‹ [Œuvres complètes]Chapitre 40 sur 48 · LETTRE II · texte numérisé non relu

LETTRE II

Le Dante reçut de la nature une manière de penser profonde ; Pétrarque, un penser agréable ; Bojodo et rAriosle, une tête à imagination ; le Tasse, un penser plein de noblesse : mais aucun d'eux n'eut une pensée aussi claire et aussi précise que Métastase ; aucun d'eux encore n'est parvenu, en son genre, au point de perfection que Métastase atteignit dans le sien.

Le Dante, Pétrarque, TArioste, le Tasse, ont laissé quelque petite possibilité à ceux qui sont venus après eux d'imiter quelquefois leur manière. Il est arrivé à un petit nombre d'hommes d'un rare talent d'écrire quelques vers que ces grands hommes n'auraient peut-être pas désavoués.

Plusieurs sonnets du cardinal Bembo se rapprochent de ceux de Pétrarque ; Monti, dans sa Basviglianay a quelques terune dignes du Dante ; Bojardo a trouvé, dans Agoslini, un

heureux imitateur de son style, si ce n*est une Imaginaiion digne d'être comparée à la sienne. Je pourrais vous citer quelques octaves qui, parla richesse et le bonheur des rimes, rappellent d'abord l'Arioste. J'en connais un plus grand nombre dont l'harmonie et la majesté auraient peut-être trompé le Tasse lui-même ; tandis que, malgré des milliers d'essais tentés depuis près d'un siècle pour produire une seule aria dans le genre de Métastase, l'Italie n'a pas encore vu deux vers qui pussent lui faire Fillusion d'un moment.

Métastase est le seul de ses poètes qui, littéralement, soit resté jusqu'ici inimitable.

Combien n'a-t-on pas fait de réponses à la Ganzonnetla à Nice ! Aucune n'a pu être lue ; et rien de comparable n'existe, à ma connaissance, dans aucune langue, pas même Anacréon, pas même Horace.

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