LETTRE XVII
Salzbourg, le 50 mai 1800.
Won cher Inouïs,
Il me restait à vous parler de la Création, C'est le plus grand ouvrage de notre compositeur; c'est le poème épique de la musique. Vous saurez que j'ai fait confidence des épU très que je vous écris à une de mes amies de Vienne, réfugiée dans ces montagnes, ainsi que plusieurs des premières familles de cette malheureuse viAe. Le secrétaire de celle amie transcrit mes lettres, et m'évite ainsi le plus grand des ennuis, selon moi, qui est de revenir deux fois sur les mêmes idées. Je lui disais que je serais obligé de sauter à pieds joints la Créatwn, que je n'ai entendue qu'une ou deux fois : c Eh bien ! mVt-elle répondu, c'est moi qui ferai celte
lettre à votre ami de Paris. » Gomme je lui faisais quelques petites objections de politesse : « Me croyez-vous donc incapable d'écrire à un aimable Parisien qui vous aime, vous et la musique? Allez, monsieur, vous corrigerez tout au plus dans ma leiire quelques fautes de langue ; mais lâchez de ne pas trop gâter mes idées, voilà tout ce que je vous demande. »
Gomme vous voyez, ce préambule est une trahison. Ne manquez pas de me répondre à Toccasion de la lettre sur la Création t et surtout critiquez impitoyablement : dites-moi que mon style est efîéminé, que je me perds dads de petites idées, que je vois des effets qui n'ont jamais existé que dans ma tête : surtout répondez promptement, pour éviter toute idée d'accord entre nous. Vos critiques nous vaudront ici des accès de vivacité charmants.
ÎÂé ŒUVRES DE STENDHAL.