Je défie le chrétien qui entend, le jour de Pâques, un Gloria de ce compositeur, de ne pas sortir de réglise le cœur plein d'une sainte joie, effet que le père Martini et les harmonistes allemands ne veulent pas produire apparemment; et il faut avouer qu*ils n'ont jamais manqué à leur projet.
Si ces messieurs ont tort dans Taccusation principale intentée à Haydn, ils ont raison dans quelques détails; mais le Corrége aussi, en cherchant la grâce, est tombé une ou deux fois dans Taffectation de la grâce. Voyez au Musée cette divine Madonna alla scodella. Les jours où vous aurez de Thumeur, vous trouverez affecté le mouvement de Fange qui attache Tâne de Joseph ; dans des jours plus heureux, cet ange vous paraîtra charmant. Les fautes de Haydn sont quelquefois plus positives ; dans un Dona nobis pacem d'une de ses messes, on trouve pour passage principal et souvent répété, ce badlnage en tempo presto :
Aà^h^kf^'^f ^zU
Dans un de ses Benedictus, après plusieurs jeux d'orchestre, revient souvent cette pensée, et toujours en tempo allegro:
La même idée précisément se trouve dans une aria buffa d'Ânfossi, et y fait un très-bon effet, parce qu'elle est biec placée.
Il a écrit des fugues en tempo di sestupla, qui, dès que le mouvement devient vif, sont absolument du style bouffon. Quand le pécheur repentant pleure ses fautes au pied de l'autel, souvent Haydn peint le charme de ces péchés trop séducteurs, au lieu d'exprimer le repentir du chrétien. Il emploie quelquefois le mouvement de 3/4 et de 5/8, qui rappellent facilement à Tauditeur la valse et la contredanse.
C'est choquer les principes physiques du chant. Cabanis vous dira que la joie accélère le mouvement du sang, et veut le temps presto: la tristesse abat, ralentit le cours des humeurs, et nous porte au tempo largo; le contentement veut le mode majeur; la mélancolie s'exprime par le mode mineur : cette dernière vérité est le fondement des styles de Cimarosa et de Mozart.
Haydn s'excusait de ces erreurs, que sa raison reconnaissait bien pour telles, en disant que quand il pensait à Dieu il ne pouvait se le figurer que comme un être infiniment grand et infiniment bon. 11 ajoutait que cette dernière des qualités divines le remplissait tellement de confiance et de joie, qu'ij aurait mis en tempo allegro jusqu'au Miserere.
Pour moi, je trouve ses messes un peu trop en style allemand, je veux dire que les accompagnements sont souvent trop chargés, et nuisent un peu à l'effet du chant.
Elles sont au nombre de quatorze : quelques-unes, com-
YIB DE HATDN. Ul
posées dans les moments de la guerre de sept ans, les plus malheureux pour la maison d'Autriche, respirent une ardeur vraiment martiale ; elles ressemblent, en ce sens, aux chanions sublimes que vient d'improviser, en 1809, à rapproche de Farmée française, le célèbre poète tragique CoUin .
Uà ŒUVRES DE STENDHAL.