‹ [Œuvres complètes]Chapitre 41 sur 48 · CHARBON · texte numérisé non relu

CHARBON

Glaces à ta perfidie, à la fin je respire, ô Nice! à la fin les dieux ont eu pitié d'un malheureux 1

2Se ŒUVRES DE STENDHAL.

AI fin d'un infelice Ëbber gUDeipietà!

Sento da* lacci suoi, Sento che V aima è scîoUa; Non sogno questa Tolta, Non sogno liberlà.

Mancô r autico ardore, E son iranquillo a segno, Che in me non Irova sdegno Per mascherarsi amor.

Non cangio più colore Quando il tuo nome ascollo; Quando ti mîro in Tolto Più non mi balte il cor.

Sogno, ma te non m\ro Sempre ne' sogni miei; Mi deslo, e tu non sel n primo mio pensier.

Je sens que mon Ame est dégagée de ses liens ; non, cette fois ce n'est pas un songe, je ne rêve pas la liberté.

Ce feu qui m'enflamma si longtemps s'est éteint, et je suis tran< quille, au point que Tamour, pour se déguiser, ne trouve pas de dépit dans mon cœur.

Je ne change plus de couleur quand j'entends prononcer ton nom; quand je regarde tes yeux, je ne sens plus battre mon cœur.

Si des songes viennent occuper mon sommeil, ta n'en es pas sans cesse l'objet ; au moment où je m'éToille, to n'es plos ma première pensée.

LuDgî da te m* aggiro Senza bramarti mai; Son tecOy e non mi fai Ne pena, né piacer»

Di tua beltà ragiono, Ne intenerir mi sento ;

I torli mîei rammento, E non mi so sdegnar.

Gonfuso più non sono Quando mi vieni appresso; Col mîo rivale istesso P0S80 di te parlar.

Volgimi il guardo altero, Parlami in voUo umano;

II tuo disprezzo è vano, Ë vano il tuo favor.

Ghe più r usato impero Quel labbri in me non hanno ;

Se m'éloigne de toi, sans sentir, à chaque instant, le besoin de revenir; si je suis assis i tes côtés, je n'éprouve ni peine ni plaisir.

Je parle de ta beauté, et je ne me sens plus attendrir; je rappelle mes torts, et ne suis point en colère.

Je ne suis plus tout troublé si tu viens à t'approcher de moi ; je puis parler de toi, même avec mon rival.

Regarde-moi d'un œil altier, ou parle-moi avec bonté, ton roopris n'a plus d'efTet, et ta faveur est ?aine.

Non, cette bouche charmante n'a plus sur moi son empire accou-

Quegli occhi più non sanno La via di questo cor.

Qaei, che or m' alletta o spiace, Se lielo o mesto or sono, Già non è più tuo dono, Già colpa tua non ë.

Che senza te mi piace La selva, il colle, il prato; Ogni soggiomo ingrate M' annoja anoor con te.

Odi, s" io son sincero :

Ancor mi sembri bella; Ma non mi sembri quella, Che paragon non ha.

E (non t* offenda il vero) Nel tao leggiadro aspelto Or vedo alcun difelto, Ghe mi parea beltà

tumé; ces yeux brillantft ne connaissent plus le chemin de mon coeur.

Aujourd'hui, ce qui me charme ou ce qui fait mon tourment, ce qui me rend triste ou heureux, ce n'est pUis une marque de ta tendresse, ce n'est plus un instant de rigueur.

Sans toi, la forêt, la prairie, la colline ombragée, peuvent m'élre agréables ; et un séjour déplaisant m'ennuie encore à tes côtés.

Vois si je suis sincère : tu me semblés encore belle; mais tu ne me semblés plus celle à laquelle rien ne pourrait être comparé.

Et que la vérité ne t'offense pas : dans cette figure charmante j'aperçois maintenant des défauts que je prenais pour des beautés.

VIE DE MËTASTASB. 801

Quando lo stral spezzai, (Gonfesso il mio rossore) Spezzar m' intesi il core.

Mi parve di morir.

Ha per uscir di guai, Per non vedersi oppresso, Per racquistar se stesso Tutto si pu6 soffrir.

Nel visco, in cni s' avveniie Quell* augelin talora, Lascia le penne ancora, Ha loma in liberté.

Poi le perdute penne In pochi di rinnova, Gauto divien per prova.

Ne più tradir si fa.

So che non credi estinto In me Y incendie antico.

Quand je rompis ma chaîne, je confesse ma honte, je sentis mon sœur se briser; il me sembla mourir.

Mais, pour sortir du malheur, pour ne pas se Toir opprimé, pour c^eyenir soi-même, on peut tout souffrir.

Tel est cet oiseau que son imprudence conduit dans un piôge ; il y laisse quelques plumes, il est Trai, mais il retourne à la liberté.

Ensuite, en peu de jours, ses plumes perdues reviennent : la prudence est un fruit du malheur, et il ne se laisse plus tromper.

Je sais que tu ne crois pas éteint le feu qui m'enflamma jadis ; j'en parierais moins souvent, penses-tu, et je saurais me tare.

Perché si spesso il dico.

Perché tacer non 80 :

Quel nalurale islinto, Nice, a parlar mi sprona, Per cui ciascun ragiona De' rischj che passé.

Dopo il crudet cimento Narira i passati sdegni, Die sue ferite i segni Nostra il guerrier cosh

Mostra cosl contento Schiavo, che use! di pena, La barbara catena, Che slrascinava un di.

Parle, ma sol parlando Me soddisfar procure ; Parle, ma nulla io euro Ghe tu mi presli fé.

Nice ! ce penchant naturel m*excite à parler, qui porte diacnn de nous à se rappeler les dangers qu'il courut.

Après la bataille sanglante, le guerrier conte la fureur qui Ranimait, et montre la place de ses blessures.

C'est avec une joie pareille que Tesclave dont le sort a changé montre la chaîne cruelle qu'autrefois il traînait après lui.

Je parle, il est vrai, mais seulement pour me satisfaire; mais sans songer si tu prêtes foi à mes parole^.

Parlo, ma non dimando Se approvi i detti mîei, Ne se tranquilla sei Nel ragionar di me.

lo lascio un" incostante; Tu perdi un cor sincero; Non so di noi primiero Glii s' abbia a consolar.

So che un si 6do amante Non troverà più Nice; Ghe un' allra ingannatrice Ë facile a trovar.

Je parle, mais je ne demande point si tu approuves mes pensées ; je ne demande point si tu es tranquille en t*occupant de ma

Je quitte une inconstante ; tu perds un cœur sincère : j'ig ore qui de nous deux se consolera le premier.

Je sais que Nice ne trouvera plus un amant si fidèle; je sais qu'une autre trompeuse est facile à trouver *.

* Yoilà rameur dans la manière italienne, dans celle de Gimarosa : ses peines attaquent le bonheur, il est vrai, mais ne détruisent pas Tétre sensible. Un Allemand nous eût décrit les ravages que le malheur a faits dans 4on être : il ne prouve Ténergie àes passions que par le vilain tableau des maladies. Voyez, en français, les romans de madame Cottin.

La version qu'on vient de donner n*est destinée qu'à faciliter l'intelligence ie l'original. On sent à chaque vers, en traduisant cette chanson célèbre, combien la langue italienne admet plus de naturel que la nôtre. Po.ur n'être pas excessivement plat, il faut à tout moment s'éloigner du texte, tourner en maxime ce que le personnage exprime comme un sentiment ; on ajoute une épilhète à un mot qui eût semblé trop nu à une oreille française. Ce n'est pas sous ces couleurs que les quinze ou vingt Cours de littérature qui ont paru en France depuis quelques années peignent la langue italienne.

La clarlé, la précision, la facililé sublime, qui, comme on voit, caractcrisent le slyle de ce grand pocie, qualités si indispensables dans des paroles qui doivent être chantées, produisent aussi le singulier effet de rendre ses ouvrages extrêmement faciles à apprendre par cœur. On retient, sans s'en douter, cette poésie divine, qui, soumise à la correction la plus parfaite, repousse cependant jusqu'à Fidée de la moindre gêne.

La canzonnetta à Nice vient plaire à la même partie de l'âme qui est charmée de la petite Madeleine du Gorrége, qui est à Dresde, et que le burin de Loughi nous a si bien rendue.

Il est difficile de lire, sans répandre des larmes, la Clémence de Tuus, ou Joseph; et Vltalie a peu de morceaux plus sublimes que certains passages des rôles de Gléonice, de Démélrius, de Thémistocle et de Rcgulus.

Je ne vois pas ce qu'on peut comparer, en aucune langue, aux cantates de Métastase. On serait tenté de tout citer.

Alfieri a surpassé tous les poètes dans la manière de peindre le cœur des tyrans, parce que, s'il eût été moins honnête homme, lui-même, je Cfois, sur le trône, eût été un tyran sublime. Les scènes de son Timoléon sont bien belles; je le sens, la manière est absolument différente de celle de Métastase, mais je ne pense pas que la postérité trouve que le mérite soit supérieur. On songe trop au slyle en lisant Alfieri. Le style, qui, comme un vernis transparent, doit recouvrir les couleurs, les rendre plus brillantes, mais non les altérer, dans Alfieri, usurpe une part de l'attention. ' Qui songe au style en lisant Métastase? On se laisse entraîner. C'est le seul style étranger qui m'ait reproduit le charme de la Fontame.

La cour de Vienne n'a pas eo, pendant cinquante ans, un jour de naissance ou un mariage à célébrer, qu'on n*ait demandé une cantate à Métastase. Quel sujet plus aride! Parmi nous, on n'exige du poète que de n'être pas détestable : Métastase y est divin ; l'abondance naît du sein de la stérilité.

Remarquez, mon ami, que, pav ses opéras, Métasiase a charmé, non pas Fltalie seulement, mais tout ce qu'il y a de spirituel dans toutes les cours de l'Europe, et cela en observant fidèlement les petites règles commodes que voici :

Il faut, dans chaque drame, six personnages, tous amoureux, pour que le musicien puisse avoir des contrastes. Le primo soprano, la prima donna et le ténor, les trois principaux acteurs de Topera, doivent chacun chanter cinq airs : un air passionné (Varia patetica), un air brillant (di bramra), un air d'un style uni {aria parlante), un air de demi-caracière, et enfin un air qui resphre la joie (aria brillante). Il faut que le drame, divisé en trois actes, n'outrepasse pas un certain nombre de vers; que chaque scène soit terminée par un aria; que le même personnage ne chante jamais deux airs de suite; que jamais aussi deux airs du même caractère ne se présentent l'un après l'autre. Il faut que le premier et le deuxième acte soient terminés par des airs d\ine plus grande importance que ceux qui se rencontrent dans le reste de la pièce. Il faut que, dans le deuxième et le troisième acte, le poêle ménage deux belles niches, l'une pour y placer un récitatif obligé, suivi d'un air à prétention (dt tranbusto); l'autre pour un grand duo, sans oublier que ce duo doit toujours être chanté par le premier amoureux et la première amoureuse. Sans toutes ces règles, pas de musique. Il est bien entendu, outre cela, que le poète doit fournir au dé-

corateur de fréquentes occasions de faire briller son talent. Ces règles, si singulières en apparence, et dont quelquesunes ont été trouvées par Métastase, Texpérience a prouvé qu'on ne pouvait s'en écarter sans nuire à Teffet de Topera.

Enfin ce grand poêle lyrique, pour produire tant de miracles, n'a pu se servir que d'un septième, environ, des mot< de la langue italienne. Elle en a quarante-quatre mille, selor. un moderne lexicographe, qui a pris la peine de les compter, et la langue de l'opéra n*en admet que six ou sept mille au plus*

Voici ce que, sur ses vieux jours, Métastase écrivait à un de ses amis :

« Il se trouve, pour mes péchés, que les rMes

de femmes del Rè pastore ont tellement plu à Sa Majesté, qu'elle m'a ordonné de faire, pour le mois de mai prochain, une autre pièce du même genre. Dans l'état où est ma pauvre tête, par la tension constante de mes nerfs, c'est une terrible tâche que d'avoir affaire à ces friponnes de Muses. Mais mon travail est mille fois plus désagréable encore par toutes les gênes qu'on m'impose. D'abord il ne peut être question de sujets grecs ou romains, parce que nos chastes nymphes ne veulent pa§ de ces costumes indécents. Je suis obligé d'avoir recours à l'histoire de TOrient, pour que les femmes qui jouent les rôles d'hommes puissent être dûment enveloppées, de la tête aux pieds, dans les draperies asiatiques Les contrastes entre le vice et la vertu sont nécessairement exclus de ces pièces, parce que aucune femme ne veut jouer un rôle odieux. Je ne puis employer que cinq personnages, parla très -bonne raison que donnait un certain gouverneur de château, qu'il ne faut pas cacher ses supérieurs dans la

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foule*, La durée de la représentation, les changements de scènes, les airs, et presque le nombre des mots, tout est limité. Dites-moi s'il n*y aurait pas de quoi faire devenir fou Thomme le plus patient! Imaginez donc Teffet de tout cela sur moi, qui suis le grand-prétre de tous les maux de cette vallée de misère. »

Ce qu'il y a de plaisant, et qui prouve que le hasard entre dans tout, même dans les jugements de cette postérité dont on nous fait tant de peur, c'est qu'on ait cru faire une espèce de grâce à un tel homme en Tadmettant au rang du froid amant de Laure, duquel il nous reste une cinquantaine de sonnets, à la vérité, pleins de douceur.

Métastase, né à Rome en 1698, était déjà, à dix ans, un improvisateur célèbre. Un riche avocat romaînj nommé Gravina, qui faisait de mauvaises tragédies pour se désennuyer, fut charmé de cet enfant : il commença, pour Vamour du grec, par changer son nom de Trajpassi en celui de Métastase ; il Tadopta, donna les plus grands soins à son éducation, qui, par hasard, fut excellente, et enfin lui laissa de la fortune.

Métastase avait vingt-six ans lorsque son premier opéra, la Didane, fut joué à Naples en 1724. Il Tavait composé d'après les conseils de la belle Marianne Romanina, qui chanta supérieurement le rôle de Didone, parée qu'elle aimait pas sionnémentle poète; il paraît que cet attachement dura. Mé lastase, intime ami du mari de Marianne, vécut plusieurs années dans cette maison, se laissant charmer par la douce musique, et étudiant sans relâche les poètes grecs.

* Cet opéras étaient iou6ê Dar )e« «rcbiducs et archiducheaaet*

En 1729^ Tempereur Charles VI, ce grand musicien qui ne riait jamais, et qui, dans sa jeunesse, avait joué un si pauvre rôle en Espagne, l'appela à Vienne pour être le poète de son opéra. Il hésita un peu, mais partit.

Métastase ne sortit plus de Vienne ; il y parvint à une extrême vieillesse, au milieu d'une volupté délicate et noble, n'ayant d'autre soin que d'exprimer, dans de beaux vers, les sentiments qui animaient sa belle âme. Le docteur Burney, qui le vit à soixante-douze ans, le trouva encore le plus bel homme de son siècle et l'homme le plus gai. Il refusa toujours les cordons et les titres, sut cacher sa vie, et fut heureux. Aucun des sentiments tendres ne manqua à cette âme sensible.

En 1780, âgé de quatre-vingt-deux ans, au moment de recevoir le viatiq^ue, il rassembla ses forces, et chanta à son Créateur :

Etcrno Genitor, lo t'offro il proprio figlio Ghe in pegno del tuo amor Si vuole a me douar.

A lui rivolgi il ciglio, Mira chi t'offro ; e poi Niega Signor, se puoi, Kiega di perdonar.

Cet homme heureux et grand mourut le 2 avril 1782, ayant pu connaître, pendant sa longue carrière, tous les grands musiciens qui ont charmé le monde.

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